AMULETTES
de nombreuses enceintes gauloises, on a trouvé en abondance des rouelles, en or, en argent, en bronze, en plomb, qui servaient sans doute d'amulettes et étaient peut-être, comme l'a pensé M. H. Gaidoz, un symbole du culte du Soleil (1). Rien ne nous prouve expressément que les Celtes l'aient ainsi interprété. On trouve figuré sur quelques autels en pierre un maillet, seul ou avec un vase ; ce sont évidemment les attributs symboliques du dieu au maillet (2), Un ornement en forme d'S est fréquent chez les Belges et les Bretons (3).
Il est possible que des symboles religieux et divers objets servant au culte soient représentés sur les monnaies gauloises (4).
Il est difficile de déterminer quels étaient les objets qui servaient aux Celtes de fétiches et d'amulettes. Sans doute on peut mettre dans cette catégorie : les têtes coupées que les chefs gaulois conservaient précieusement (8) ; la rouelle, le signe en S, le svastika, la hache qui semblent être sou-
(1) H. Gaidoz, Etudes sur la mythologie gauloise. Le dieu gaulois du Soleil et le symbolisme de la roue, Revue archéologique, t. IV, 1884, p. 7-37, 136-149, t. v, 1885, p. 179-203 ; 364-371 ; t. VI, p. 16-27, 17-191, 319-320 (avec figures). Déchelette, Manuel d'archéologie préhistorique, t. ii, p. 413-417. D'après la Confessio de saint Patrice, éd. White, § 60, il semble que les Irlandais adoraient le Soleil.
(2) Renel, Les religions de la Gaule, p. 254 note ; C. Jullian, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 140, n. 6. Cf. le tau gallicum, cidessus, p. 80.
(3) RoMiLLY Allen, Celtic art, p. 151-153 ; Espérandieu, Recueil général, n°^ 326, 1525, 3278 ; de la Tour, Atlas des monnaies gauloises, p. 302.
(4) C. Jullian, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 347.
(5) Voir ci-dessus, p. 147. Cf. Ad. Reinach, Revue de l'histoire des religions, t. lxvii, p. 41-48;/îe^'ue celtique, t. xxxiv, p.284-
vent, à l'époque de Hallstatt et à l'époque de la Tène, des bijoux talismans destinés à protéger contre le mauvais sort et le mauvais œil.
Ainsi donc, divinités à noms et à attributs romains, divinités gallo-romaines à noms celtiques, monstres entièrement ou à demi animalisés, triade de Lucain, Ogmios de Lucien, symboles dont nous ne pouvons pénétrer que par conjecture la signification, voilà les éléments dont se compose le panthéon celtique. Si nous essayons de restituer la physionomie de ces divinités mystérieuses, il faut nous les figurer, non pas semblables aux mythiques habitants de l'Olympe grec dont chacun représente une idée distincte, force de la nature, ou conception de l'esprit, mais plutôt apparentés aux dieux rustiques et guerriers du Latium, dont les aspects sont multiples et les pouvoirs variés. A l'époque des grandes invasions, les dieux des diverses tribus gauloises étaient sans doute presque exclusivement des dieux guerriers. Lorsque les Celtes s'établirent à demeure dans les pays qu'ils avaient conquis, ces mêmes dieux eurent à protéger les villes fortes et les maisons de culture répandues sur le territoire, à distribuer la pluie et le soleil aux champs fertiles, ainsi qu'aux forêts immenses, et ténébreuses ; dans la Cisalpine et dans la province romaine, de bonne heure ils présidèrent aux transactions et aux échanges que faisaient les Gaulois avec les marchands romains et les négociants grecs de Marseille ; enfin, de temps à autre, leur vertu guerrière se réveillait lorsqu'il fallait défendre l'indépendance du pays, ou tenter de secouer le joug des vainqueurs. Et l'on conçoit que les Romains, étonnés de la multiplicité des attributs de ces divi nités complexes, ne surent s'ils devaient les appeler Mars
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Les éenrains de F Antiquité s'aecordent à reooniiaitre la rdigioâté des Ganlois. An ténKMgnage bien omna de Cessa qn dit qve les Gaulois sont on peuple très adonné aux pratiqiies nli^evses (1 ), il fant ajonter ceox de Tîte-Lire (2 , de Denji d'Hafieaniaise ^3] et d'Arrien (4). L'Ednen Dofluiorlx, poor ne pas accompagner César en Grande- Brefs^ne, allégnait des sonpoks leligirax fo). Les rois des Tectosagea. ponrne pas se rendre an reodez-vons qnHa araicsit donné à Cn. Manlins, pr^eztent des moUts rellfpeox (6), L«s Cadurcir rédirîts par César à la dernière extrémité, s'abandonnent an rainqneor, pensant que ce qni leur arrife est rena non des dessôns des hommes, mais de ht rotonlé des dienx fT).
Coonne les Romains, les Celtes cherchent à connaître l'avenir par les entrailles des victimes ''8) ; ils ajoutent foi aox indications données par les songes (9). D'après Nicandre
ft)( Guerre de Gaule, ri, 16, 1. La piété était, d'après Strabo» {ru, 3, Z), la camclérirtiqu* dea Thraco-Celtes. (2) Livrft V, cb- xxxxvi, 3.
1"^ ' 'é-i romaines, tii, 70.
f V • fi>xe, Z'*.
\'ti •! j^rrf- de Gaule, V, 6.
(G) Tn-e. Live, xxxviii, 25.
(7^ Guerre de Gaule, tiii, 43, 5.
(8) Ji;»Tf?», XXVI, 2 ; DiObORE, v, 31.
(9)1 JUSTIJI, XLIH, 5.
de Colophon cité par Tertullien (1), les Celtes passaient la nuit auprès des tombeaux {busia) des hommes braves pour recueillir des oracles. Certains phénomènes physiques les pénétraient de crainte. En 218, les Galates alliés d'Altale effrayés par une éclipse de lune, refusèrent d'aller plus loin (2). A Delphes, les grondements du tonnerre les frappaient d'épouvante (3). Les présages sinistres que les Bretons du l" siècle remarquaient étaient très variés : c'étaient des bruits à l'extérieur de la curie ; des hurlements dans le théâtre ; l'apparence d'une ville engloutie à l'estuaire de la Tamise ; l'Océan semblant ensanglanté ; des formes humaines laissées par le reflux sur le rivage (4). Seuls les Celtes de Brennos, à ce que raconte Pausauias, ne consultaient pas les devins (5).
Les Celtes étaient plus habiles que les autres peuples en science augurale (6) ; Déjotarus passait pour un augure remarquable (7). La divination s'exerçait par divers oiseaux, le corbeau (8), l'aigle, même, chez les Bretons, par la course d'un quadrupède, le lièvre (9). Des oiseaux indiquent à des armées la direction qu'elles doivent suivre (10) ; averti par le vol d'un aigle, Déjotarus revient sur ses pas (11). D'après Artémidore (i'"'" siècle avant Jésus-Christ), dans un port sur la côte de l'Océan, il y avait deux corbeaux à l'aile
(1) De l'âme, 57.
(i) Pausanias, X, 23, 2.
(4) Tacite, Annales, xiv, 32.
(5) Pausanias, x, 21, 1.
(6) Justin, xxiv, 4, 4.
(7) CicÉRox, De divinatione, i, 15, 26-27.
(8) Artémidore, chez Strabon, iv, 4, 6»
(9) Dion Cassius, lxii, 6.
(10) Justin, xxiv, 4, 3.
(11) De divinatione, i, 15, 26.