DIEUX
Mogontia, à Metz.
Noreia, dans l'ancien Norique.
Rosmerta, dans la Gote-d'Or.
Segeta, dans la Loire.
Soio, à Soyons (Ardèche).
Suniixsalis, sur les bords du Rhin.
Temusio, Saint-^Iarcel-lès-Chalon (Saûne-et-Loire).
Virodactis, à Mayence.
Une dédicace votive de Savoie porte un nom auquel manque peut-être une letttre initiale : athuboduœ ; on a restitué un c initial et comparé [C]athuboduœ à Bodb, fée guerrière de l'épopée irlandaise (1).
Les déesses-mères, Maires ou Matronœ, auxquelles sont adressées en Gaule de nombreuses dédicaces, sont des divinités répandues surtout chez les Geltes (2) et les Germains. Elles sont souvent groupées par deux ou trois (3). Les matronœ Dervonnœ ou falœ Dcrvones portent un nom qui s'explique par le nom celtique du chêne (4). Les Ambiomarcœ, les Uro-brocœ, les Nemetiales, les Ollo-totse semblent aussi porter un nom celtique. Nous ne savons
(1) Corpus inscripiionum lalinarum, t. xii, n° 2571 W.M.Hen- NESSY et C. LoTTNER, Revuc celtique, t. i, p. 32-57. Cf. Rnvs, Hibbei't Lectures, p. 43.
(2) Gallis Matronis. Corpus inscripiionum latinarum, t. vu, p. 5.
(3) F. Vallentin, Renie celtique, t. iv, p. 27-36 ; J. A. Hild, article Maires dans le Dictionnaire des antiquités grecques et romaines de Saglio ; Ihm, chez Koscher, Ausjuhrliches Lexikon ; Gassies, Revue des études anciennes, t. viii, p. 55-58 ; Frie- DERiciis, Mutronarum monumenta, Bonn, 1886 ; Renel, Les religions de la Gaule, p. 274-286 (carte). On trouvera de nombreuses représentations de déesses-mères chez Espérandieu, Recueil général, t. i. Cf. C. Jullian, Histoire de la Gaule, t. II, p. 131.
(4) Voir ci-dessus, p. 112.
I ien des dii Casses dont le nom est comparable au premier terme des noms gaulois : Cassi-gnaius, Cassi-mara, Cassitaliis, Cassi-vellaimiis et auxquels ont été faites des dédicaces sur les bords du Rhin (Y).
On pourra^it accroître de beaucoup la liste des divinités gallo-romaines en relevant tous les noms qui ne sont pas précédés de deiis ou de dea, mais qui sont suivis d'une formule dédicatoire, par exemple Veriugodum?ius uni à la Victoire d'Auguste et à Apollon dans une inscription votive de Saint-Acheul-lez-Amiens.
Dans les inscriptions gauloises, on peut trouver des noms de divinités : Brigindo, cf. la déesse Brigantia ; Anvalonnacos, cf. le dieu Anvalos ; Alisanos que Ion trouve aussi dans une inscription latine (2); Ucuetis, cf. le dieu Uciieiis ; Taranous, cf. le dieu Tarants ; Bélésamis, cf. Minen>8e Belisamœ.
Les inscriptions les plus intéressantes sont celles qui sont jointes à des monuments figurés; mais ces monuments ne sont pas antérieurs à l'époque romaine. Les plus curieux sont les deux autels trouvés à Paris en 1710, et conservés au musée de Cluny. Une face du premier autel représente un bûcheron abattant un arbre et porte le nom d'Esus. Une autre face est ornée d'un taureau sur lequel sont perchés trois oiseaux ressemblant à des grues, deux sur le dos, un sur la tète du taureau : le fond du bas-rehef est constitué par des feuillages ; l'inscription porte : tarvos TRiGARANcs (.3,1, qui s'cxpliquc facilement par l'irlandais
(1) H. d'Arbois de .Jutîainville, Les noms gaulois chez César, p. 187 et suiv.
(2) MoRiLLOT, Deux inscriptions d'Alésia, Dijon, 1909,
(3) S. Reinach, Cultes, t. i, p. 2.33-246.
