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TEUTATÈS

A côté des dieux qui ne nous sont connus que sons des noms latins accompagnés ou non d'épithètes celtiques, on trouve, tant chez les écrivains que dans les inscriptions, les noms celtiques de quelques divinités. C'est d'abord chez Lucain les vers célèbres oii il énumère trois divinités celtiques : Taranis dont lautel n'est pas plus doux que celui de la Diane scythique, le cruel Tentâtes que l'on a[)aisse par un sang affreux, et l'horrible Hésus aux sauvages autels (I). Taranis (2) est à comparer au Deo Taranucno « fils de Taranus » de deux inscriptions (3j et s'ex[!lique sans doute par le gallois laran « tonnerre «.Nous avons déjà trouvé, comme épithète de Mars, Toulates qui est une variante de Teutatès (4). Nous parlerons plus loin de l'Esas de l'autel de Paris dont le nom forme le premier terme des noms gaulois Esu-geniis, Esii-nerius, Esiibii. Peut-être Lucain nous donne-t-il ainsi les noms celtiques des dieux assimilés aux grands dieux des Romains. Taranis serait un Jujjiter ; Teutatès un Mars ; les scholiastes de Lucain identifient Teutatès à Mars et plus souvent à Mercure ' 3) ; Hésus à Mercure et à Mars, Taranis à Dispater et à Jupiter ; pour apaiser Teutatès, on étouffait la victime en la plongeant la tête la première dans une cuve d'eau ; pour Hésus, on suspendait à un arbre jusqu'à ce que les membres fussent disloqués ; pour Taranis, on brûlait des hommes (6). Le

(1) Pharsale, i, 444-446. Cf. Plutarque, De la. superstition, 13.

(2) J. F. Cerquand, Revue celtique, t. v, p. 381.

(3) Corpus iuscripiionum latinarum, t. xiii, n"® 6094, 6478.

(4) H. d'Arbois de Jubainville, Revue celtique, t. xiv, p. 249-253.

(5) JuLLiAN, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 118, n. 2.

(6) Usener, Commenta Bernensia, Lipsiœ, 1869, p. 32 ; cf. TouRHEURj Le Musée belge (1902), p. 77-81 ; Jullian, Revue

culte d'Esiis, Taranis, et Teutatès semble être localisé chez quelques peuplades gauloises (1).

Lucien nous apprend que les Celtes donnent à Héraklès le nom d'Ogmios : « Ils le représentent sous la forme d'un vieillard très âgé, chauve sur le sommet de la tête ; le peu de cheveux qui lui restent sont entièrement blancs. Il a la peau ridée et brûlée par le soleil au point d'être noire. Il est revêtu de la peau de lion ; il tient la massue dans sa main droite ; de la gauche il présente un arc tendu : un carquois est suspendu à son épaule. Cet Héraklès vieillard attire à lui une multitude considérable qu'il tient attachée par les oreilles ; les liens dont il se sert sont de petites chaînes d'or et d'ambre, d'un travail délicat et semblables à des colliers de la plus grande beauté. Malgré la faiblesse de leurs chaînes, ces captifs ne cherchent point la fuite, quoiqu'ils le puissent aisément, et loin de faire aucune résistance, de roidir les pieds, de se renverser en arrière, ils suivent avec joie celui qui les guide ; ils le comblent d'éloges ; ils s'empressent de l'atteindre ; ils voudraient même le devancer et par cette ardeur ils relâchent leur chaîne ; on dirait qu'ils seraient fâchés de recouvrer leur liberté. Ce qu'il y a de plus bizarre dans cette peinture, c'est que l'artiste, ne sachant où attacher le bout des chaînes, car la main droite du héros tient une massue, la gauche un arC; a imaginé de

des études anciennes, t. iv, p. 113 et suiv. ; voir ci-dessus p. £01, n. 6.

