TITE LIVE
de reproduire des témoignages anciens, peuvent nous avoir laissé des renseignements précieux sur l'étendue de l'ancien empire celtique. Le plus intéressant à ce point de vue est l'historien Tite Live. Avant d'exposer la défaite des Romains par les Gaulois, Tite Live raconte ce qu'il sait de l'immigration des Gaulois en Italie. A ll'époque oii Tarquin l'Ancien régnait à Rome, chez les Celtes, qui occupent la troisième partie de la Gaule, c'étaient les Bituriges qui avaient le souverain pouvoir ; c'étaient eux qui donnaient un roi à la Celtique. Celui-ci fut Ambigatus (1), tout puissant par sa vertu et la prospérité tant de lui-même que de son peuple : car sous son empire, la Gaule (2) était si fertile en fruits delà terre et en hommes qu'il était difficile à un roi de gouverner une si nombreuse multitude. Déjà âgé et voulant débarrasser son royaume de cette foule qui le surchargeait, il exposa qu'il allait envoyer Bellovesus et Sigovesus, fils de sa sœur, jeunes gens actifs, dans le séjour que les dieux leur indiqueraient par des présages ; qu'ils levassent autant d'hommes qu'ils voudraient de façon à ce qu'aucune nation ne pût repousser les nouveaux venus. Le sort donna à Sigovesus la forêt Hercynienne ; à Bellovesus, les dieux donnaient un chemin bien plus beau, celui de l'Italie. Celui-ci leva, du milieu de ses surabondantes populations, des Bituriges, Arverniy Senones, Aecliii, Am-
(1) Wii. Stokes, On the linguistic value of the Irish annals, Beiiràge de Bezzenbcrger, t. xvm, p. 97, propose de corriger Ambigatus en Ambicatus qui signifierait en celtique « grand batailleur », cf. irl. Immchalh.
(2) Sur les conclusions étranges auxquelles conduirait ce récit si l'on admet qu'il s'agit de la Gaule dans le sens où l'entendaient les Romains après la conquête de César, voir A. Bertrand et S. Reinach, Les Celtes dans les vallées du Pô et du Danube, p. 20-27.
l'empire celtique 409
harri, Carnutes, Aulerci. Parti avec de nombreuses troupes à pied à clieval, il arriva chez les Tricasiini. Plus loin, les Gaulois aidèrent les Phocéens à s'établir dans le pays de Marseille. Puis ils franchirent les Alpes par le pays des Taurini et les Alpes Juliennes et, après avoir mis en déroute les Tiisci près du Tessin, s'établirent dans le pays que l'onappelait Insubrieu, nom qui était celui d'un pagus des Aediii ; obéissant à ce présage, ils fondèrent là une ville qu'ils appelèrent J/ec?wZa/u'a/«. Peu après, une autre troupe de Ccnomanl, sous la conduite d'Elitovius, suivit les traces des premiers envahisseurs, passa les Alpes par le même défilé avec l'aide de Bellovèse et s'établit aux lieux alors occupés par les Libiii et où sont maintenant les villes de Brescia et de Vérone. Après ceux-là, vinrent les ^alliivii (1) à côté de l'antique nation des Ligures Laevi qui habitent autour du fleuve du Tessin. Puis les^oa'et Lingones, ayant franchi les Alpes Pennines et trouvant tout le pays occupé entre les Alpes et le Pô, traversent le Pô sur des radeaux et chassent de leur territoire non seulement les Etrusques, mais même les Ombriens : toutefois ils se tinrent en deçà de l'Apennin. Alors les Senones, les derniers venus, eurent leur territoire depuis le fleuve Utens jusqu'à l'Aesis. Ce fut cette nation qui, d'après les renseignements recueiUis par Tite Live, vint à Clusium et à Rome ; mais ou ne savait si c'était seule ou soutenue par tous les peuples gaulois de la Cisalpine (2).
D'après ce récit, la première invasion des Celtes en Italie serait contemporaine de Tarquin l'Ancien (616-578 avant
(1) Cf. Corpus inscriptionum latinarum, i, t. p. 460.
(2) Tite Live, v, 34-35.