‹ Manuel pour servir à l'étude de l'antiquité celtiqueChapitre 101 sur 158 · DIEUX LOCAUX · texte numérisé non relu

DIEUX LOCAUX

le nom d'un dieu gaulois Lugus. 11 y au moins une coïncidence curieuse dans le fait que depuis Fan 10 av. J.-C, la fête d'Auguste se célébrait à Lyon le 1*' août et que le 1" août est dénommé en vieil-irlandais Lug-nasad, c'est-àdire « fête de Lug » (1). On aurait choisi pour célébrer la fête de l'empereur le jour où l'on fêtait jadis le dieu éponyme de la ville. On a trouvé dans deux inscriptions le nom de génies Lugoves (2), qui est le pluriel eu celtique de Lugus. Dans l'épopée irlandaise, Lug, le bon ouvrier capable d'exécuter tout ouvrage qu'on lui confie, a gardé peut-être quelques traits de son ancêtre supposé Lugus, sans qu'il soit possible de restituer avec quelque précision la physionomie de celui-ci.

Dexiva est la déesse des Dexivates qui habitaient les bords de laDurance; Tricoria (3), la déesse des Tricorii, peuple de la vallée du Drac.

Le vent du nord-ouest, appelé Circius en Narbonnaise, était honoré par les habitants parce que, bien qu'il renversât leurs maisons, il contribuait à la salubrité du climat. Auguste, pendant son séjour en Gaule, lui dédia un temple (4).

Les divinités celtiques sont souvent, dans les dédicaces, groupées deux à deux, un dieu et une déesse. Nous avons

(1) Suétone, Claude, 2 ; Corpus inscriptlonum latinarum, t. I, n° 398 ; H. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature celtique, t. vu, p. 305-317 ; Les Celtes depuis les temps les plus anciens, p. 39-45 ; Rhys, Hibbert lectures, p. 410 ; O. Hirsch- FELD, Westdeutsche Zeitschrift fiir Geschichte und Kunst, 1904,

t, XXIII.

(2) Revue celtique, t. vi, p. 488-487 ; Cf. Cours de littérature celtique, t. ii, p. 178.

(3) Voir EspÉRANDiEU, Recueil général, n° 539.

(4) Sénèque, Questions naturelles, v, 17, 5 ; cf. Aulu-Gelle, II, 22, 20.

déjà cité Sucellos et Nantosuelta. On trouve de plus dans les inscriptions gallo-romaines : Mercure associé à Rosmerta (1), déesse dont le nom est certainement celtique, (cf. Smertorix) ;Borvo (var. Bormo), le dieu de Bourbonneles-Bains, de Bourbon-Lancy et d'Aix-ies-Bains, associé à Damona ; Bormanus et Bormana, Albius et Damona, Luxovius et Brixia ; Apollon (2), associé à Sirona, la nymphe des eaux ; Mars Loucetios associé à Nemetona (dont le nom rappelle celui de Nemon, fée guerrière de l'épopée irlandaise) et à Epona (3) ; Telo associé à Stannachez les Peirucorii ; Mars Cicolluis associé à Litavis, laquelle dans une inscription est remplacée par Bellona (4). On trouve quelquefois deux dieux associés dans la même formule : Divaiuioni, Dinomogeiimaro Martibus.

Ce dualisme n'a rien de particulier aux Celtes. On le trouve souvent ailleurs. Le groupement des divinités en triades n'est pas non plus spécialement celtique, bien qu'il soit fréquent en Gaule (5). Nous avons parlé plus haut de l'autel de Reims, oii un dieu cornu figure avec Apollon et Mercure ; on peut citer encore l'autel de Beaune et l'autel de Dennevy ; dans chacun de ces autels figurent trois personnages dont un tricéphale. La tête du personnage principal manque dans l'autel de Saintes (6). Le dieu tricéphale

(1) Revue celtique, t. xviij, p. 143, 256.

(2) Cf. EuMÈNE, Panégyrique de Conslanlin, 21.

(3) H. Gaidoz, Religion des Gaulois [Encyclopédie des sciences religieuses, t. v, p. 432).

(4) Cf. Mars et Bellone des Scordisci. Ammien, xxvii, 4, 4,

(5) On la trouve encore chez les Grecs, les Macédoniens, les Thraces, les Phrygiens, les Italiotes, les Germains, les Hindous et les Sémites. Usener, Rheinisches Muséum, t. lviii (1903), p. 24-34.

(6) A, Bertrand, L'autel de Saintes et les triades gauloises^

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