3i0 MONUMENTS FIGURES
tarbJi, le bretoD tarv « taureau » ; l'irlandais et le breton tri «trois » ; le breton et gallois garan « grue », et signifie le « Taureau aux trois grues (i) ». Sur les deux autres faces sont figurés Jupiter (lovis) et Volcanus, deux dieux spécialement honorés par les Celtes (2). Une face du second autel représente un dieu à tète humaine ornée de deux cornes dans chacune desquelles est passé un torques ; le nom gravé au-dessus de la sculpture est Cerntjnnos. Sur une autre face est figuré un homme barbu armé d'une massue dont il menace un serpent. On y lit le nom gaulois Smer^tull^os (3). Les autres faces portent les Dioscures, Castor, Pollux, avec leurs chevaux (4).
On a rapproché les diverses figures de ce monument des représentations analogues. L'autel de Reims nous offre un dieu assis, les jambes croisées, pressant de la main droite un sac d'où s'échappent des graines que mangent un cerf et un taureau figurés à la partie inférieure du bas-relief ; ce dieu a sur la tête des bois de cerf (5) ; à sa droite est un
(1) M. J. Vendryès, Revue celtique, t. xxviii, p. 123-127, rapproche le xpuY^pavoç que, d'après une comédie de Philémon, citée par Athénée (xiii, 57, p. 590A), les Athéniens voulaient envoyer à Seleucus.
(2) Voir ci-dessus, p. 300-301. D'après César (vi, 21) Vulcain est un dieu des Germains.
(3) II. d'Arbois de Jubai.nville, Revue archéologique, l. XXXVI (1900), p. 66-74. Revue celtique, t. xx, p. 369. On trouve des reproductions de ces autels dans la Revue celtique, t. xviii, p. 254. (Cf. Corpus inscriptionum latinarum, t. xiii, n° 3026) ; et chez Espérandieu, Recueil général, n° 3133.
(4) Cf. plus haut, p. 301, le texte de Diodore (iv, 56) sur le culte des Dioscures chez les Celtes, et dans une inscription de Seyssel (Ain) : Deo Vintio Polluci. On trouvera dci représentations de Castor et Pollux, chez Espérandieu, l'ecueil zcnérnl, n*» 16, 169, 340, 2351, 2751. C. Juli.tan, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 125, n. 4.
(5) Sur les dieux cornus, cf. S. Reixach, Répertoire de la sta-
Apollon : à gauche un INIercure. L'autel de Vendœuvres (Indre) représente un dieu à ramure de cerf, à attUude bouddhique; il presse une outre entre ses mains ; à sa droite et à sa gauche sont deux personnages qui lui saisissent les cornes et ont les pieds sur des dragons et dont l'un tient à la main un collier. Sur un des côtés de l'autel est figuré un Apollon tenant la lyre (1). Le groupe de Saintes représente sur l'une de ses faces un dieu cornu, assis, les jambes croisées, sur un siège que décorent ou supportent deux tètes de taureaux ; il tient d'une main une bourse, de l'autre un objet indéterminé. A sa droite une femme drapée, à sa gauche un homme nu, tenant l'un et l'autre de la main gauche un objet rond (vase ou fruit) ; l'homme appuie sa main droite sur une massue (2). Ce dieu à caractère semi-humain semi-bestial se retrouve avec le dieu à la roue et le sanglier sur le chaudron de Gundestrup où il porte deux torques, l'un au cou et l'autre à la main. On peut lui comparer : la déesse cornue qu'on peut considérer comme son doublet féminin (3), peut-être assimilée à la Terre-Mère ; les dieux à cornes de ruminants (4) ; le dragon à tête de bélier qui orne des autels tricéphales, la face latérale de la niche d'un Hermès, le chaudron de Gundestrup {i)), et qui est figuré sur les genoux d'un dieu barbu ;
luaire grecque et romaine, t. ii, p. 24-25 (fig.). Bronzes figurés de la Gaule romaine, p. 193-195, pi. 211. Cf. Gassies, Revue des études anciennes, t. vu (1905), p. 372 (fig.).
(1) A. Bertrand, Revue archéologique, t. xliii (1882), p. 321- 323, pi. IX.
(2) Voir EspÉRANDiEu, Recueil général, n^ 1319,
(3) G. Gassies, Revue des études anciennes, t. viii, p. 55 '. t.. l'x, p. 184 (fig.), 364. Sur le culte de Dêmêtêr en Gaule, voir Strabon, IV, 4, 6.
(4) Voir EspÉRANDiEU, Recueil général, n° 3015.
