TITE LIVE
J.-G ) et de la fondation de Marseille (600 avant J.-G.) Tite Live n'en rapporte pas moins une autre tradition, déjà mentionnée, d'après laquelle les Gaulois auraient été appelés en Italie par l'Etrusque Arruns de Glusium qui aurait transporté du vin dans la Gaule pour les attirer, et se venger ainsi du ravisseur de sa femme, Lucumon (dont il avait été le tuteur), riche et puissant jeune homme qu'il ne pouvait punir quà l'aide d'un secours étranger (1). Et lorsque Tite Live raconte [la rencontre des Romains et des Gaulois au siège de Glusium, il semble bien qu'à cette date, 390 avant notre ère, c'était la première fois que les Barbares apparaissaient en Italie et qu'ils y rencontraient les Romains (2). Il y a donc contradiction entre' les deux textes. Par ailleurs, Polybe nous dit que les Tyrrhènes (Etrusques) étaient maîtres de la plaine du Pô à l'époque où ils régnaient sur les champs voisins de Noie et de Gapoue (3). Or c'est seulement sous le consulat de M, Genucius et G. Gurtius, en 44o avant J.-G., que les Campant se soulevèrent et c'est en 424 qu'ils enlevèrent aux Etrusques la ville de Gapoue (4). D'après le même Polybe, c'est di.x-nouf ans après la bataille d'Aïgos Potamos (405), seize ans avant la bataille de Leuctrcs (371), au temps où les Lacédéraoniens conclurent avec le Grand Roi le traité d'Antalcidas (387-380) et où Denys, vainqueur, sur les bords de l'EUé-
(1) Voir ci-dessus, p. 406.
(2) « Gentem iiwisitatam, novos accolas », v, 17. « Clusini novo belle cxterriti, cum multitudincra, cum formas hominum iiuisiiatas cernèrent », v, 35, 4 ; « etsi novum notnen audiant Ronianorum », v, 36, 2. « Invisitato atque inaudito hoste ab Oceano terrarumque ultimis oris bcllum cientc », v, 37, 2.
(3) Histoires, ii, 17.
(4) Tite Live, iv, 1 ; 37.
L EMPlllE CELTIQUE
pore, des Grecs d'Italie, avait mis le siège sous les murs de Rhégium, que les Gaulois venaient de s'emparer de Rome et l'occupaient tout entière à l'exception du Capitole (1). Le synchronisme de ces quatre dates nous donne pour la prise de Rome l'année 387-386. La chronologie romaine fixe en 390 avant J.-C. la magistrature des tribuns militaires au temps desquels fut livrée la bataille de l'Allia. La prise de Rome par les Gaulois eut donc lieu environ trois ans après Tinvasion celtique en Italie, si l'on s'en rapporte àPolybe et à un des textes de Tite Live, et près de deux cents ans après, si l'on admet la véracité du premier texte de Tite Live (2). IN^ous verrons plus loin qu'Appien donne la 97<= olympiade (392-389), comme date de l'invasion gauloise en Italie.
Une autre question, d'ordre géographique celle-là, est soulevée par le récit de l'invasion de Rellovesus. Cette invasion se fit, nous dit Tite Live, per Taurinos salUisqne Juliae Alpis (3). Or, les Taiirini étaient établis aux environs de Turin, au nord-ouest de l'Italie, et la Julia Alpis s'appelle aujourd'hui 1& Birnbaumerwald, montagne au nord-est de l'Italie. Il est difficile d'admettre que les Celtes aient pénétré en Cisalpine par les deux extrémités des Alpes. Mais les manuscrits s'accordent à donner la leçon iuliae. à l'exception du Harleianus I où l'on lit iiiriae. Et c'est en vain que divers éditeurs, émus de cette contradiction, ont essayé de corriger iuliae en Ligiiriae, en Diiriae,
(1) PoLYBE, I, 6. Cf. Justin, vi, 9.
(2) H. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature celtique, t. XII, p. 117-121.