IX, XI
(4) Guerre de Gaule, vi, 14.
(5) CicÉRON, De la divination, i, 41, 90.
(6) Strabon, IV, 4, 4.
(7) Cf. A. RivAUD, Le problème du devenir dans la science et la philosophie grecques, Alcan, 1906, p. 68, 77. C'est le Aluspilli germanique.
(8) Guerre de Gaule, vi, 17.
GALENDIUER
secret et que le seul point de leur doctrine qui eût pénétré dans le public était l'éternité des âmes et l'existence d'une autre vie après la mort (1). Diogène Laërcenous a conservé en grec une maxime sous forme de triade qu'il attribue aux Druides : honorer les dieux, ne faire aucun mal, pratiquer
la bravoure, aÉêstv ÔeoÙî xaî jjtr,0£v xa/ov ^pàv xal àvêpEiav
àcT/CcTv (2). Rien ne nous permet de supposer que la philosophie et la science druidiques puissent être comparées à la philosophie et à la science grecque.
Nous ne savons si les druides, comme les pontifes romains, étaient chargés de rédiger le calendrier. Bien qu'on ait découvert récemment à Coligny un calendrier, que l'on a de bonnes raisons de croire celtique, ce n'est guère que par les textes irlandais et gallois que l'on peut connaître l'année celtique (3).
L'année était lunaire chez les Celtes comme chez les autres Indo-Européens. Le nom du mois se confond souvent avec celui de la lune. En sanskrit mc75 signifie « lune » et « mois » ; le gotique môna signifie « lune » ; le vieux-haut-allemand mono signifie «lune» et «mois». Les mois et les années des Celtes commençaient avec le sixième jour de la lune (4). L'âge do la lune servait
(1) Chorographie, m, 2, 19. ' " .
(2) Vies des philosophes, préface, 6. Cf. H. d'Arbois de JuliAiNviLLE, Cours de littérature celtique, t.- vi, p. loO-l.");}.
(.3) J. LoTH, L'année celtique d'après les testes irlatidais, gallois, bretons et le calendrier de Coligny [Revue celtique, t. xxv, p. 113-162). Voir aussi S. de Ricci, Revue celtique, t. xxv, p. 10- 27 ; TiiiERs, Comptes rendus de l'Académie des inscrijitions, 1898, p. 167, 612 ; J. Rhys, Notes on ihe Coligny Calendar together witli an édition of the reconstructed Calendar. Proceedings of the British Academy, iv, London, 1910.
(4) Pline, Histoire naturelle, xvi, 95, 250.
aux druides irlandais pour calculer les jours néfastes (1).
Les Celtes ont pour habitude de compter par nuits ; César nous le dit formellement (2) et, dans l'ancienne littérature irlandaise comme dans l'ancienne littérature galloise oa date souvent par nuits ; en gallois semaine se dit ççythnos, « huit nuits » ; quinzaine, pythejnos « quinze nuits » ; en irlandais oidhche Samhain « nuit de Samhain » (1" novembre) désigne la nuit qui précède et non celle qui suit le 1" novembre. La coutume de compter par nuits et d'une nuit à l'autre n'est c^'ailleurs pas spéciale aux Celtes (3).
On ne pait rien dé bien précis sur la durée de l'année celtique. Le calendrier de Goligny oifrait un mois intercalaire de 30 jours destiné sans doute à établir tous les deux ans et demi l'accord entre l'ann e solaire et l'année lunaire, laquelle aurait compté 354 ou 355 jours. Un des nombres consacrés de l'épopée irlandaise est de 350 nuits. En Bretagne armoricaine comme au pays de Galles, il y a des jours complémentaires, appelés en breton gourdeziou, en gallois dyddiau dyddon. Ces jours auxquels sont attachées diverses superstitions populaires, auraient été ajoutés lorsque l'on convertit l'année lunaire en année solaire. Il est intéressant de remarquer que chaque jour du mois com-
(1) Joyce, /i social history of ancient Irehmd, t. i, p. 233.
(2) Guerre de Gaule, vi, 18.
