ANIMAUX SACRÉS
droite blanchâtre ; les gens qui avaient entre eux quelque contestation mettaient sur une planche des gâteaux, chacun disposant les siens de manière à ce qu'on ne pût les confondre. Les corbeaux s'abattaient sur les gâteaux, mangeaient les uns, dispersaient les autres, et celle des deux parties dont les gâteaux avaient été dispersés l'emportait (1).
Il reste encore, à l'époque la plus ancienne, des souvenirs du culte que l'on rendait à certains animaux (2). Le corbeau, qui est le symbole de Lugiidiinum (Lyon), sur plusieurs monuments gallo-romains, avait, dit-on, donné son nom à cette ville (3). Chez les Bretons, l'oie, la poule et le lièvre sont tabous (4). Les Galates de Pessinunte ne mangent pas de porc (3). Nous avons cité plus haut les surnoms de Mercurius : Mocciis «cochon «et Artaius i ours » (cf. la Dea Artio). Onsait que le cochon sauvage, le sanglier, était l'insigne guerrier des Celtes, et qu'il figure comme tel sur l'arc de triomphe d'Orange. D'après Tacite (6), les Aestii qui ont l'aspect et les mœurs des Suèves, mais dont la langue est assez proche du breton, portent comme talismans des figures de sangliers. Nenniusnous parle d'un animal merveilleux, porciis iroit, poursuivi par le roi Arthur
(1) Strabon, IV, 4, 6.
(2) Voir S. Reinach, Revixe celtique, t. xxi, p. 269-306 ; Cultes, t. I, p. 30-78.
(3) Allmeu et DissARD, Inscriptions antiques de Lyon, 1889, t. II, p. 148 et suiv. Voir ci-dessus, p. 74.
(4) Guerre de Gaule, v, 12.
(5) Pausamas, VII, 17, 10. M. S. Reînach pense que si Vercingétorix a renvoyé sa cavalerie d'Alésia. c'est parce que les Gaulois ne mangeaient pas de viande de cheval. Revue celtique, t. XXVI I, p. 1-15.
^6) Germanie, 45.
dans une chasse fantastique (1) ; c'est le Uvrch trwijth du roman gallois intitulé Kulhwdi et Ohven (2) et ce porc ou ce sanglier fameux est sans doute dans la légende celtique un souvenir du temps où le porc était le symbole et le totem (3) d'une tribu gauloise. Sur les monnaies gauloises, les emblèmes que l'on trouve le plus fréquemment sont le cheval, le sanglier, l'aigle et le serpent ; on ne sait si le cheval androcéphale des monnaies de l'Ouest de la Gaule est un symbole religieux (4). Sur le fronton de l'autel de Reims est sculpté un rat. Le petit autel tricéphale trouvé dans la même ville est surmonté d'une tête de bélier. A la partie inférieure de l'autel de Sarrebourg est figuré un oiseau (o). Le dieu au maillet est quelquefois représenté avec un chien ou un loup (6), une fois avec un coq, une fois avec un serpent s'enroulant autour de la hampe du maillet, une autre fois avec deux oiseaux au-dessus de sa tête (7). Les carnassiers androphages ne sont pas rares dans l'art gallo-
(1) MoMMSEN,- Chroiiica minora, t. m, p. 217, 1. 18. (Monumenta Germanise historica, auctoritm antiquissimorum, t. xiii).
(2) J. LoTH, Les Mabinogion, t. i, p. 252-281. Cf. Rhys, Celtic folklore, Oxford, 1901, p. 498-555.
(3) Sur le tolémisme chez les Celtes, voir S. Reinach, Cultes, mythes et religions, t. i, p. i^O-78.
(4) Revue numismatique, 1840, p. 247 ; 1903, p. 1. Sur la diffusion du sanglier-enseigne, cf. S. Reinach, Description raisonnée du musée de Saint-Germain, t. ii, p. 255-256, note. Revue celtique, t. xxii, p. 153-159 ; Blanchet, Traité des monnaies gauloises, p. 164-168.
(5) Pour les détails de cet autel, voir C. Jullian, Revue des études anciennes, t. vu, p. 246-247.
(6) Cf. le loup androphage d'Oxford et d'Angoulême. S. Reinach, Revue celtique, t. xxv, p. 209 (fig.) ; G. Welter, Revue archéologique, t. xvii (1911), p. 55-61, en rapproche la louve d'Arlon.
(7) Renel, Les religions de la Gaule, p. 255 note ; Jullian, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 139.
G. DoTTiN. — Manuel de l'antiquité celtique. 22