‹ Manuel pour servir à l'étude de l'antiquité celtiqueChapitre 128 sur 158 · DIODORE · texte numérisé non relu

DIODORE

en iniiias ou imiios (1), puisqu'ils n'ont pu démontrer d'une manière satisfaisante pourquoi une leçon aussi claire et simple que iniiias, iniiios, Ligiiriae, Diiriae aurait pu s'altérer en iuriae qui n'est pas latin, et d'autre part pourquoi la plupart des manuscrits auraient remplacé la bonne leçon par iuliae.

On peut d'abord se demander si, la leçon des manuscrits étant considérée comme authentique. Tite Live n'aurait pas réuni deux traditions différentes, l'une qui faisait venir les Gaulois par le nord-ouest, l'autre par le nordest de l'Italie (2). Quelles étaient sur ce point les sources de Tile-Live ? Sans doute le traité de géographie et la chronique en trois livres de Cornélius Nepos et peut-être le TTîpi pajiXétuv du grec Timagène (commencement du i^"" siècle avant notre ère) (3). Malheureusement, nous ne connaissons ces deux ouvrages que par de rares citations dont aucune n'a trait à la question qui nous occupe.

Mais il serait beaucoup plus simple d'admettre une confusion, due soit à un historien, soit à un copiste, des Taariiii avec les Taurisci (4), les Taurisci étant établis précisément auprès de la Jiilia Alpis.

Diodore de Sicile raconte que la Grande-Bretagne, avant César, n'avait jamais été envahie par des forces étrangères (o). Quant à la Gaule, elle fut visitée par Héraklès

(1) Voir les notes critiques de l'édition Weissenborn (Teubner).

(2) H. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature cel' tique, t. XII, p. 240-246.

(3) S. Reinach, Le récit de Tite-Live sur la migration gauloise (Les Celtes dans les vallées du Pô et du Danube, p. 205-212).

(4) M- C. JuUian m'a fait remarquer que chez Polybe (par ex. II, 15, 8 ; 28, 4), Taupîa/.ot désigne les Taurini.

(5) Bibliothèque, v, 21.

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qui eut de la fille d'un roi du pays un fils appelé Galatès (1). Les Ibères et les Celtes se firent longtemps la guerre pour la possession de l'Espagne, puis finirent par se mélanger (2). Au temps oii Denys l'Ancien faisait le siège de Rhegiura (388-ô'87), les Celtes habitant au delà des Alpes traversèrent ces montagnes et occupèrent avec de grandes forces le pays situé entre l'Apennin et les Alpes, après en avoir chassé les Tyrrtiènes qui l'habitaient (3). Dès la plus haute antiquité ou trouve les Gaulois adonnés au brigandage, envahissant les terres étrangères et méprisant toutes les lois humaines. Ce sont ceux qui ont pris Rome, saccagé le temple de Delphes, rendu tributaires une grande partie de l'Europe et plusieurs contrées de l'Asie et qui se sont établis sur le territoire des peuples qu'ils avaient vaincus (4). La Grande-Bretagne était, dit-on, habitée par des races autochthones (5). Diodore dénombre l'armée de Brennos pénétrant en Macédoine avec cent cinquante mille porteurs de boucliers, dix mille cavaliers, toute une foule de marchands de gros et de détail et deux mille chars (6).

Le résumé de Timagène par Ammien Marcellin contient quelques détails curieux sur l'ancienne histoire des Celtes. Les Celtes sont aborigènes en Gaule d'après certaines traditions, et leur nom est celui d'un roi de leur pays, tandis que le mot Galates vient du nom de la mère de ce roi ; mais.

(1) Bibliothèque, v, 24. Voir ci-dessus, p. 303.

(2) Bibliothèque, v, 33.

(3) Bibliothèque, xiv, 113.

(4) Bibliothèque, v, 32, 4-5.

(5) Bibliothèque, v, 21, 5.

