CELTES ET GERMAINS
plus belles (1). Philon rapporte que les Germains osent prendre les armes contre les éléments et vont au devant de la mer comme à la rencontre d'une bande d'ennemis (2). En(in, comme nous l'avons déjà remarqué (p. 12), les noms KsXto! et raXâxai désignent tantôt les Germains, tantôt les Gaulois (3). Nous avons déjà signalé p. 121 la parenté des noms d'hommes germains et gaulois. ^
Môme, quelques noms de peuplades données comme ger- l maniques sont celtiques, ou du moins s'expliquent facile- ! ment par les langues celtiques. Tels sont les Nemetes ou Nemetae, cf. nemeton « endroit consacré » ; les Triboci, cf. i le nom carnute Toiito-hocios et les noms bien connus Tri- ■ casses, Tri-uocanles ;\es Marco-manni,'cî. Marco-magus, à Marco-diirum, Ceno-maïuii. 1
Ces rapports sont d'autant plus curieux que les anciens H ont plus d'une fois signalé les différences qui séparaient la ij langue des Gaulois de celle des Germains. Le gaulois étai- ; pour Arioviste une langue étrangère qu'il avait apprise à la i suite des rapports continuels qu'il avait avec les Gau- | lois (4). Tacite distingue à l'aide de la langue certaines peuplades celtiques établies en Germanie (5). Les prisonniers gaulois que Caligula veut faire passer pour Germains doivent apprendre la langue germanique (6).
Quoi qu'il en soit, si l'on ne peut douter que les rapports
(1) Tacite, Germanie, 6. Cf. ci-dessus, p. 285.
(2) Des songes, p. 1124. Cf. ci-dessus, p. 149.
(3) Sur l'état social des Germains comparé à celui des Gaulois, voir L. DE Valroger, Les Celtes cl la Gaule celtique, Paris, 1879, p. 86-185.
(4) Guerre de Gaule, i, 47.
(5) Germanie, 43.
(6) Suétone, Caligula, 47.
l'empire^celtique 453
entre Celtes et Germains aient été singulièrement étroits, les seules preuves linguistiques que nous possédons ne peuvent suffire à démontrer que les Celtes et les Germains aient constitué un même tout politique et, à plus forte raison, que les Germains aient été sous la domination celtique.
L'opinion commune, tant des anciens que des modernes, place l'établissement primitif des Celtes en Gaule. La plus ancienne population de la Gaule que la science puisse atteindre serait la population celtique. C'est de Gaule que les hordes celtiques qui envahirent l'Espagne, l'Italie, la péninsule Balkanique, l' Asie-Mineure et la Grande-Bretagne seraient parties.
A' cette opinion des objections d'ordre linguistique ont été faites. Si les Celtes étaient les plus anciens habitants de la Gaule, il est vraisemblable que leur langue aurait laissé dans notre nomenclature géographique plus de traces que nous n'en coHslatons, et surtout que les dénominations celtiques s'appliqueraient aussi bien aux montagnes et aux cours d'eaux qu'aux noms de lieux habités. Or si les noms de lieux habités qui peuvent s'interpréter par le celtique sont assez nombreux en Gaule, les noms appartenant à l'orographie ou à l'hydrographie, à l'exception de Cebennon, Cévennes, de Vernodubrum « rivière des Aulnes », en français Verdouble, peut-être de Renus, Rhin, Diibis <i (rivière) noire», Vidubia i\ Vouge >/, Vicinonia « Vilaine » (cf. Marti Vicinno) (1) semblent étran-
(1) J. LoTii, Annales de Bretagne, t. xxii, p. 163.