(5) A. Bertrand, La religion des Gaulois, p. 315-317, 368,
le géant anguiiiède foulé aux pieds du cheval par un cavalier porteur d'une roue 1 1 ; l'homme tenant une grande corne d'abondance remplie de fruits, aux pieds duquel est figurée une tète de cerf dont la bouche laisse échapper un flot d'objets ronds qui se répandent dans une caisse (bas-relief de Differdauge) (2) ; et peut-être dans l'histoire mythique de l'Irlande, les Fomoré, antagonistes des Tuatha De Danann et peuple envahisseur, qui portent lepithète de goborchind « à tète de chèvre » et les génies à visage de bouc (bocc ai/iich) (3).
La ressemblance que certaines représentations du Mercure gallo-romain ont avec le tricéphale du Musée Carnavalet indique que le dieu cornu a été assimilé à Mercure (4).
L'autel de Trêves représente un bûcheron abattant un arbre. Sur les branches de cet arbre sont perchées trois grues et on aperc^oit daus le feuillage une tête de taureau. C'est évidemment une reproduction abrégée du mythe re-
planchc xxx ; S. Reinacii, Bronzes figurés de la Gaule romaine, p. 195-198 ; Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions, 1899, p. 'i55. Voir EspÉRANDiEU, Recueil général, n°^ 2067, 2072, 1572.
(1) A. Prost, Revue archéologique, t. xxxvii (1879), p. 2-20 ; 65-83 ; F. Voulût, Revue archéologique, t. xl (1880), p. 112-116, 291-298 ; t. xli (1881), p. 104-112 ; G. Gassies, Revue des éludes anciennes, t. iv, p. 287-297.
On trouvera des représentations du cavalier et de l'anguipède chez EsrÉRANDiEu, Recueil général, 2293, 3036, 3037,3039, 3207^ de l'anguipède luttant avec Jupiter (?), 2856 (t. iv, p. 56), 3166* M. Albert Fuchs regarde l'anguipède comme le talisman protecteur des maisons et des cours de maisons (Re\'ue des éludes anciennes, t. xv (1913), p. 83.
(2) G. Welter, Rei'ue archéologique, t. xvii (1911), p. 63-66.
(3) H. d'Arbois de Jubatnville, Cours de littérature celtique, t. II, p. 95 ; Revue archéologique, t. xi (1908), p. 4-7.
(4| S. Reinacii, Rerue de l'histoire des religions, t. lvi, p. 60 ; Esperandieu, Recueil général, n" 3143.
présenté sur deux faces de l'autel de Paris. M. S. Reinach a comparé les deux autels et démontré que Tarvos Trigaranus et Esus appartenaient à la môme scène (1). L'interprétation de cette scène présente de grandes difficultés. H. d'Arbois de Jubainville (2) a eu l'ingénieuse idée d'en chercher la survivance dans deux épisodes de la principale épopée du cycle d'Ulster, l'Enlèvement des vaches de Cualngé. Dans l'un de ces épisodes, Gûchulainn, le champion d'Ulster, abat des arbres pour retarder la marche de l'armée ennemie. Dans un autre épisode, la fée Morrigu, soQS la forme d'un oiseau, conseille la fuite au taureau Donn.Il y aurait là la mise en action d'une ancienne tradition celtique dont l'écho serait venu jusqu'en Irlande. Le nom d'homme gaulois Donno-taurus qui semble bien signifier « taureau Donn » serait encore une preuve de la communauté des légendes entre les Gaulois et les Irlandais. Mais la légende irlandaise ne saurait nous renseigner sur la signification primitive du mythe du bûcheron et du taureau aux trois grues.
Sur un des autels de Sarrebourg, étudiés par M. Salomon Reinach (3), est figuré un personnage debout, vêtu d'une tunique, tenant de la main gauche un maillet à longue hampe et de la main droite un vase. A sa droite est une femme de même grandeur, complètement drapée, tenant de la main gauche levée une longue hampe surmontée d'une espèce d'édicule et abaissant la main droite,
(1) Revue celtique, t. xviii, p. 253-266 (avec figures. Cf.) ti XXVIII, p. 41-42 (pi.) ; Revue de l'histoire des religions, t. lvi (1907), p. 71-79. Cf. JwLLiAN, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 147.
(2) Revue celtique, t. xix, p. 245-250.
