CELTES MODERNES
partie traduites de Geoffroi de Monmouth (xii* siècle) et n'ont, en général, guère de valeur historique. L'épopée apparaît scindée en deux genres distincts : le roman de chevalerie en prose, et l'ode. Les plus anciennes odes sont l'œuvre de bardes du xi® siècle. Les plus anciens romans, connus sous le nom de Mabinogion, ne sont pas antérieurs au commencement du xu' siècle. Il est rarement question, dans les odes ou dans les romans, des origines historiques de la Grande Bretagne, et la société qui y est décrite est le plus souvent la féodalité du moyen-âge. Cependant, au moins quatre romans offrent des restes de traditions antérieures au christianisme(l). L'obscurité de la poésie galloise ne permet pas de tirer grand profit des rapprochements que les odes pourraient suggérer (2).
Quant aux Bretons d'Armorique, on sait qu'ils sont venus de la Grande-Bretagne au vi^ siècle, fuyant devant l'invasion saxonne, et que les plus vieux monuments de leur littérature, presque exclusivement religieuse, datent du XV* siècle.
Si des littératures en langue celtique nous passons à la littérature latine des Celtes insulaires, nous n'y trouvons, outre de sèches annales (3), que des traditions fabuleuses sur l'ancienne histoire bretonne (4) ; les vies de saints,
(1) Les Mahinogion traduits en entier pour la première fois en français avec un commentaire explicatif et des notes critiques, par J. LoTH, Paris, 1889, p. 9-12 ; nouvelle édition, 1913, p. 42-43.
(2) J. LoTH, Revue celtique, t. xxt, p. £8-58.
(3) Les Annales Cambrise, terminées entre 954 et 955 sont jmbliées par E. Phillimore, 1' Cjjmmrodor, t. ix, p. 152-169 ; J. LoTH, Les Mahinogion, t. ii, p. 345-357.
(4) Par exemple, chez Gildas, De cxcidio Briiannise, et chez Nennius, Historia Britonum.
quand on arrive à déterminer l'âge des documents sur lesquels elles reposent, peuvent donner matière à quelques rapprocliementsd'institutions, de mœurs ou de croyance (1).
Les peuples celtiques qui ont subsisté jusqu'à nos jours dans l'ouest de l'Europe ne nous apportent donc, en l'état actuel de la science, aucune indication certaine sur leurs origines et ne pourront fournir que des éléments de comparaison. Les Celtes établis sur le continent avant l'ère chrétienne ne nous ont point laissé d'annales manuscrites ou gravées sur pierre. Des Celtes de l'Antiquité, nous savons donc seulement ce que les Grecs ou les Romains nous ont raconté (2), en des temps oii les moyens d'information étaient rares et la tritique historique rudimentaire.
Peu d'écrivains anciens ont été en rapport avec les Celtes. Au temps d'Alexandre le Grand (336-323), un Marsi illais, Pythéas, fut le premier Grec qui visita les côtes occdentales de l'Europe. Il longea l'Espagne, atteignit l'Armorique, et de là gagna la Grande-Bretagne, puis il remonta au nord jusqu'à Thulé et termina son voyage parles cùlcs méridionales de la mer du Nord (3). Polybe, au milieu du second siècle avant notre ère, accompagna Scipion Eiailien en Espagne (134) et fut en relation, non seulement
(1) Sur la valeur de ces sources, voir J. Lotii, L'émigration bretonne en Armorique, Rennes, 1883, p. 26-46. • (2) Voir H. d'Arbois de Jubainville, Principaux auteur!^ de V antiquité à consulter sur l'histoire des Celtes depuis les iemp-i les plus anciens jusqu'au rè^ne de Théodose I^^, Paris, 1902 (t. XII du Cours de littérature celtique).
(3) Sur Pythéas, voir Hergt, Die JSordlundjahrt des Pytheas, Halle, 1893 ; F. Mathias, Pytiteas ro?i Rlassilia und die àltestm NachricJiten i'on den Germanen, Berlin, 1901 ; J. Lubbock, L'homme préhistorique, Paris, 1888, 1. i, p. 62 ; C. Jult.jan, Histoire de la Gaule, t. i, p. 415-425.