JUGES
admise en Irlande avant le christianisme, il ne semble pas qu'elle fût spécialement enseignée par les druides irlandais (1).
Les druides de Gaule sont réputés les plus justes des hommes (2). Aussi les fait-on Juges des contestations publiques et privées. S'il y a eu un crime de commis, si un meurtre a eu lieu, si Ton se dispute à propos d'héritage ou de limites, ce sont eux qui décident, et qui déterminent les amendes et les châtiments. Si un particuher ou un homme public ne veut pas s'en tenir à leur sentence, ils lui interdisent les sacrifices. C'est là le châtiment le plus grave chez eux ; ceux auxquels a été faite cette interdiction sont mis au nombre des impies et des criminels ; tout le monde s'écarte d'eux, on fuit leur approche et leur conversation pour ne pas recevoir quelque dommage de leur contact ; s'ils déposent une plainte, on ne leur rend pas la justice et ils n'ont part à aucune dignité. A une époque déterminée de Tannée, les druides se réunissent sur le territoire des Carnutes, qui est regardé comme le centre de la Gaule (3), dans un endroit consacré. Là, de toute part s'assemblent tous ceux qui ont des procès, et ils obéissent à leurs jugements et à leurs décrets (4). Strabon ajoute que les druides sont surtout chargés de juger les procès pour cause d% meurtre et que, lorsqu'il y a abondance de ces procès, on pense qu'il y aura aussi abondance des biens de la terre.
(1) H. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature celtique, t. I, p. 165-189.
(2) Strabon, iv, 4, 4.
(3) Cf. Mide, nom de la province centrale de l'Irlande, qui s'explique par medio-, lat. médius.
('i) CÉSAB, Guerre de Gaule, vi, 13. Cf. Diodore, v, 31, 5, et Strabon, iv, 4, 4. Voir ci-dessus, p. 254.
H. d'Arbois de Jubainville (1) a fait remarquer qu'il était naturellement impossible que les druides connussent de toutes les contestations publiques ou privées qui s'élevaient on Gaule. De plus, aucune des contestations entre Gaulois qui sont mentionnées dans les Commentaires n'est soumise au jugement des druides et il ne semble pas que les druides aient empêché les guerres civiles qui désolaient la Gaule avant la conquête romaine. Il est probable que César, reproduisant des textes plus anciens, parle ainsi d'un état social qui n'existait déjà plus à l'époque de la conquête des Gaules. On peut d'ailleurs faire remarquer que la juridiction des druides n'était pas obligatoire et qu'il n'y avait sans doute à se rendre une fois l'an à l'assemblée tenue sur le territoire des Carnutes que les plaideurs qui n'avaient pu s'accorder par aucun autre moyen. Toujours est-il que rien de semblable n'a été signalé en Irlande, et que là ce sont les filé et non les druides qui interviennent dans les causes judiciaires.
Le rôle politique des druides dans l'ancienne Gaule, si l'on excepte toutefois la vie publique de Diviciacus, nous est peu connu ; c'est seulement chez Dion Chrysostome, au premier sièclç de notre ère,' que nous lisons que les rois ne peuveut rien décider sans les druides, qui sont vertes dans la divination et les autres sciences, et qu'il serait juste de dire que ce sont eux qui commandent et que ces rois assis sur des trônes d'or, habitant de magnifiques demeures, sont leurs ministres et les serviteurs de leur pensée (2). Est-ce d'une élection par les druides qu'il s'agit dans le
(1) Revue celtique, t. viii, p. 519-525.
(2) Discours, xlix.