On a depuis longtemps comparé Esus au sanskrit asus « souffle, vie ». O. Schrader, Reallexicon der indogermanisclien Altertumskunde, p. 682, le rapproche du got. anses que Jordanès traduit par « semideos ».

(1) S. Reinach, Revue celtique, t. xviii, p. 137-149. Cultes, t. I, p. 204-216.

OGMIOS

percer l'extrémité de la langue du dieu et de faire attirer par elle tous ces hommes qui le suivent. Ileraklès, le visage tourné vers eux, les conduit avec un gracieux sourire (1). » L'explication de ce symbole est mise par Lucien dans la bouche d'un Celte instruit, parlant grec, et renseigné sur choses de son pays ; les Celtes représentent léloquence par Héraklès, parce qu'il est plus fort qu'Hermès ; c'est un vieillard, parce que c'est pendant la vieillesse que l'éloquence est à son plus haut point ; le rapport de la langue et des oreilles est marqué par les liens ; les flèches sont pointues et ailées comme les discours (2). Nous retrouvons le dieu Ogmios dans la littérature épique de l'Irlande, en la personne d'Ogmé, un des champions des Tuatha De Danaun, dont l'épithète ordinaire est grianainech, « à la face du soleil », le soi disant inventeur de l'écriture oghamique (3). Le texte de Lucien nous offre peut-être un exemple de la méthode suivie dans l'assimilation des dieux celtiques aux dieux étrangers. Ces assimilations sont, semble-t-il, encore plus superficielles qu'on ne le pouvait supposer. Un dieu grec s'appelle Héraklès ; c'est le dieu de la force virile ; on le représente d'ordinaire sous la forme d'un

(1) Héraklès, 1-3. Certains détails semblent d'origine greeque ; cf. D. Martin, La religion des Gaulois tirée des plus pures sources de l'antiquité, Paris, 1727, t. i, p. 307. M. Th. Reinach a cru retrouver dans une inscription de Salins aujourd'hui perdue, la dédicace Herculei Ogmio (Re<,'ue celtique, t. xxiii, p. 53-56). Sur Ogmios, cf. Rhys, Hibbert Lectures, p. 13-20 ; Roscher, Ausfulirliches Lexikon der Griechischen wid Rômischen Mythologie, Leipzig, 1897, p. 682 ; \Yindisch, Das keltische Brillannien bis zu Kaiser Arthur, Leipzig, 1912, p. 98.

(2) Héraklès, 4-5.

(3) Zeuss, Grammatica celtica, 2^ éd., p. 1 note ; H. d'Ar- Bois DE JuBAiNviLLE, Coviptes rcndus de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. ix (1881), p. 20-26.

LA ÏIELIGION 313

homme fort, barbu ou imberbe, tantôt assis avec une expression de lassitude ou de courage satisfait, tantôt debout, animé d'un mouvement impétueux, appuyé sur la massue, la peau de lion drapée sur le bras gauche. Un dieu des Celtes s'appelle Ogmios ; c'est le dieu de l'éloquence ; on le représente sous la forme d'un vieillard armé d'un arc, conduisant avec sa langue les hommes enchaînés par les oreilles. Il a suffi qu'un peintre, voulant manifester aux yeux la force de l'éloquence, eût ajouté à Ogmios la massue et la peau de lion d'Héraklès, pour qu'on regardât Ogmios comme l'Héraklès gaulois et qu'on établit entre les deux divinités un rapport fondé uniquement sur un attribut symbolique. C'est à tort qu'on a cru trouver sur les monnaies gauloises des représentations de l'Ogmios de Lucien (1). Mais on a rapproché d'Ogmios le personnage noir du Tain Bô Ciiaîngé qui porte au cou sept chaînes, au bout de chacune desquelles sont attachés sept hommes (2).