(3) Revue celtique, t. xvii, p. 45 et suiv. Cultes, t. i, p. 217-232,
G. DoTTiN. — Manuel de l'antiquité celtique, 21
qui tient une patère, vers un autel. Une inscription placée au-dessus du bas-relief nous apprend que le dieu s'appelle Sucellos et sa parèdre Nantosuelta. Si le second nom est assez obscur, quoiqu'on puisse rapprocher Nanio - de l'Irlandais 'Nêl, guerrier de l'épopée irlandaise, Sucellos est évidemment celtique ; le premier terme se retrouve dans les noms gaulois Sii-carus, Su-essiones, et le sens du mot semble être « qui frappe bien » ou « qui a un bon marteau » (1).
Sur un second autel est figuré une femme ailée tenant de la main droite la hampe surmontée de l'édicule et de la main gauche abaissée, une cassolette à encens (2).
Le dieu au maillet est une divinité dont l'on a trouvé d'autres représentations (3), en pierre ou en bronze, qui le plus souvent ne diffère guère du Sucellos de Sarrebourg. La plus singulière représente un dieu barbu revêtu d'une peau de lion, s'appuyant de la main gauche sur une hampe et tenant de la main droite un vase ; derrière lui se dresse au-dessus de sa tête un énorme maillet dans lequel sont fiches cinq maillets plus petits rangés en demi-cercle. M. de Barthélémy pense que ce dieu est le Dispater légendaire des Gaulois (4).
(2) V. Henry, Revue celtique, t. xvii, p. 66. Dans une inscription de Mayence [C. I. L., xii, 6730, Sucsslo semble être une épithùtc de Jupiter.
(2) Voir le détail des figures dans la Revue des études anciennes, t. VII, p. 240-247.
(3) S. Reinach, Répertoire de la statuaire grecque et romain, t. II, p. 21-24 ; 780 ; Bronzes figurés de la Gaule romaine, p. 137- 185 (fig.) ; Revue celtique, t. xxii, p. 159-164 ; Cultes, t. i, p. 264-271 ; Revue archéologique, t. iv (1884), pi. vin ; Ed. Flouest et H. Gaidoz, Revue archéologique t. xv (1890), p. 153-17G (fig.).
(4) Revue celtique, t. i, p. 1-8 ; cf. t. xxii, p. 159-164, Cette
Quant au dieu figuré aveu une roue sur l'épaule, à la main ou à ses pieds (1), M. H. Gaidoz le regarde comme le dieu gaulois du Soleil ; mais une statuette trouvée à Landouzy- la-Ville semble l'identifier à Jupiter (2). Il nous est impossible de savoir si cette divinité portait un nom celtique ou non.
L'origine celtique ne peut pas non plus être démontrée pour les divinités tricéphales de Reims, de Dennevy, de Beaune, de Gondet, de Langres, de Paris (3), la singu-
idée a été émise pour la première fois par Grivaud de la Vincelle (1762-1819). A. Michaelis (Jahrbuch der Gesellschajl fur loUiringische Geschichte, t. vu (1895), p. 128-163) le rapproche de Silvain. Renel, Les religions de la Gaule, p. 253-256. Les plis du capuchon ont été pris pour une cravate. Dangibeaud, Revue des études anciennes, t. x (1908), p. 76-78. On trouvera des représentations du dieu avec le vase et le maillet chez EspÉRANDiEU, Recueil général des bas-reliefs de la Gaule romaine, n03 436, 437 ; cf. 434, 435, 53, 276 ; n^^ 1733-1735, 1839, 2028, 2034 ; 206G, 2348, 3441 (à côté d'une femme tenant un vase de la main droite et une corne d'abondance de la main gauche) ; 2134, 2208, 2216, 2750 ; — du maillet, ibid., n°^ 284 (Silvano), 440, 511 ; nos 1736, 2645, 2699, 3385, 3633 ; 1691 (avec la roue) ; — du vase et du maillet, ibid., t. i, n° 497 (Deo Silvano) ; 1736. Cf. Jullian, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 121, n. 3.
(1) Cf. S. Reinach, Répertoire de la statuaire grecque et romaine, t. II, p. 17 (fig.) ; Héron de Villefosse, Re^'ue archéologique, t. xLi (1881), p. 1-13 ; pi. I ; t. IV (1884), pi. i ; C. de Mensignac, Revue des études anciennes, t. vu, p. 156-157 (fig.). On trouvera des représentations du dieu à la roue chez Espé- RANDiEu, Recueil général des bas-reliefs de la Gaule romaine, nos 299, 303 ; de la roue ,ibid., nos 421, 428, 430, 517, 524 (Jovi et Augusto), 2650 (Jovi), 2681 (Jovi), 3048 (Augusto deo Jovi). Cf. la divination par la roue chez les druides irlandais. Joyce, A social history of ancient Ireland, t. i, p. 231.
