MAGICIENS
temps, les druides avaient cherché à assurer leur pouvoir non seulement par leur science, mais par des pratiques magiques, dont ils étaient les premiers à connaître l'inanité et que, lorsque la domination romaine leur eut supprimé toute actionjudiciaire et politique, il ne leur resta plus que l'exercice misérable d'un charlatanisme grossier ?
Les druides d'Irlande nous apparaissent surtout comme des magiciens et des prophètes. Ils prédisent l'avenir par j'observation des nuages, par les baguettes d'if, par la roue, par le chant des oiseaux. Ils interprètent les volontés secrètes des fées, ils jettent des sorts. A l'aide de formules et d'incantations, ils peuvent trouver l'endroit oîj se cache une personne, accabler un ennemi de toute sorte de maux, faire lever entre deux armées un brouillard épais, faire tomber delà neige, changer le jour en nuit, produire la folie, rendre grosse une femme stérile (1). Ils connaissent les breuvages qui font oublier. Ils ont le pouvoir d'imposer des obligations, geis, dont il est impossible de s'écarter, et de rendre tabous certains objets Ces geis sont très divers : tantôt c'est un guerrier qui reçoit la défense de dire son nom à un adversaire ; Mael Duin ne peut emmener trois compagnons en sus d'un nombre déterminé par un druide ; il était interdit à Noïse de venir en Irlande en temps de paix sauf avec trois hommes : Gûchulainn, Gonall etFergus. Fergus avait reçu pour loi de ne jamais refuser une invitation et de ne pas quitter un festin avant qu'il ne fût terminé ; Cùchulainn était obligé de ne jamais passer près d'un foyer sans s'y
(1) H. d'Arbois de Jubainville, Coufs de littérature celtique, t. I, p. 136-139. Les druides et les dieux celtiques à forme d'animaux, p. 93-94 ; Joyce, A social history of ancient Ireland, t. I, p. 223-228.
arrêter et y accepter à manger ; il lui était interdit de manger du chien. A la Fête du taureau, on mettait à mort un taureau blanc ; un homme se rassasiait de la chair et du bouillon du taureau : puis l'homme dormait tant qu'il voulait et quatre druides chantaient sur lui un chant de justice. L'homme voyait dans une vision celui qui devait être roi, sa figure, sa réputation et ce qu'il faisait. Lorsque l'homme se réveillait, il racontait son rêve aux rois (1). Les prédictions des druides ont pour objet tantôt la naissance, la gloire ou les malheurs futurs d'un enfant ; l'effet meurtrier d'une arme ; une vengeance dont un vaincu menace son vainqueur.
11 est rarement question de sacrifices en Irlande ; toutes les mentions d'offrandes aux dieux ont été, semble-t-il, supprimées des textes irlandais ; mais on trouve dans les gloses le mot gaélique qui signifie victime et sacrifice. Les druides irlandais faisaient des offrandes aux sources (2). Dans une Vie latine de saint Patrice, il est dit qu'à la Fes Temrach ou « Festin de Tara » non seulement les princes de tout le royaume, les grands et les chefs de provinces, mais aussi les maîtres des druides, dniidum magistri, s'assemblaient pour immoler des victimes aux idoles (3). Aux funérailles d'un chef, on tue sur la tombe ses animaux. Mais quel rapport offrent les prodiges de contes populaires que nous venons de rapporter avec l'ancienne religion des Celtes '? Les druides irlandais se meuvent, tantôt
(1) Revue celtique, t. vu, p. 280.
^2) The Tripartite Life of Patrick, éd. Stokes, p. 122 ; Ti- RECHAN, 39, ibid., p. 323.
(3) H. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature celtique, t. I, p. 155, 157. Voir ci-dessus, p. 189, 297.