‹ Manuel pour servir à l'étude de l'antiquité celtiqueChapitre 145 sur 158 · MIGRATIONS · texte numérisé non relu

MIGRATIONS

qui séparent le gaélique des dialectes bretons ne peuvent s'expliquer que si les deux rameaux actuels de la race celtique, les Gaëls et les Bretons, ont été séparés pendant des siècles, et s'il y a eu deux invasions celtiques, à des époques éloignées l'une de l'autre, dans les îles Britanniques. L'invasion des Celtes de Belgique dans le sud de la Grande-Bretagne pouvant être datée du ni^ siècle (1), on est donc fondé à reporter à quelques siècles en arrière la 3 première invasion. l

Ce serait entre 700 et oOO que les Celtes auraient pour la première fois pénétré dans le nord et l'est de notre pays. Car au vii^ siècle, on ne mentionne que les Ligures (2), tandis que Festus Aviénus, reproduisant sans doute le périple dHimilcon (v* siècle), parle d'une région jadis habitée par les Ligures, mais alors occupée par les Celtes. D'autre part, Festus Aviénus ne cite pas les Celtes parmi les habitants de l'Espagne (3), tandis qu'Hérodote au milieu du V® siècle, Ephore au milieu du iv" siècle, Eratosthène à la fin du ni^ les y montrent établis. Or les Celtes n'ont dû pénétrer en Espagne qu'après avoir soumis la Gaule (4).

L'établissement des Celtes en Espagne daterait, d'après ce qui précède, du v'' siècle. Les noms de lieux celtiques que

(1) Ci-dessous, p. 461. Romilly Allen (Celtic Art in pagan and Christian times, p. 21 ; 61) suppose que l'âge de fer dans la Grande-Bretagne commence à l'invasion des Belges.

(2) PsEUDO-HÉsioDE, Calulogues, fr. 132, chez Strabon, vu, 3, 7.

(3) A moins qu'ils ne se dissimulent, comme le pense M. L. Siret, sous le nom des Cempsi. Revue archéologique, t. x (1907), p. 385-386.

(4) H. d'Arbois de Jubainville, Renie celtique, t. xxiv, p. 162-169.

l'empire celtique 459

l'on relève dans la péninsule ibérique pourraient donc remonter à cette époque (1).

C'est peut-être aussi lorsqu'ils développaient leur puissance à l'ouest et au sud, que les Celtes envahirent au sud-est la Vindélicie et chassèrent les Illyriens du Norique et de la Pannonie (2). Cette hypothèse, outre qu'elle rendrait compte de la présence de noms celtiques tant de personnes que de lieux dans ces pays, expliquerait pourquoi, au i^"" siècle avant notre ère, l'historien Sempronius Asellio, reproduisant sans doute un auteur plus ancien, écrivait que la ville de Noreia (aujourd'hui Neumarkt en Styrie) était située in Gallia, c'est-à-dire en pays celtique (3).

Pour Trogue Pompée, la conquête de la Pannonie par les Gaulois est contemporaine de leur invasion en Italie.

Nous avons vu d'ailleurs que les Taurisci du Norique, les Boii, les Scordisci de Pannonie, les lapodes d'dlyrie sont des peuples celtiques. Les guerres des Celtes avec les Autariates et les Venètes, peuples illyriens qui étaient maîtres de la Pannonie, ^d'une partie de la Thrace et des bords de l'Adriatique, leur alliance en 336 avec Alexandre le Grand contre les Triballes, peuple de Thrace, les luttes

(1) H. d'Arbois de Jubainville, Les Celles en Espagne. Revue celtique, t. xiv, p. 357-395 ; t. xv, p. 1-61, 160-173, J. Leite de Vasconcellos, Les Celtes de la Lusitanie portugaise. Revue celtique, t. xxiii, p. 74-82.

(2) H. d'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de l'Europe, 2® éd., t. i, p. 304-305. Voir ci-dessus, p. 416.

(3) Cf. Velleius Paterculus (ii, 12, 2), qui place in Galliis la défaite de Carbon à Noreia par les Cimbres et les Teutons ; et Florus, m, 3, 1, qui fait venir les Cimbres et les Teutons des extrémités de la Gaule. H. d'Arbois de Jubainville, Revue celtique, t. xii, p. 18-19.

AMBIGATUS

des Boii avec les Daces, sont attestées par les historiens 'i. de l'Antiquité (l).

