DRUIDESSES
Il semble bien que cette histoire ne soit qu'un résumé de quelque récit fabuleux comprenant beaucoup d'éléments empruntés à l'histoire de Circé (1). Remarquons de plus que le nom de druidesse n'y est pas prononcé. Si nous n'acceptons qu'avec réserve le témoignage de Mêla sur les vierges de Sein, nous ne trouvons qu'au m* siècle en Gaule des prophétesses appelées dryades. L'une aurait prédit en gaulois à Alexandre Sévère (208-235) sa fin prochaine (2). L'empereur Aurélien (270-273) avait consulté dos prophétesses gauloises, GaUicanos drijadas, sur l'avenir de sa postérité (3). Une de ces femmes aurait promis l'empire à Dioctétien (284-303) (4). Cette dernière était une aubergiste de Tongres. Les druidesses gauloises, si tant est qu'il y en ait eu , n'étaient plus à cette époque que de simples diseuses de bonne aventure. L'inscription de Metz où on lit Arête druis antistita est fausse (5), comme sans doute aussi l'inscription de Killeen Cormac près de Dunlavin (Kildare) en Irlande (6j, qui porte ivvere drvvidbs.
Rien ne permet de qualifier de druidesses les femmes des Namnètes (7) que Poseidônios représente vivant dans une lie de peu d'étendue en face de l'embouchure de la Loire et s'adonnant au culte bachique. Aucun homme n'y
(1) S. Reinach, Revue celtique, t. xviii, p. 1-8 ; Cultes, t. i, p. 195-203. Au contraire, C. Jullian, Revue des études anciennes, t. VI, admet l'existence de ces prêtresses.
(2) Lampkide, Alexandre Sévère, 60.
(3) Vopiscus, Aurélien, 44.
(4) Vopiscus, Niimérien, 14.
(5) Ch. Robert, Epigraphie gallo-romaine de la Moselle, p. 89. et suiv.
(6) Gaidoz, Revue celtique, t. m, p. 453 ; Rhys, Proceedings of the Brilish Academy, t. i, p. 4 (pi.), n'a pas le même sccpti cisme et traduit par « druide d'Irlande ».
(7) Les manuscrits de Strabon portent ^a|jtv'.xwv, corrigé en Nafxvtxwv par Tyrhwitt,
avait accès, mais elles allaient par mer rejoindre leurs maris et revenaient ensuite dans l'île. Elles avaient coutume, une fois l'an, d'enlever la toiture du temple de leur dieu et de le recouvrir dans la même journée. Si l'une d'elle laissait tomber sa charge de matériaux, elle était aussitôt mise en pièces par ses frénétiques compagnes (1). En 61 après J.-C, chez les Bretons, des femmes transportées par un délire prophétique annonçaient la ruine de la domination romaine. Tacite les dépeint dans l'île de Mona semblables à des furies, courant au milieu des soldats, en vêtements funèbres, les cheveux épars, des torches dans les mains (2).
Chez les Irlandais, il est quelquefois question de druidesses, ban-dnii, et plus souvent de bafi-filé qui, comme les filé, étaient à la fois devineresses et poétesses (3).
Une question importante est l'organisation du corps druidique. César nous dit seulement que les druides ont un chef qui a sur eux l'autorité suprême (4). Ce chef, à sa mort, est remplacé par le plus digne, et si plusieurs compétiteurs ont des titres égaux, le successeur est élu par les suffrages des druides. Quelquefois même, on se dispute les armes à la main cette dignité suprême. Le texte d'Ammien Marcellin cité plus haut (p. 377) parle incidemment des associations corporatives des druides analogues aux associations pythagoriciennes (5).
(1) Strabon, IV, 4, 6. Cf. Denys le Périégète, v, .570-574.
(2) Tacite, Annales, xiv, 32. Cf. 30.
(3) Dinnsenchus de Rennes, 83 ; Revue celtique, t. xvi, p. 34, 277 ; H. d'Arbois de Jubai.nville, Cours de littérature celtique, t. VI, p. 92-93 ; Tàin hô Cûalnge, éd. Windisch, p. 331, note 1.
(4) Guerre de Gaule, vi, 13.
(5) Histoire romaine, xv, 9, 8.
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