‹ Manuel pour servir à l'étude de l'antiquité celtiqueChapitre 143 sur 158 · ORIGINE DES CELTES · texte numérisé non relu

ORIGINE DES CELTES

gers aux langues celtiques. Tels sont : Rhodanus et Rhotaniis, Sequana ; Isara, Oscara, Avara, Savara, Jura, Sara, Autura, Thara, Lesiira ; Drueniia. Cantia, Asmantia ; Vimina, Sumina, Ganimna, Irumna, Olomna, Vultumna; Oltis; Aliso ; Dornonia, Matrona. D'après H. d'Arbois de Jubainville (1), ces noms seraient ligures. Les Celtes n'auraient donc dénommé en Gaule que les forteresses qu'ils avaient fondées, et les noms proprement géographiques seraient dûs aux populations qui les ont précédés sur le sol de notre pays. Ces populations constitueraient pour une bonne partie la plebs, réduite presque à l'état d'esclavage, que dominait l'aristocratie celtique des druides et des cqnites. Cette aristocratie celtique, peu nombreuse, mais fortement organisée et bien armée, serait arrivée en Gaule à une époque historique et il faudrait chercher au delà du Rhin le lieu d'origine des anciens Celtes. C'est ce qu'aurait indiqué Marcellin lorsqu'il rapporte que, d'après les druides, à la population primitive de la Gaule s'ajoutèrent des tribus venues des contrées transrhénanes et des îles les plus reculées (2 .

D'autre part, si l'on fait partir les Celtes de l'Europe centrale, on s'explique mieux et la présence dans l'Europe centrale de nombreux noms de lieux témoignant d'établissements à demeure des Celtes, et leurs invasions au sudest de l'Europe, plus difficiles à concevoir s'ils avaient eu à traverser les forêts de la Germanie. L'émigration d'un peuple vers des pays plus fertiles est assez naturelle ; le

(1) Les premiers habitants de l'Europe, 2^ éd., t. ii, p. 124-195, Sur la langue des Ligures, voir C. Jullian, Histoire de la Gaule. t. I, p. 110-125.

(2) Ci-dessus, p. 414.

L EMPIRE CELTIQUE

départ des Celtes d'un pays fertile comme la Gaule pour un pays moins fertile comme la Germanie serait fort invraisemblable. Enfin, les écrivains anciens eux-mêmes, bien qu'ils semblent avoir traduit le plus souvent le mot KîXTr/.ôv, qui désigne le peuple ou le pays des Celtes en général, par Gallia (1), qui dénomme à l'époque romaine la Gaule habitée par les Celtes lors de la conquête romaine, n'ont-ils pas, peut-être à leur insu, laissé subsister dans leur texte quelques traces de l'ancienne géographie politique de l'Europe *? Je ne crois guère que l'on puisse fonder une thèse scientifique sur la description naïve d'Ephore qui place aux quatre extrémités de la terre les Celtes, les Indiens, les Ethiopiens et les Scythes (2). Faut-il attacher plus d'importance au texte de Denys d'Halicarnasse qui nous dit que la Celtique est un grand pays qui occupe presque le quart de l'Europe, qu'elle est bornée par les Pyrénées, l'Océan, les Scythes, les Thraces et le Danube. Ce texte est, en tout cas, le développement de celuj d'Ephore, et le fait que Denys ajoute que la Celtique est partagée en deux par le Rhin prouve qu'il confondait les Celtes et les Germains. Mais on doit remarquer que Tite Live, dans son récit de l'invasion celtique en Italie, emploie pour désigner le pays des Galli le mot Celiicum : ii regem Geltico (3) dabant (mot que l'on ne retrouve nulle part ailleurs employé comme substantif, et qui n'est sans doute que la transcription du grec ivcÀt-.y.ôv), et qu'il fait passer

(1) Voir ci-dessus, p. 406.

(2) Strabon (iv, 4, 6), trouvait qu'Ephore avait singulièrement exagéré l'étendue de la Celtique.

(3) Cf. to 'E).Xr|V'./.ôv « les Grecs », zh S/uOt/.ôv « les Scythes », 10 Deoo-i/.ôv '< les Perses ».

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