‹ Manuel pour servir à l'étude de l'antiquité celtiqueChapitre 117 sur 158 · ÉDUCATEURS · texte numérisé non relu

ÉDUCATEURS

dans un monde de féerie où l'imagination du conteur crée les prodiges les plus incroyables ; tantôt dans une société peu civilisée oii les pratiques de sorcellerie semblent tenir lieu de toute croyance religieuse. Le fétichisme n'y occupe guère de place, sans doute parce que les rédacteurs chrétiens des épopées irlandaises en ont fait disparaître tout ce qui pouvait rappeler l'idolâtrie. Peut-être la religion des Gallo Romains a-t-elle quelques traits communs avec cet ensemble de superstitions qu'avaient conservé les Irlandais des premiers siècles de notre ère. Il est peu probable que les druides du tein^js do César n'aient été comme leurs confrères d'Irlande que des sorciers et des faiseurs de prestiges. Le druide Diviciacus, en tout cas, ne différait guère, semblet-il, des Romains instruits de sou temps (1).

Les druides étaient les éducateurs de la jeunesse gauloise (2). Attirés par leurs privilèges, dont le principal étai^ l'exemption des impôts et du service militaire, beaucoup déjeunes gens allaient s'instruire auprès d'eux ou y étaient envoyés par leurs parents et leurs proches. On disait que ces jeunes gens avaient à retenir de mémoire un grand nombre de vers. Aussi quelques-uns restaient-ils une vingtaine d'années à s'instruire. Les druides pensaient que les matières de leur enseignement ne devaient pas être confiées à lécrilure alors que, dans presque toutes les affaires publiques et les comptes particuliers, ils se servaient de lettres grecques. Ils ne voulaient pas, pense César, queleurscience

(1) Cf. C. JuLLiAN, Revue des études anciennes, t. m, p. 20"5-

(2) C. JuLLiAN, [Histoire de la Gaule, t. ii, p. 105, n. G), compare les devins étrusques auxquels on confiait les fils des grands de l'Etrurie. Cicéro.n, De la divination, i, 41, 92.

se répandît dans le vulgaire (1), ni que leurs disciples) &■„ fiant à l'écriture, négligeassent leur mémoire. Ce qu'ils voulaient surtout persuader, c'était que l'âme ne périt pas et qu'après la mort, au bout d'un cycle d'années, elle passe d'un corps dans un autre (2). Une foule de questions sur les astreset leurs mouvements (3), sur la grandeur du monde et de la terre, sur les lois de la nature, sur l'action et la puissance des dieux immortels faisaient partie de leurs doctrines et de leur enseignement (4). Il faut ajouter à la physiologie ou philosophie naturelle (o), l'éthique ou philosophie morale. Tout en affirmant que les âmes et le monde sont immortels, les druides prétendent qu'un jour prévaudront le feu et l'eau (6) ; c'est sans doute la doctrine stoïcienne que Poséidônios, hanté, comme la plupart des doxographes, par l'idée de retrouver chez les peuples les plus divers les théories grecques (7), prête, peut-être sur des analogies superficielles, aux druides gaulois. Les Gaulois disaient tenir des druides une tradition d'après laquelle ils étaient tous issus de Dispater (8). Pomponius Mêla, confirmant les renseignements donnés par César sur les sujets et la durée de l'enseignement des druides, affirme que leur enseignement était

(1) Cf. LucAiN, Pharsale, i, 452-453,

(2) Voir ci-dessus, p. 252.

(3) Sur l'astrologie chez les Gallo-Romains, voir H. de La Ville de Mirmont, Revue des études anciennes, t. iv, v, viii,

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