Y eut-il, à cette époque, une solide unité politique chez les Celtes, et le roi Ambigatus fut-il une sorte de Gharlemagne qui aurait réuni sous son empire tous les pays conquis par les Celtes (2)*? Rien n'autorise à l'affirmer, et le texte concis de Tite Live ne peut guère fournir une matière suffisante à de telles déductions. Au lieu d'être un Charleinagne historique, Ambigatus est-il seulement un Cbarlemagne de légende ? cela même, nous ne pouvons guère le dire. Est-ce Ambigatus qui provoqua l'invasion celtique en Italie? Il y a contradiction, comme nous l'avons vu, entre Polybe qui nous montre les Gaulois s'emparant de Rome vers 38G et Tite Live qui donne deux dates difficilement conciliables, 600 (3) et 390 (4). Si Polybe a raison l'invasion des Gaulois en Italie et la i)rise de Rome ne peuvent être contemporains d'Ambigatus qui vivait au temps de Tarquin l'Ancien. Pline, Diodore de Sicile et Appien s'accordent à placer vers 396 les luttes des Gaulois avec les Etrusques ou Tyrrliènes et fortifient ainsi le témoignage de Polybe. Il n'est donc guère probable qu'il y ait eu deux invasions celtiques en Italie, à trois siècles de distance (5).

(1) Voir ci-dessus, p. 30, ?,2, 33, 405, 417. Polybe, ii, 18 ; Strabon, V, 1, 6.

(2) H. d'Arbois de Jubainville, ibid., t. ii, p. 297-304.

(3) V, 33, 5 ; 34, 1. Cf. Plutarque, Camille, 16 ; Romulus, 17, 12.

(4) V, 33, 2. Cf. Diodore, xiv, 113, 1 ; Appien, Celtiques, 2, 1 ; Plutarque, Camille, 22.

(5) H. Hubert, Revue celtique, t. xxxiv, p. 426 ; Niese, Real-Encijclopœdie de Pauly-Wissowa, t. vu, col. 613-617. Voir toutefois A. Bertrand et S. Reinach, Les Celtes dans les vallées du Pô et du Danube, p. 27-32 ; 43-45.

l'empire celtique 461

Quoi qu'il en soit, d'après le récit même de Tite Live, tandis qu'une fraction de l'armée celtique pénétrait en Italie, sans doute par la vallée du Danube et la voie du Norique (1), un autre corps de troupes remontait au nord, vers la forêt Hercynienne. Il dut se trouver en contact avec les Germains. Les Celtes soumirent- ils les Germains ? On ne peut l'affirmer (2) ; mais, plusieurs siècles plus tard, on trouvait encore au centre de l'Europe des peuples celtiques, par exemple les Voîcae Tedosages, près de la forêt Hercynienne (3j, les Gotini, au sud-est de la Germanie (4), les Boii, en Bohême (o), et on se souvenait encore que les Helvetii étaient jadis établis entre la forêt Hercynie, le Rhin et le Main (6).

A quelle date les Belges, peuple celtique mélangé d'éléments germaniques, franchirent-ils le Rhin pour s'établir au nord de la Gaule '? Probablement au temps oii d'autres Celtes, venus sans doute aussi de Germanie, s'établissaient dans la Aallée du Rhône. Or, entre les Pyrénées et le Rhône, le Pseudo-Scylax (milieu du iv'' siècle) ne mentionne que des Ibéro-Li^ures, et entre le Rhône et les Alpes que des Ligures. La perte du Rhône, d'après Aristote, est située en Ligurie. Il n'en était plus de même en 218. Annibal, traversant la Gaule méridionale, ne trouva sur son

(1) DÉCHELETTE, Muiiuel d'arcliéologie, t. ii, p. 577.

(2) H. d'Arbois de Jubainvii-le, Les premiers habitants de l'Europe, t. ii, p. 32.5-329, a essayé de démontrer cette thèse que combat E. Windisch, Beridite ïihcr die Verhandliingen der kôniglich sàchsischen Gesellschajl der Wissenschaften :u Leipzig, 1897, p. 101-126.

(3) César, Guerre de Gaule, vi, 24.

(4) Tacite, Germanie, 43.

(5) Tacite, Germanie, 28 ; 42.

(6) Tacite, Germanie, 28.

Page 1