(3) On la trouve chez les. Athéniens (Pline, ii, 79, 88) ; chez les Germains (Tacite, Germanie, 11) ; chez les Numides (Nicolas de Damas, Fragmenta historicorum grsecorum, t. m, p. 463, fr. 139). Est-ce cette coutume qui explique la ridicule anecdote d'Eudoxe de Rhodes d'après laquelle il y aurait vers la Celtique un peuple qui voit la nuit (Fragm. hist. grxc,, t. iv, p. 407). Etienne de Byzance, donne, d'après le Pseudo-Aristote, •nepl ôo'jijiaaîojv, le nom de ce peuple: répjjiapa.
CALEM)RIER
plémentaire du caleadrier de Goligny porte le nom d'un des trente mois qui suivaient, tandis qu'en Bretagne, la tradition attribue aux douze jours complémentaires la vertu des douze mois correspondants (1).
L'année se divisait d'abord en deux moitiés. Il est souvent question de demi-année dans les textes irlandais et gallois, et on trouve aussi cette division dans le calendrier de Goligny. Mais la division la plus commune est celle de l'année en quatre séries de trois mois. On la rencontre dans les lois irlandaises comme dans les lois galloises.
Les noms des mois du calendrier de Goligny sont : Samonios, Anagantios, Giamonios, Simivisonnios,Equos (cf. le grec "Itttt'.oç), Elembivios (cf. le mois grec 'EXaœr^poXttôv), Edrinios, Rivros, Gantlos, Dumannios, Ogronios, Gutios, Giallos (mois intercalaire).
Quant aux subdivisions du mois, elles sont indiquées par les mots gallois pijthefnos, irlandais coicthiges « quinzaine » ; la wylhnos galloise dont nous avons parlé plus haut est une subdivision, en chiffres ronds, de la quinzaine (2). La période de trois jours et trois nuits que Ton rencontre souvent dans les anciens textes gallois ou irlandais est sans doute une ancienne subdivision du mois lunaire de 29 jours 12.
Le calendrier de Goligny comprendrait un cycle de deux ans et demi. On ne trouve rien de semblable chez les Irlandais et chez les Gallois, chez lesquels les périodes en
(1) Seymour de Ricci, Revue celtique, t. xxiv (1903), p. 313-
(2) Les noms des jours de la semaine ont été empruntés par les Celtes aux Romains. Cf. Tiiurneysen, Die yamen der ^Vochentage in der keltischen Dialekten, Zeitschrilt jur deutsche Wortforschung, t. i (1900), p. 1.86 sq.
usage sont respectivement de 3 et de 7 ans. D'après Pline (1), le cycle des anciens Celtes était de trente ans.
Certaines périodes ou certains jours étaient plus favorables à certains actes ; à midi et à minuit le prêtre craint de rencontrer le dieu (2). Les animaux, et même l'homme, sur les bords de la mer de Gaule, ne meurent qu'au jusant (3).
Les anciens avaient été frappés des analogies que présentait la doctrine des Celtes sur l'immortalité de l'âme avec l'enseignement de Pythagore. La plupart d'entre eux ne disent pas que les druides aient eu des rapports avec Pythagore ou ses disciples. Diodore de Sicile emploie les expressions hr.'jyyz: uxp' «j-roT; 6 QjOaYopoj Xoyo;, « chez euX, [chez les Celtes] prévaut l'opinion de Pythagore, d'après laquelle les âmes des hommes sont immortelles et, après un nombre déterminé d'années, recommencent à vivre en pénétrant dans un autre corps (4) ». Valère Maxime établit seulement un rapprochement entre les deux doctrines (5). Le texte d'Amraien Marcellin, qui a sans doute pour source Timagène, est moins clair : « Parmi eux les druides, plus hauts dans leurs conceptions, comme l'établit l'autorité de Pythagore, liés par des associations collégiales, s'élevèrent aux questions cachées et profondes et, méprisant les choses humaines, proclamèrent les âmes immortelles » (6). La
(1) Histoire naturelle, xvi, 95, 250.
(2) LucAiN, Pharsale, m, 423-425.
(3) Aristote chez Pline, ii, 101, 220. Cf. Le Braz, La légende de la mort, 2^ éd., t. i, p. 76. Pour d'autres jours fastes ou néfastes, voir ci-dessus, p. 339.
(4) Bibliothèque, v, 28, 6.
