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THÉOPOMPE, SCYLAX, ÉPHORE

éloignée : Drilônios ; nous ne savons où la situer (1). Il nous montre les Celtes en guerre avec les Vardii, peuple illyrien. Connaissant l'intempérance des lUy riens, les Celtes firent dresser dans leur camp des tables chargées de mets dans lesquels ils répandirent une herbe vénéneuse qui produit un effet violent sur les entrailles. Grâce à cette crise, les Illyriens furent les uns surpris et tues par les Celtes, les autres se jetèrent dans les rivières voisines, parce qu'ils ne pouvaient supporter les coliques dont ils étaient atteints (2). Théopompe mentionne la prise de Rome par les Celtes (3).

Le périple dit de Scylax [de Caryanda, dont la rédaction se placerait vers 335, ne cite comme habitants des côtes de la Méditerranée entre les Pyrénées et l'Italie que les Ligures et les colons grecs. Les Celtes, restes de lexpédition, occupent après les Tyrrhènes une bande étroite de terrain sur la côte orientale de l'Italie jusqu'à Adria. Après les Celtes, viennent les Vcnètes chez lesquels coulerEridan(4),

Ephore, qui, à peu près à la môme époque, avait composé des '1(^:0,: 'a:'., ne nous est connu que par Strabon et Cosmas Indicopleustes (vi*^ siècle après J.-C). Pour lui, les Celtes étaient un des peuples occupant les extrémités du monde ; leur pays situé à l'ouest et qui s'étend du couchant d'été au couchant d'hiver est, de même que celui des

(1) Etienne de Byzance, au mot Drilônios. Fragm. hist. grœc, t. I, p. 316, fr. 223.

(2) Athénée, x, 60 ; Fragm. hist. grsec, t. i, p. 284-285, fr. 41. Cf. PoLYEN, Stratagèmes, vu, 42 ; Justin, kxiv, 4, 3.

(3) Pline, Histoire naturelle, ni, 9,51. F. H. G. p. 303, fr. 144.

(4) § 3 ; 4 ; 18 ; 19. Geographi grœci minores, t. i, fr. 25. Cf. Justin, xx, 5.

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Indiens qui lui fait vis-à-vis (1), moins grand que le pays des Ethiopiens et que celui des Scythes (2). Les eaux leur font éprouver plus de pertes que la guerre ; ils laissent les flots submergei: leurs maisons ; puis ils les rebâtissent (3). Les Celtes possédaient la plus grande partie de la péninsule ibérique jusqu'à Gadeira (Cadix), mais Ephore était si mal renseigné sur les Ibères qu'il croyait que ceux-ci étaient une ville (4). Les Celtes étaient amis des Grecs (5).

Ces notions vagues sur les régions occupées par les Celtes seraient sans doute plus précises si nous avions conservé le récit du voyage d'exploration que Pythéas fit dans l'Ouest de l'Europe, vers 320-310. Malheureusement, les quelques fragments, relatifs aux pays occupés par les Celtes, que nous en a transmis Strabon ajoutent peu à nos connaissances. D'après Pythéas, le Cantion (pays de Kent en Grande-Bretagne) est à quelques jours de navigation de la Celtique (6).

Ptolémée, fils de Lagos, un des lieutenants d'Alexandre, avait rapporté l'entrevue fameuse d'Alexandre avec les Celtes de l'Adriatique, en 335 avant notre ère, et la réponse qu'ils lui firent loFsqu'il leur demanda ce qu'ils redoutaient le plus au monde : « Nous ne craignons qu'une chose, c'est que le ciel ne tombe sur nous, mais nous

(1) Poseidônios chez Solin, 52, 1.

(2) Cosmas Indicopleustès, Topographie chrétienne ; Fragmenta historicorum grsecorum, t. i, p. 243, 244, fragment 38. Cf. Pseudo-Hésiode, Catalogues, chez Strabon, vu, 3, 7 et

PSEUDO-SCYMMUS DE ChIO, V, 170-182.

(3) Strabon, vu, 2, 1. Cf. ci-dessus, p. I'i9, note 2.

(4) JosÈPHE, Contre Apion, i, 12.

