ROLE POLITIQUE
passage où César nous parle de raccession au pouvoir de Convictolitavis, nommé selon l'usage de la cité par les prêtres, per sacerdotes more civitatis {i)''l N'est-ce pas à leur pouvoir moral plutôt qu'à leur pouvoir politique que les druides doivent d'avoir une grande autorité dans les affaires de la paix, aussi bien que dans celles de la guerre, et de pouvoir apaiser deux armées sur le point d'en venir aux mains en se jetant au milieu des combattants (2) ^Rien ne vient confirmer pour l'époque ancienne l'assertion de Dion Clirysostome. Si les druides avaient une influence politique, elle était sans doute due à leur situation personnelle et ne constituait pas un privilège de leurs fonctions. Diviciacus, dans les nombreux incidents de sa carrière politique, use si peu de sa qualité de druide qu'il semble que César ait ignoré qu'il l'était (3).
Le meilleur commentaire du texte de Dion Chrysostome se trouve dans une épopée irlandaise intitulée V Enlèvement des vaches de Cuabigé. Cûchulainn, le liéros dUlster, après avoir essayé de repousser à lui tout seul l'invasion des hommes de Connacbt, est grièvement blessé; il se voit alors forcé d'envoyer prévenir le roi Conchobar et l'armée des Ulates du danger qui les menace. Le messager arrive en vue de la forteresse et s'écrie : « On tue les hommes, on enlève les femmes, on emmène les vaches, ô habitants d'Ulster » ! Mais il n'obtient pas de réponse. 11 va sous les murs de la forteresse et renouvelle son appel : « On tue les hommes, on enlève les femmes, on emmène les vaches, ô habitants d Ulster ! » Et personne ne lui répond. Alors il
(1) Guerre de Gaule, vu, 33.
(2) DioDORE ÔE Sicile, v, 31, 5. Cf. Str.vbon, iv, 4, 4.
(3) Guerre de Gaule, i, 20-21.
s'avance encore ; il s'arrête sur la pierre des hôtes dans la forteresse et il répète : « On tue les hommes, on enlève les femmes, on emmène les vaches ». Et c'est alors seulement que le druide Gathbad ouvre la bouche : « Qui donc tue les hommes, qui enlève les femmes, qui emmène les vaches ? » Car, explique le narrateur, telle était la règle en Ulster : défense aux Ulates de parler avant le roi, défense au roi de parler avant son druide (1).
Un des sujets qui ont le plus passionné les écrivains qui, en l'absence de renseignements suffisants, essayaient de restituer le druidisme à l'aide des seules ressources de leur imagination, est celui des druidesses (2). Velléda, qui a donné son nom à une des figures les plus dramatiques des Martyrs de Chateaubriand, est une prophétesse de Germanie (3). Mais le géographe romain Pomponius Mêla (4) nous parle des prêtresses de l'île de Sein, dans la mer de Bretagne, en face des rivages des Osisnti. Elles ont fait vœu de virginité perpétuelle ; elles sont au nombre de neuf. On les appelle Gallizenae (5) ; on les croit douées de talents singuliers ; elles excitent par leurs chants la mer et les vagues ; elles se changent en animal à leur volonté ; elles guérissent des maux qui sont inguérissables chez d'autres ; elles connaissent l'avenir et le prédisent aux navigateurs lorsqu'ils viennent les consulter.
(1) H. d'Arbois de Jubainville, Introduction à l'élude de la littérature celtique, t. i, p. 190 et suiv,
(2) H. d'Arbois de Jubainville, ibid., p. 109-110 ; Toutain, Mélanges Boissier, Paris, 1903, p. 439-442.
(3) Tacite, Histoires, iv, 61 ; 65 ; v, 22 ; 24. On a expliqué ce nom par le mot irlandais file, gén. filed « poète ».
(4) Clioro graphie, m, 6, 48. Cf. éd. Tzschucke, t. ii, 3, p. 159.
(5) Mss. Gallizenas, Gallicenas, Galligenas. Rhys, Lectures on Welsh philology, p. 196, lit : Galli Senas. Cf. les Gallicands dryadas de Vopiscus.