(G) Diodore, xxii, 9. Cf. Pausanias, x, 19, 9, qui dit 152.000 fantassins et 20.400 cavaliers (ou, en comptant les écuyers, 61.200).

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d'après les druides, à la population primitive (1) s'ajoutèrent aussi des tribus venues des îles les plus reculées et des contrées transrhénanes et qui avaient été chassées de leur pays par la fréquence des guerres et les inondations de la mer. Selon d'autres, les lieux qui confinent à l'Océan furent habités par des Doriens qui avaient suivi Héraklès i2).

D'après Cornélius Nepos, la ville étrusque de 3Ielpum fut détruite par les Boii, les Insubres et les Senones, le jour où Camille prit Véies sur les Etrusques, c'est-à-dire en 395 (3).

Denys d'Halicarnasse nous décrit ainsi la Celtique : a La Celtique est située dans la partie occidentale de l'Europe, entra le pôle boréal et le couchant d'équinoxe. Elle est en forme de tétragone ; elle touche au levant les Alpes, qui sont les montagnes les plus hautes de l'Europe ; au midi et là où souffle le vent du sud est, elle atteint les Pyrénées ; au couchant, elle a pour limite la mer qui est au delà des colonnes d'Hercule ; les races scythique et thrace la bornent au nord et là où coule le Danube, qui prend sa source dans les Alpes, qui est le plus grand des fleuves de la région et qui, après avoir traversé tout le continent septentrional, se jette dans le Pont-Euxin. La Celtique est assez grande pour qu'on puisse dire qu'elle comprend presque le quart de l'Europe. C'est un pays arrosé de nombreuses rivières ; il est fertile, les récoltes y sont abondantes, et les pâturages nourrissent de nombreux trou-

(1) Cf. LucAiN, I, 443-444, qui semble indiquer que les Ligures ont été maîtres de la Gaule chevelue tout entière.

(2) Ammien Marcellin, xv, 9.

(3) Pline, Histoire naturelle, m, 21, 125.

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peaux. Il est divisé en deux parties égales par le Rhin qui, après le Danube, paraît être le plus grand des fleuves d'Europe. La partie de ce côté-ci du Rhin, qui touche aux Scythes et aux Thraces, s'appelle Germanie ; elle s'étend jusqu'à la forêt Hercynie et jusqu'aux monts Rhipées ; l'autre, du côté qui regarde au midi jusqu'aux Pyrénées et qui entoure le golfe Galatique, s'appelle, du nom de la mer, Galatie. Chez les Grecs, le nom de l'ensemble du pays est Celtique (1). »

On voit que Denys réunissait sous le nom de Celtique la Gaule et la Germanie. D'après lui, l'invasion celtique en Italie fut causée par un Etrusque, Arruns, lequel, pour se venger de Lucumon qui avait séduit sa femme, engagea les Gaulois d'au delà des Alpes à venir s'installer en Italie. Il conduisit chez les Gaulois des chariots chargés de vin, d'huile et de figues. Ceux-ci prirent tant de goût à ces bonnes choses qu'ils n'eurent bientôt plus qu'un désir, celui de pénétrer au plus tôt dans le pays où on les récoltait (2). L'expédition des Gaulois qui prirent la ville de Rome eut lieu sous l'arphontat de Pyrgion, la première année de la quatre-vingt-dix-huitième olympiade (3).

Trogue Pompée, abrégé par Justin, raconte ainsi les invasions gauloises : « Les Gaulois, dont la population était si nombreuse que leur territoire natal ne pouvait plus les nourrir, avaient envoyé trois cent mille d'entre eux chercher des habitations nouvelles dans des pays étrangers. Les uns s'arrêtèrent en Italie, prirent Rome et l'incen-

(1) Antiquités romaines, xiv, 1. Cf. Plutarque, Marins, 11.

(2) Antiquités romaines, xiii, 10-11 (14-17). Cf. Plutarque, Camille, 17.

(3) Antiquités romaines, i, 74. C'est-à-dire en 388 av. J.-C.

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