(5) Strabon, iv, 4, 6. Cf. Scymnus de Ciiio, v. 183-185.

(6) Strabon, i, 4, 3.

TIMEE

mettons au-dessus de tout l'amitié d'un homme tel que toi (1). »

Hiéronyme de Cardia, continuateur ^ de l'histoire d'Alexandre par Ptolémée, avait raconté l'invasion celtique en Grèce et son ouvrage est sans doute sur ce point la source de Diodore et de Pausanias.

L'historien Timée !3o2-2o6) connaît les Celte:^ voisins de l'Océan, et explique le flux et le reflux de la mer par l'action des fleuves qui descendent de la partie montagneuse de la Celtique dans l'Atlantique (2). Timée est sans doute, pour la question qui nous intéresse, la source d'Apollonios de Rhodes et du traité Des singularités îJier veilleuse s attribué à Aristote. Dans ce traité on lit qu'il y a une route dite d'IIéraklès qui d'Italie conduit jusqu'en Celtique, jusque chez les Colto-ligures et chez les Ibères (3). D'après Ad. Schmidt (4), Timée serait aussi la source principale de Justin, Pausanias et Diodore pour le récit des invasions celtiques.

Callimaque, bibliothécaire d'Alexandrie sous Ptolémée II (283-24f7), rappelle dans une hymne l'invasion de la Grèce

(1) Strabon, vu, 3, 8. Justin (xii, 13) ; Diodore (xvii, 113), et Arrien (vu, 15, 4), inentionncnl vaguement une seconde ambassade des Gaulois à Alexandre en 323, l'anuée de sa mort à Babylone.

(2) Plutarque, Des opinions des philosophes, m, 17, 4. Sur l'œuvre de Timée, cf. J. Geffcken, Timaios' Géographie des Wcstens, 1892, dans les Philologische Untersuchungen de Kiessling et lie v. Wilamowitz-MoUcndorf, xiii.

(3) Des singularités mcrv-eilleuses, 85. Voir plus haut, p. 302.

(4) De jontibus retcruni auctorum in enarrandis expeditionibus a Gallis susceptis, 1834. Cf. Jullian, Histoire de la Gaule, t. i, p. 301, n. 6.

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par ]es Celtes, derniers nés des Titans, venus des extrémités de rOccident (1).

Eratosthène, qui fut bibliothécaire d'Alexandrie sous Ptolémée III (2'i7-222), place des Galates dans la partie occidentale de l'Europe jusqu'auprès de Gadeira, sans doute d'après Ephore; mais dans sa description de l'Ibérie, il ne fait plus nulle part mention des Galates (2).

Dans les Argonaiitiques d' A^ollonïos de Rhodes (ni'^siècle avant notre ère), on voit les Argonautes remonter le Rhône et de ce fleuve passer dans les lacs orageux qui s'étendent à l'infini dans le pays des Celtes ; puis, revenir en arrière, et après être parvenus au rivage de la mer, traverser les nombreuses tribus des Celtes et dés Ligyes (3).

Le premier historien romain, Q. Fabius Pictor, né en 2o4 avant Jésus-Christ, avait raconté la guerre des Romains avec les Gaesati, peuple venu de Gaule (4).

Ainsi, au u'' siècle avant Jésus-Christ, à l'époque où un historien bien renseigné et digne de foi, Polybe, va nous faire connaître les plus anciennes relations des Celtes avec les Romains, les renseignements que nous avons pu glaner chez les anciens historiens et géographes sur les pays occupés par les Celtes se réduisent à peu de chose. Nous savons que les Celtes sont établis près des Ligures ; de Rimini à Ancône, sur les côtes de l'Adriatique ; en Illyrie, sur les bords du Danube ; auprès des lacs de la Suisse et des

(1) Pour Délos, 173-175.

(2) Strabon, II, 4, 4. D'après Strabon, Eratosthène ignorait complètement la géographie de la Celtique et de la Bretagne (II, 1, 41).

(3) Argonautiques, iv, 627-647. Cf. Apollodore, Bibliothèque, I, 9, 24, 5.

(4) Orose, Histoires, iv, 13.

G. DoTTiN. — Manuel de l'antiquité celtique. 26

sources du îlliône, du Pô et du Danube ; sur les côtes de TEspagne.

