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CHAPITRE VII

L'EMPIRE CELTIQUE (I

Témoignages des anciens sur les pays occupés par les Celtes. — Extension des civilisations auxquelles appartiennent les Celtes. — Les noms de villes fondées par les Celtes : -diinum, -durum, -nemetum, -magus, -briga, -rilum, -bona, mediolanurn, icoranda. -acus. — • Pays où l'on a trouvé des noms celtiques de personnes. — Rapports des Celtes et des Germains. — Origine des Celtes ; l'ancienne Celtique ; les Celtes dans l'Allemagne centrale. — Les migrations ; l'empire d'Ambigatus ; décadence de la puissance celtique.

L'histoire des Celtes ne commence guère qu'avec leurs premières relations avec les Grecs et les Romains. Tant que les Celtes n'eurent pas pris contact avec le monde civilisé, ils restèrent confondus dans la masse des barbares qui habitaient l'Europe occidentale (2). A peine quelque témoignage de navigateur carthaginois ou grec, bien ou mal renseigné, nous fournit-il sur les côtes occupées par les Celtes antérieurement à l'invasion celtique en Italie, quel-

(1) Voir C. JuLLiAN, Histoire de la Gaule, t. i, p. 227-254, 281-332 ; Déchelette, Manuel d'archéologie, t. ii, p. 558-587.

(2) Strabon, Géographie, i, 2, 27.

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que brève indication, qu'il nous est impossible de contrôler (1). Lorsque les anciens emploient le nom de Celte, nous ne savons s'ils lui donnent la valeur qui lui fut attribuée dans la suite ; lorsqu'ils nomment des peuplades sans déterminer à quel groupe ethnographique on doit les rattacher, comment, même si la linguistique leur reconnaît une physionomie celtique, peut on avec sûreté les attribuer aux Celtes ? Le récit des premières invasions nous apprend surtout comment et par qui les Celtes furent repoussés, sans que nous puissions savoir exactement le lieu d'oîi ils venaient et les causes de leur émigration. On conçoit facilement qu'en face du danger les Grecs et les Romains ne se soient préoccupés que de la défense commune et que l'histoire intérieure de ces barbares venus on ne savait d'oii ait eu pour eux peu d'intérêt. Les fragments que l'histoire, la linguistique et l'archéologie peuvent à grand peine rassembler permettent-ils une reconstruction partielle de l'empire celtique ? Pour que le lecteur puisse se prononcer en connaissance de cause, il hnporte de lui mettre sous les yeux, d'abord, les principaux textes, rangés, autant que possible, par ordre de date, qui se rapportent à la question (2).

(1) Cf. BuLLiOT et RoiDOT, La cité gauloise selon l'histoire et les traditions, p. 1-4.

(2) Sur les textes les plus anciens relatifs ux Celtes, cf. A. Bertrand et S. Reinach, Les Celtes dans les vallées du Pô et du Danube, p. 7-35 ; H. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature celtique, t. xii.

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On ne trouve aucune mention de pays occupés par les Celtes avant la fin du vi^ siècle avant notre ère. Deux fragments de la « Description de la Terre » par Hécatée de Milet ^o40-47o), conservés par Etienne de Byzance (I), qui rédigea à la fin du v^ siècle de notre ère un dictionnaire géographique, (abrégé au siècle suivantpar le byzantin Hermolaos), contiennent le nom de Celtique, Kslziy.ri (2). Le premier fragment nomme Massalia, ville de la Ligystique, près de la Celtique. Le second nomme Nyrax, ville celtique. La situation de Nyrax est inconnue. Les Ligures, au VI' siècle, occupaient en Gaule les côtes de la Méditerranée entre les Alpes et Tembouchure du Rhône (3).

Eschyle (325-456) dit que l'Eridan est en Ibérie et qu'on l'appelle aussi Rhodanos (4).

Hérodote (5), dans deux passages écrits entre 445 et 432, nous apprend que l'Istros (Danube) est un fleuve dont les sources se trouvent chez les Celtes, près de la ville de

(1) Etienne de Byzance, aux mots Massalia et Nyrax. Un troisième fragment, sur Narbôn, place de commerce et ville celtique, attribué par erreur à Hécatée dans l'édition MûUer, provient en réalité du quatrième livre de Strabon (i, 12).

(2) Le nom de KEÀxtx/^. qui semble désigner d'abord tout l'ouest de l'Europe au nord des Pyrénées, depuis l'Elbe et les Alpes, a chez Apollodore (fr. 60, 62), le sens de Gaule ; mais la Gaule est désignée par Polybe (m, 59, 7), sous le nom de FaXaiia. Au temps de Cicéron apparaît le nom de Gallia.

