‹ Manuel pour servir à l'étude de l'antiquité celtiqueChapitre 140 sur 158 · NOMS DE PERSONNES · texte numérisé non relu

NOMS DE PERSONNES

Ces nombres pourraient être de beaucoup augmentés si l'on ajoutait tous les noms de lieux dont la forme moderne suppose un élément -duniuii, -nemctum, -magiis, -briga, -ritiuii, -durum (1). Il est remarquable que les noms de forteresses en -duniim et -briga soient employés à l'exclusion des autres dans la péninsule ibérique et qu'au contraire les noms en -magus soient les plus nombreux dans l'Italie du Nord. Toutes les formations se trouvent dans l'Europe centrale et dans lancienne Gaule.

Malheureusement, la plupart de ces noms n'apparaissent pour la première fois que dans des documents de basse époque par rapport à la période que nous étudions. Ainsi, sur 173 noms, 52 noms sont signalés par Ptolémée (n'' siècle), 33 par \ Itinéraire d'Anionin (iv' siècle), 32 par la Table de Peutinger (iv^ siècle). A quelle époque remonte la fondation de ces établissements celtiques ? Rien n'autorise à les attribuer à une date très reculée. 11 serait également peu sensé de vouloir les dater du plus ancien texte où ils apparaissent. Le problème restera donc sans solution dans la plupart des cas.

Noms de personnes.

On peut encore rechercher quels ont été les lieux occupés par les Celtes en relevant dans les inscriptions grecques et latines la provenance des noms de personnes qui sont le plus vraisemblablement celtiques. Ces inscriptions datent, pour la plupart, du temps de l'empire romain et ne nous

(1) Voir sur ce sujet les articles de M. Antoine Thomas, Revue celtique, t. xx, p. 1-0, -'i.SS-^'i'- ; t. xxii, p. 216-226, et Irs ouvrages déjà cités de H. d'Arbois de Jubainville.

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donnent guère la répartition des personnes à nom celtique antérieurement à l'ère chrétienne. L'endroit où l'on a trouvé l'inscription n'est pas toujours le lieu d'origine du Celte dont le nom est mentionné. Quelquefois le lieu d'origine est indiqué. Mais le plus souvent l'indication du lieu d'origine manque. Toutes les inscriptions n'ont pas la même valeur pour un relevé de ce genre. Les noms de fabricants, en particulier les noms de potiers, ne doivent pas entrer en compte ; la même marque apparaît sur un grand nombre de points de l'ancien territoire celtique sans qu'il soit possible de déterminer où était situé l'atelier de production. Les soldats sont rarement originaires du pays où ils tiennent garnison.

Quoi qu'il en soit, la répartition des noms celtiques de personnes que l'on trouve dans les inscriptions coïncide à peu près avec la répartition des noms celtiques de lieux.

C'est dans l'ancienne Gaule qu'on en trouve le plus grand nombre. Sur 614 noms de personnes, dont l'origine celtique paraît à peu près incontestable, 500 proviennent de Gaule ; 398 sont situés sur le territoire de la France actuelle, 23 en Suisse, 3 en Hollande, 1 en Belgique et 75 en Allemagne, sur les bords du Rhin. Ces noms sont inégalement disséminés en Gaule. Ils ont été conservés surtout, comme on devait s'y attendre, dans les régions, riches en monuments, où étaient situées les grandes villes gallo-romaines ; 71 dans le pays de Nîmes; 56 à Bordeaux, 24 à Lyon, 24 à Dijon et dans la Gôte-d'Or, 46 dans le pays d'Avignon, 14 à Langres, 12 à Narbonne, 11 à Saintes, 9 à Vienne.

En dehors de la Gaule transalpine, le pays où l'on eu rencontre le plus grand nombre est l'Italie du Nord, l'an-

NOMS DE PERSONISES

cienne Gaule cisalpine, où j'en ai relevé 43 exemples.

La péninsule ibérique en compte 28.

La Rhétie, la Vindélicie, le Norique, la Pannonie, l'Illyrie, la Dalmatie en comptent ensemble 27 ; on en a relevé un dans la Dobrutscha.

La Grande-Bretagne en a H.

On en relève enfin 2 en Asie-Mineure, 1 en Syrie, 1 en Egypte.

Si l'on considère l'extension soit de chaque espèce de noms, soit de chacun de ces noms en particulier, on peut constater de même que leur domaine correspond à celui des noms de lieux. Un groupe considérable est formé par les noms dont le second terme est -maros « grand » (1). On en trouve :

5 dans l'Italie du nord.

22 dans la Gaule transalpine.

1 en Grande-Bretagne.

1 eu Espagne.

18 en Norique.

20 en Pannonie.

2 en Germanie occidentale.

3 en Asie-Mineure.

Certains de ces noms ont été trouvés sur divers points du domaine celtique ; par exemple :

Iblio-marus à Magyar-Peterd (Hongrie) et à Lyon.

Nertomarus à Wiener-Neustadt (Basse- Autriche), Celovnik (Styrie), Cilli (Styrie), Autun (Saône-et-Loire), Vertault (Côte-d'Or), Zinsweiler (Alsace).

(1) H. d'Arbois de JuBAiNviLLE, Etudcs grammaticales sur les langues celtiques, p. 5*-12*.

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Sego-marus à Brescia (Italie), Yaison (Vaucluse), Mont- Beuvray (Saône -et-Loire, Gouchey (Côte-d'Or), Dijon, Les Baux (Bouches-du-Rhône).

Soli-marus à Cilli (Styrie), Sziszek (Croatie), Gherchell (Algérie), Martigues (Bouches-du-Rhône), Brignon (Gard), Narbonne, Bordeaux, Mayence, Heddernheim (Prusse) (1).

Dans les pays qu'ils occupèrent, les Geltes furent en contact avec des peuples indo-européens ou non, les Thraces, les lUyriens, les Ligures, les Ibères, les Etrusques, dont nous connaissons mal la langue et il est impossible de déterminer, faute de documents suffisants, quels échanges de mots et, par suite, d'idées et d'objets les Geltes firent avec ces peuples. Mais ils rencontrèrent aussi en Europe des Indo-Européens mieux connus, les Slaves, les Grecs, les Germains, les Italiotes, et si Ton pouvait déterminer exactement quels furent dans le vieux celtique restitué les emprunts aux autres langues indo européennes, on éclairerait d'autant les rapports des Celtes avec les peuples voisins. Mais il est le plus souvent difficile de décider si un mot commun aux Geltes et à un autre peuple appartient au fonds général des Indo-Européens et a persisté indépendamment chez les deux peuples, ou si ce mot a été emprunté par l'un des deux peuples à l'autre. Cette étude a été faite pour le germanique par H. d'Arbois de Jubainville (2). Les termes que les langues celtiques et germa-

(1) HoLDER, Altceltischer Sprachschatz, t. ii, col. 9, 15, 725, 1447, 1605.

(2) H. d'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de l'Europe, 2^ éd., t. ii, p. 330-367. Cf. H. Paul, Grundriss der germanischen Philologie, V^ éd., t. i, p. 303-305 ; H. Hirt, Die Indogermanen, ihre Verbreitung, ihreUrheimat und ihre Kullur, Strassburg, 1907, t. ii, p. 614.

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