Polybe connut surtout les Celtes d'Italie. Il nous raconte que, séduits par la beauté et la fertilité de la plaine du Pô les Celtes voisins des Tyrrhènes (Etrusques) envahirent sous quelque léger prétexte le pays que ceux-ci occupaient et les en chassèrent. Il nous donne le nom de peuples gaulois qui s'établirent alors en Cisalpine. Ce sont les Lai {Laepi), \es Lebecii, les Isombres (Insubres), les Gonomani {Ccnomani), \q% Ananes [Anares ou Anamares), les Boii, les Lingones, les Sènonesii). Après la prise de Rome (390;, les Celtes furent contraints à traiter avec ies Romains à la suite d'une invasion des Venètes dans leur pays (2). Ils reparurent encore deux fois dans le Latium, en 361 et en 349, mais s'en retournèrent sans avoir livré bataille et le traité do paix fut renouvelé en 328 (3).

Quant aux Gaulois transalpins, qui sont de la même race que les Cisalpins, ils occupent, d'après Polybe, la partie des Alpes qui regarde le Rhône, et le nord. Entre les Alpes et le Rhône, habitent les Galates surnommés Gaesati (4). D'autre part, Annibal, se [rendant d'Espagne en Italie, rencontre des Celtes entre les montagnes des Pyrénées et le Rhône, puis au delà du Rhône (3). La partie septentrionale de la vallée du Rhône est occupée par les Celtes Ardijes [Aedui ?) (G). Depuis le Narbon (l'Aude) et les campagnes

(1) Histoires, ii, 17.

(2) Histoires, ii, 18.

(3) Histoires, n, 18, 6 ; 7-8 ; 9 ; 19, 1.

(4) Histoires, ii, 15 ; 22.

(5) Histoires, m, 40 ; 41 ; 43. Cf. Dion Cassius, fr. 54, 10, qui écrit que les peuples au travers desquels Annibal se fraya passage lui étaient inconnus.

(6) Histoires, ni, 47, 3.

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voisines jusqu'aux Pyrénées, on ne rencontre que des Celtes (1).

Les pays situés sur le grand Océan sont, nous dit Polybe, récemment découverts et n'ont pas encore de dénomination commune : « Ils sont habités j)ardes peuplades nombreuses et barbares dont nous aurons plus tard à parler en détail... Tout l'espace qui s'étend entre le Narbon et le Tanaïs (Don) nous est complètement inconnu. Peut-être d'activés recherches pourront-elles nous en apprendre quelque chose, mais quant à ceux qui parlent de ces régions ou en écrivent, nous déclarons hautement qu'ils n'en savent pas plus que nous même et qu'ils ne font que débiter des fables » (2). Polybe tient pour nuls et non avenus les renseignements fournis par les récits de voyage de Pythéas. Les chapitres qu'il annonçait sur les barbares de l'Océan sont malheureusement perdus.

En Espagne, Polybe connaît quelques peuples celtiques. Il nomme les Celtici voisins des Tardeiani (3), et raconte les guerres des Celtibères avec les Romains (4) . Le territoire des Celtibères s'étendait de Sagonte (Murviedro) aux source del'Anas (Guadiarîa) et du Baetis (Guadalquivir) (5) ; il était occupé par les Vaccaei dans le bassin du Duero, les Aravacae [Arevaci) chez lesquels était située Numance, les Belli et les Tiiii (6).

A peine Polybe fait-il quelques allusions aux établisse-

0 Histoires, m, 37, 9.

(2) Histoires, m, 37 ; 38.

(3) Histoires, xxxiv, 9, 3. Strabon, m, 2, 5.

(4) Histoires, m, 59, 7 ; xxvi, 2. Cf. Valerius Anlias chez Tite LlVE, xxxiv, 10.

(5) Histoires, m, 17, 2 ; xxxiv, 9, 12 ; 13.