(5) Faits et dits mémorables, ii, 6, 10.
(6) « Inter eos druidee ingeniis celsiores, ut auctoritas Pytha-
378 PYTHACORE
phrase ut audoritas Pythagorx decrevit, d'après l'usage ordinaire des Latins, se rapporte à ce qui suit : elle peut signifier simplement que les sodalicia consoriia des druides étaient une organisation semblable à celle qu'avait établie Pythagore ; il n'est pas certain qu'elle détermine Tensemble de la phrase. C'est seulement Alexandre Polyhistor qui veut que Pythagore ait suivi les leçons des Gaulois et des Brachmanes (1).
Sur l'origine de la doctrine druidique, nous devons donc nous en tenir à l'opinion rapportée par César et d'après laquelle l'enseignement des druides venait de Grande-Bretagne (2). Il aurait été apporté sur le continent par les Celtes d'outre-mer qui, d'après une tradition druidique rapportée par Ammien Marcellin citant Timagène, constituaient une partie importante de la population de la Gaule : les druides rapportent qu'en réalité une partie du peuple est indigène, mais qu'il s'y est ajouté d'autres éléments provenant des Iles extrêmes et des contrées au delà du Rhin (3).
L'enseignement druidique, qui fut en grande faveur tant que la Gaule resta indépendante, ne survécut pas longtemps à la conquête (4). Un sénatus-consulte, sous le règne
gorîB decrevit, sodalicîis adstricti consortiis, qu.i^stionîbus occul-» tarum rcruni aUarumque erecti sunt et despectantcs humana pronuntiarunt animas imniortalcs. » Histoire romaine, xv, 9, 8.
(1) CLÉMErs'T d'Alexandrie, Siromates, i, 15 (Fragmenta historicorum Grsecorum, éd. Didot, t. m, p. 239. Cf. le texte mutilé de Jamblique, Vie de Pythagore, xxviii, 151.
(2) Guerre de Gaule, vi, 13, 11. Cf. Pokorny, The Celtic Re^ View, t. V (1908), p. 1-20.
(3) Histoire romaine, xv, 9, 4.
('*) FusTEL DE CouLANGES, Rcvue celtique, t. IV, p. 37 ; H. d'Arbois de Jubai.nville, ibid., t. xii, p. 316.
de Tibère, supprima les druides (1). Officiellement supprimés, les druides pendant quelque temps continuèrent à enseigner dans les forêts (2). Ji'ouverture des écoles romaines dont la plus ancienne est celle d'Autun (3), leur enleva la clientèle des jeunes nobles gaulois. Du temps d'Ausone, il y avait à Bordeaux des gens qui se disaient descendants des druides (4). Cela ne prouve pas qu'il y eût encore des druides en Gaule au iv^ siècle.
Chez les Irlandais, les druides sont entourés de nombreux disciples. Cathbad avait auprès de lui cent hommes qui, sous sa direction, apprenaient le druidisme, druidecht. Dans une des légendes hagiographiques rattachées à la vie de saint Patrice, deux druides sont chargés de l'éducacation des deux filles du roi Loégaire. En quoi consistait l'enseignement druidique*? Une glose du Senchus Mor, recueil de jurisprudence irlandaise, nous apprend que les druides irlandais disaient que c'étaient eux qui avaient fait le ciel, la terre, la mer, le soleil, la lune, etc., et il est possible que ce soit là le dernier mot de cette cosmogonie druidique dont, sans la connaître, on s'est plu à vanter la profondeur scientifique. De plus, les druides enseignaient la magie, et les seuls écrits qufe la légende leur attribue sont des caractères oghamiques (5) gravés sur quatre baguettes d'if qui servaient à des pratiques de divination. Quant à la doctrine de l'immortalité de l'âme, qui était généralement
(1) Pline, Histoire naturelle, xxx, 4, 13.
(2) Voir ci-dessus, p. 369.
(3) Tacite, Annales, m, 43. Cf. Suétone, Des grammairiens illustres, 3.
(4) Professeurs, v, 7 ; xi, 27.
(5) Sur l'alphabet oghamique, voir H. d'Arbois de JubainviLLE, Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, t. IX (1881), p. 20-26. Revue celtique, t. xxvii, p. 109,