(3) H. d'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de l'Europe, 2^ éd., t. i, p. 271 ; cf. 376, notes 2, 3 ; t. ii, p. 36-37.

(4) Pline, Histoire naturelle, xxxvii, 11, 32.

(5) II, 33, 2 et 3 ; iv, 49, 3.

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Pyrène ; les Celtes habitent au delà des colonnes d'Hercule et sont voisins des Cynesii {C>/netes), le dernier peuple d'Europe du côté du couchant. Le pays des Cynetes était situé au sud du Portugal. Il semble d'abord que pour Hérodote le domaine des Celtes s'étende sur une partie de la péninsule ibérique, que la ville de Pyrène désigne ou non les Pyrénées, où d'anciens géographes ont placé la source du Danube. Mais si, comme le pense M. Jullian (1). le nom des Cynètes, qui est avec celui des Celtes le seul nom que mentionne Hérodote à l'occident de l'Europe, est pris au sens large et désigne vaguement les peuples de»la péninsule ibérique, les Celtes, qui sont au nord et à l'est des Cynètes, peuvent habiter au nord des Pyrénées. Hérodote n'admet pas un fleuve appelé Eridan par les barbares et se jetant dans la mer boréale, d'où vient, dit-on, l'ambre, et il ne connaît pas l'existence des îles Cassitérides d'où l'étain vient aux Grecs ; mais c'est bien des extrémités de l'Europe que viennent l'étain et l'ambre (2).

Le périple du Carthaginois Ilimilcon, tel que Festus Aviénus nous le fait connaître, ne mentionne les Celtes qu'à propos d'un pays inhabité situé au nord des îles CEstrymnides et d'où les Ligures ont été chassés par les Celtes (3). 11 nomme l'île sacrée, .sacra i/isnla, habitée par les Hierni et, à côté, l'île des Albiones. Il est facile de reconnaître en ces îles les îles Britanniques, lipt'.Trr./.y.] v^jo-., que le

(1) Revue des études anciennes, t. vu, p. 367-372 ; Histoire de la Gaule, t. i, p. 308.

(3) Ora marilima, 130-135. Voir ci-dessus, p. 8-9. Ce périple semble antérieur à Hérodote et peut-être même à Hécatée. M. Jullian, Revue des études anciennes, t. vii, p. 232, compare Théopompe, chez Etienne de Byzance, 'l'M/.oupot. Cf. Histoire de la Gaule, t. i, p. 228, n. 244.

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Pseudo-Aristote appelle 'Upvr; et 'AÀ^tcov (1). Quant aux îles (Estrymnides, riches en étain et en plomb, séparées du continent par le sinus Oestrynifiicus, et où se rendent les Tortessii et les Carthaginois pour faire le commerce, ce sont sans doute les îles que les Grecs appellent KajTi-Epîoî;. Himilcon affirmait qu'il fallait au moins quatre mois pour faire la traversée (2).

Au temps de Xénophon, d'après Arrien (3), on ne connaissait pas les peuples de l'Europe occidentale. Mais Xénophon mentionne les mercenaires celtes envoyés comme renfort par Denys de Syracuse aux Lacédémoniens (4).

Aristute place la montagne de Pyrène d'où descendent ristros et le Tartessos, vers le couchant équinoxial, dans la Celtique (o) ; il parle aus>i du climat froid du pays des Celtes, au-dessus de l'Ibérie (6), et où l'âne ne peut pas vivre. Il met la perte du Rhône, qui se trouve au-dessus de Bellegarde, dans la Ligystique (7). Il connaît la prise de Rome par les Celtes (8). Il dit que les Celtes ne craignent ni les tremblements de terre ni les inondations (9).

Théopompe, vers 350, cite la ville des Celtes la plus

(1) Ora maritima, 108-112 ; Du monde, 3. 'iî,:vr, = IFIovt) répond assez exactement à l'irlandais Eriu, gén. Erenn ; cf. le gallois Iwerddon. La forme latine Hihernia a subi l'influence d'une étymologie populaire [hibernus); de même li:'>r, a été rapproché de ';£ooî « sacré ». Cf. Strabon, iv, 5, 4. Diodore, v, 32, 3, donne le nom d Is; c.

(2) Ora maritima, 113-119. Voir ci-dessus, p. 20.

(3) Cynégétique, 2.

(4) Voir ci-dessus, p. 257.

(5) Météorologiques, i, 13, 19 et 20.

(6) De la génération des animaux, ii, 8. Cf. Guerre de Gaule, I, 16 ; VIII, 4 ; TiTE Live, v, 48 ; Piodore, v, 26.

(7) Météorologiques, i, 13, 30.

(8) Plutarque, Camille, 22, 4.

(9) Morale à Nicomaque, m, 7j 7.

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