(2) S. Reinach, Répertoire de la statuaire grecque et romaine, t. II, p. 17 ;
(3) Voir EspÉRANDiEu, Recueil général, n°^ 2083 (trois divinités), 2131 (trois divinités), 2668 (deux faces barbues, une imberbe), 3137 (t. iv, p. 220), 3287 (trois faces barbues, uae surmontée de cornes en spirales ; cf. 1316.
lière statuette d'Aulua (représentant un personnage barbu et cornu, les jambes croisées sur un coussin, portant entre ses genoux deux serpents à tête de bélier et un torques (1), et les statuettes analogues. Est-ce un dieu celtique qui est figuré sur la stèle de laraire de Vignory (Haute- Marne) (2)?
Certaines monnaies gauloises portent des monstres divers : gnomes, chevaux à tête humaine ou à tête d'oiseau, oiseaux à figure de femmes, hommes à queue de serpent, qui peuvent être des divinités secondaires des Celtes (3).
Le menhir sculpté de Kernuz (Finistère) porte sur ses quatre faces des figures en relief, de 1",30 de haut. L'une représenterait Mercure accompagné d'un enfant, une autre Hercule, une troisième Mars, et la quatrième Sucellos et Nantosuelta(4). D'après H. d'Arbois de Jnbainville, le Mercure, tenant un caducée et accompagné d'un enfant, ne serait autre que l'Irlandais Lug avec son fils Setanta surnommé Cûchulainn (5).
Un monument qui, par certains côtés, se rapproche du Mercure de Kernuz, avait été découvert à Melun en 1812 et détruit depuis. Il représentait un personnage nu, avec des
(1) A. Bertrand, La religion des Gaulois, p. 316, 317, 318 et planches xxvii, xxviii ; S. Reinach, Bronzes figurés de la Gaule romaine, p. 185-193 ; Revue de l'histoire des religions, t. lvi, p. 00-71. L'étude des tricéphales a été faite par M. S. Reinach, Cultes, mythes et religions, 2^ éd., t. m, p. 160-185 ; Renel, les religions de la Gaule, p. 264, 268-269. Cf. une monnaie des Rémi chez Blanchet, Traité des monnaies gauloises, p. 152 ; Espérandieu, Recueil, n° 1316.
(2) E. Flouest, Deux stèles de laraire, Revue archéologique, t. IV (1884), p. 285-298, pi. vu.
(3) JuLLiAN, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 142-143.
(4) P. DU Ciiatellier, Revue archéologique, t. xxxvii (1879), p. 104-110, 129-135 (pi.) ; G. Guénin, Annales de Bretagne, t. XXV, p. 438.
(5) Revue celtique, t. xxvii, p. 313-323 (pi.).
ailes aux chevilles, une bourse au côté et les débris d'un caducée près du bras. Derrière lui se trouvait un enfant vêtu d'une tunique sans manches, liée par une ceinture, et qui porte une chaussure fermée ; il supporte ou touche la bourse de Mercure. Entre ces deux personnages ou aperçoit les vestiges d'une tête. Ce serait, d'après H. d'Arbois de Jubainville, celle d'un des trois fils de Necht que tua Setanta, alors âgé de sept ans (1).
La déesse romaine Epona, figurée souvent sous la forme d'une femme assise sur un cheval et dont le culte était officiellement célébré en Cisalpine, est sans doute une divinité d'origine celtique (2) ; son nom semble dérivé du vieux celtique *epo- « cheval » ; cf. le mot gaulois epo-redias « conducteurs de chevaux » (3).
On a reconstitué à Berne un groupe formé d'une déesse assise portant une patère et des fruits, d'une ourse et d'un arbre, portés sur un piédestal oîi on lit la dédicace : Deae Artioni (4) ; arlh est en gallois le nom de l'ours ; on peut comparer au nom de cette déesse ceux de la dea Andarta des Vocontii et du Mercurius Artuius de Beaucroissant (Isère).
Un bas-relief trouvé près deHaguenau représente un per-
(1) Revue celtique, t. xxviii, p. 223 (pi.).