Dion Gassius (3) signale le culte, chez les Bretons de Boudicca, d'une déesse de la Victoire, Andatê ou Andrastô, à laquelle on offrait des sacrifices humains. Le nom de cette déesse semble une mauvaise leçon du nom grec 'ASpxa-r, « l'Inévitable », traduction ou défiguration d'un nom celtique. Toutefois une déesse des Voconces s'appelle Andarta, et la plupart des autels de la Victoire découverts dans la Gaule méridionale appartiennent au pays des Voconces (4). Andarla pourrait s'expliquer par le vieux-cel-

(1) E. HucHER, Art gaulois, t. i, p. 10. Cf. Ch. Robert, Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. XIII (1885), p. 268-272.

(2) Tàin bô Cualnge, éd. Windisch, p. 797, 1. 5524. (;:;) Histoire romaine, lxii, 6, 7.

(4) JuLLiAN, Revue des études anciennes, t. i, p. 47-50.

DIRUX

tique anâe, v. irl. ma, br. r/;?-,préfixe intensif et artn cr. gall. arth « ours ».

Les inscriptions latines nous font connaître encore les noms de divinités celtiques qui n'ont point été complètement assimilées à des divinités romaines Nous avons déjà parlé de :

Belenus, Borç'o, Grannus, Maponus, Moritasgns, Sian- ?ins, quelquefois assimilés à Apollon ;

De Belatiicadrus, Camiilus, Cocidius, Latohius, Rndianus, Segomo, Viniius, quelquefois assimilés à Mars ;

De Atesmerius, Cissonius, Visucius, quelquefois assimilés à Mercure ;

De Belisama, Sulis, quelquefois assimilées à Minerve ;

De Pœninus, quelquefois assimilé à Jupiter.

On trouve, en outre, en s'en tenant aux noms précédés de deus ou de dea, les dieux suivants :

Abianiiis, Abinius, à Cimiez et dans le Vaucluse.

Alisanus, dans la Côfe-d'Or.

Anmliis, àAutun.

Baco (i), à Chalon-sur-Saône.

Bemiluciovis, dans la Gôte-d'Or.

Brixantus, dans la Nièvre.

Gisacns, à Evreux.

laloniis, à Lancastre.

Ibosus, à Néris.

Matimiis, en Grande-Bretagne.

Mogons (2), en Grande-Bretagne; Dco Mounti, Dis Moiiniibus n'en est sans doute qu'une variante.

(1) Cf. Acla Sanciomm, 4 sept., ii, p. 200D.

(2) Mogontiacum « Mayence » semble dérivé de Mogons, dat. Mogonli.

LA RELIGIOIV 315

Moltiniis, h Le Puy.

Nemaiisiis, à Nîmes. C'est sans doute la « Fontaine » divinisée.

Nerius, à Néris.

Nodons (Nudens, Nodens), en Grande-Bretagne ; identique au héros. Niiadu des Irlandais et apparenté au Niidd des Gallois (1).

Ouniorix, en Champagne.

Ratamatus, à Mâcon,

Taraniicnus, en Bavière rhénane et en Wurtemberg.

Uciietis, à Alise (2).

Uxellus, à Hyères.

Parmi les déesses on peut citer :

Ancasta et Latis, en Grande-Bretagne.

Bergusia, à Alise.

Brigaiitia (Nympha ou Victoria), en Grande-Bretagne, Ce nom est identique à celui de Brigit, la fée du Moyen Age irlandais, qu'un texte appelle « mère des dieux » (3).

Burorina, à Domburg.

Camuloriga, à Soissons.

Camiorica, à Soissons. '

Dexsiça, dans le Vaucluse,

Icaunis, à Auxerre.

Icovellauna, sur les bords du Rhin.

(1) H. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature celtique, t. II, p. 155 ; J. LoTH, Les Mabinogion, t. i, p. 252 ; J. Rhys, The Hibbert lectures, p. 119-133.

(2) K Deo Ucueti et Bergusiœ ». Morillot, Deux inscriptions d'Alésia, Dijon, 1909.

(3) Revue celtique, t. vu, p. 398. Cf. Rhys, Hibbert Lectures, p. 74-76,

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