(6) Histoires, xxxv, 2, 3, 4.

ments des Celtes dans la péninsule des Balkans. Il mentionne la défaite infligée en 281, à Ptolémée Keraunos, roi de Macédoine, par les Galates (1), la résistance des Etoliens aux Galates commandés par Brennos en 279 (2), et la destruction d'une partie de l'armée galatique lors de l'expédition contre Delphes ;3). Après ce désastre, les Galates se dispersèrent. Les uns, nous dit Polybe (4), allèrent fonder en Thrace un Etat, dont la capitale était Tylé, et dont les Grecs de Byzance étaient tributaires. Le premier roi de cet Etat fut Comontorios, et. le dernier, Cavaros (5). LesThraces détruisirent ce royaume gaulois vers le troisième siècle av. J.-C. Un autre débris de l'armée galatique alla s'établir en Asie-Mineure (6) ; ce furent les Tolistohogii, les Teclosages et les Troani (7). D'autres peuples gaulois furent appelés en Asie Mineure comme mercenaires. Des Tedtîi'age^ servaient, en 220 av. J.-G. , dans l'armée d'Antiochus III, roi de Syrie (8). Des Aïgosages appelés par Attale I", roi de Pergame, en 218 après l'avoir quitté, fondèrent en Troade, sur l'Hellespont, un Etat indépendant qui fut détruit en 21G par Prusias, roi de Bithynie (9).

Les Chroniques d'ApoUodore (n*" siècle avant Jésus-

(1) Histoires, iv, 35, 4.

(2) Histoires, ix, 30, 3.

(3) Histoires, i, 6, 5 ; ii, 20, 6 ; 35, 7.

(4) Histoires, iv, 45, 10 ; 46, i ; cf. 48 ; 52 ; viii, 24. Cf. Justin, XXXII, 3, 6.

(5) On trouve le nom de ce roi sur des monnaies. Blanchet, Traité des monnaies gauloises, p. 466. Cf. Jullian, Histoire de la Gaule, t. i, p. 303.

(6) Histoires, i, 6, 5. Cf. Tite-Live, xxxviii, 16 ; Memnon, 19.

(7) Histoires, xxn, 20 ; 22, 2 ; xxxi, 13, 2.

(8) Histoires, x, 53, 3. Les manuscrits portent 'FiYOGavs;.

(9) Histoires, v, 77 ; 78 ; 111.

L EMPIRE CELTIQUE

Christ), dans trois fragments conservés par Etienne de Bysance, nomment la ville celtique d'Aeria, les Aidusii, A'ôcjcrto'. {Acdui?) alliés des Romains près de la Gaule celtique et les Arçerni, le peuple le plus belliqueux des Galates de Celtique (1).

Les citations de Poseidôuios qui nous sont parvenues ne nous apprennent rien sur les pays occupés parles Celtes.

Dans le périple attribué à Scymnus de Chio, on lit qu'après la ville de Tartesse on trouve jusqu'à la mer de Sardaigne le pays des Celtes, la plus grande nation de l'Occident. Les plus éloignés des Celtes habitent auprès de la colonne boréale ("'r'M, pôpi'.o;) ainsi que les Enètes et les Istres de l'Adriatique (2).

Artémidore d'Ephèse avait composé, au commencement du I*""" siècle avant notre ère, une géographie en onze livres qui est une source importante de Strabon (3). Etienne de Byzance nous en a conservé des fragments où il nomme les Agnôtes, peuple celtique sur l'Océan ; Mastramélè, ville et lac de la Celtique.

On ne trouve guère de renseignements chez les premiers historiens latins. Caton l'Ancien nous apprend que les Lepontii (près de Domo d'Ossola) et les Salassi (près d'Aoste) sont de nation taurisque (4) ; que les Cenomani de Cisalpine (entre Bergame et Trente) avaient habité chez les Volcae près de Marseille, et que les Boii étaient divisés en

(1) Apollodore, chez Etienne de Byzance, Fragmenta his' toricorum ^rsecorum, t. i, p. 437, fr. 59, 60, 62. Cf. Strabon, 4, 1, 11 ; Pli^ne, III, 5, 36.

(2) V. 165-170, 191-194. Geo gr aphi grxci minores, t. i, p. 200- 203 ; Pline, iv, 35, 118. Cf. Aviénus, Ora maritima,&9i.

(3) Voir ci-dessus, p. 335.

(4) Voir ci-dessus, p. 32.

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