(2) Corpus inscriptionum latinarum, t. i, n^ 1 ; S. Reinacii, Epona, Revue archéologique, t. xxvi, 1895, p. 163-195, 309-335 ; t. XXXIII, p. 187-200 ; t. xxxv, p. 61-72 ; t. xl (1902), p. 231- 238 ; Mémoires de la Société nationale des antiquaires de France, 1899, p. 241-245 ; Keuxe dans la Realencyklopsedie de Wissowa ; Ch. Dangibeaud, Revue des études anciennes, t. vu, p. 234-238 ; EspÉRANDiEU, Pro Alcsia, t. ii, p. 257-258 (pi.) ; Jullian, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 124, n. 4.
(3) Ci-dessus, p. 66.
(4) S. ReinacHj Revue celtique^ t. xxi, p. 288-289.
sonnage tenant de la main gauche une lance et s'appuyant de la main droite sur la tête d'un taureau (1). La dédicace porte D. MEDRu. S'agit-il d'un dieu dont le nom serait apparenté à celui de Mider, héros de la légende irlandaise ?
Un autre bas-relief, découvert à Brumath, porte audessous d'un personnage barbu complètement nu, le mot Erumo. Est-ce, comme l'a pensé M. S. Reinach (2), un dieu celtique'?
Nous avons quelques représentations des divinités des eaux : un fragment d'une statue de la déesse Sequana ; un buste d'une divinité appelée Sirona ou Dirona (par un d barré).
Mais parmi toutes les nymphes des eaux auxquelles des ex-voto ont été offerts en Gaule : Acionna, Aventia, Garpunda, Clutoida, Divona, Ura, Urnia, Vesunna, il en est peu dont les noms soient celtiques. Les cours d'eau divinisés Icaunis, Sequana, Matrona, portent des noms qui peuvent être antérieurs à l'occupation de la Gaule par les Celtes, et qui en tout cas ne s'expliquent pas facilement par les langues celtiques.
Le Rhin, dont Virdomarusse vantait d'être issu (3), a-til été dénommé par les Celtes, et le culte dont il était l'objet a-t-il été inauguré ou continué par les Celtes ? Nous ne pouvons répondre à cette question. L'irlandais rian = *reno signifie « mer ». Nous avons vu que les Celtes prenaient le Rhin comme arbitre de la fidélité de leurs femmes.
Des Celtes, daprès ApoUonios de Rhodes, disaient que
(1) Fr, Cumont, Rei>ue celtique, t. xxv, p. 47-50.
(2) Rei>ue celtique, t. xvi, p. 369-373 ; Cultes, t. i, p. 247-252,
(3) Properce, iv, 10, 41.
les eaux de l'Eridan étaient les larmes sans nombre qu'avait versées Apollon lorsque, chassé du ciel, il se dirigeait vers le peuple sacré des Hyperboréens (1).
Les diisii, démons incubes auxquels croyait saint Augustin (2), étaient, d'après H. d'Arbois de Jubainville, des cours d'eau divinisés (Cf. Dhuys, nom de rivière) (3). Il y avait à Toulouse des lacs sacrés oii les habitants du pays jetaient des lingots d'or, des masses d'argent battu en forme de meules (4).
Faut-il regarder comme celtiques les noms des divinités des montagnes : Vosegiis, dieu des Vosges ; Ardiiifina, déesse de la forêt des Ardennes, figurée en Diane ; Abnoba, déesse de la Forêt Noire, identifiée à Diane ?
Quelques noms de dieux et de déesses sont identiques à des noms de villes et peuvent désigner des villes divinisées ou des divinités éponymes de villes ou de peuples; par exemple, Bibracte, la métropole des Eduens (5). La dea Aventia est sans doute la protectrice d'Aventicum, et la dea Mogontia la déesse de Mogoniiacum. D'après H. d'Arbois de Jubainville (6), le nom de Lyon, Lugudunum (7), dont le second terme est le nom celtique bien connu dunos, en irlandais dûn « forteresse », aurait pour premier terme
(1) Argonautiques, iv, 609-616.
(2) De civitate Dei, xv, 23. Cf. Isidore, Origines, viii, 11, 103.
(3) Cours de littérature celtique, t. vi, p. 165, 180-184. Cf. cidessus, p. 68.
(4) Strabon, IV, 1, 13. Cf. Justin, xxxii, 3.
(5) J. A. BuLLioT, Revue celtique, t. i, p. 306-319 ; Fouilles du Mont-Beuvray, t. ii, p. 205-228.
(6) Revue celtique, t. vu, p. 396-400 ; t. viii, p. 169 ; t. x, p. 238.
(7) Cf. Lugu-balia pour Lugu-valia chez Bède, Histoire ecclésiastique, IV, 29 ; Luguvallum (Itin. Ant.)