‹ Manuel pour servir à l'étude de l'antiquité celtiqueChapitre 23 sur 158 · MONNAIES · texte numérisé non relu

MONNAIES

Pergame, décoré de trophées d'armes (1) ; un vase de bronze provenant de Pompéi et orné de deux hommes barbus (2) ; deux statuettes de la nécropole de Myrina (3). Le chaudron en argent, de Gundestrup, découvert dans une tourbière du Jutland, est décoré de bas-reliefs oii sont figurées, croit-on, les divinités les plus singulières de la mythologie celtique (4),

Il est probable que la plupart des représentations anciennes de Celtes proviennent de modèles antérieurs et qu'elles ne sont pas directement inspirées de la nature. M. S. Reinach pense qu'elles dérivent de deux sources principales, l'une pergaménienne que nous connaissons en partie, l'autre delphique, issue des expéditions gauloises en Grèce (280-279), et dont nous ne savons presque rien. Dans ce cas, les monuments gréco-romains ne nous renseigneraient que sur les Gaulois d'Orient du iiT siècle avant notre ère.

Les principales monnaies où l'on peut trouver des types ou des armes celtiques sont des monnaies romaines : les deniers des familles Claudia et Gornelia, d'IIostilius Saserna,

Recueil général, t. iv, p. 208-214 ; Revue des études anciennes, t. IX, pi. xi-xiv.

(1) Revue archéologique, t. xiii (1889), pi. ix.

(2) A. DE LoNGPÉRiER, Œuvrcs, t. II, p. 379 ; Quiciierat, Histoire du costume en France, p. 8.

(3) Revue archéologique, t. xiii (1889), p. 197.

(4) Voir la reproduction et le coninientaire donnés chez A. Bertrand, La religion des Gaulois, p. 363-380 ; et par M. C. JuLLiAN [Revue des études anciennes, t. x (1908), p. 71-75, pi. i-x) qui croit le vase d'origine cimbrc et le compare au vase aux sept dieux du Cabinet des médailles. Cf. J. Déchelette, Revue de synthèse historique, t. m, p. 54. Sur les monuments non cités ici, consulter S. Reinach, Les Gaulois dans l'art antique Revue archéologique, t. xiii (1889), p. 187-203, 317-352.

des familles Aurélia, Cosconia, Domitia, Licinia, Pom[)onia, Porcia, Sergia (1). Les monnaies autonomes de la Gaule, sauf quelques exceptions (2), offrent non des portraits, mais des reproductions grossières d'effigies grecques. Il est fort possible que le graveur ait parfois emprunté quelque détail à la civilisation gauloise, mais, d'après A. de Barthélémy (3), ce serait exceptionnel. « Le plus sage est de chercher si telle figure, bizarre à première vue, ne s'explique pas naturellement par la loi de dégénérescence. » D'autre part, les détails de la gravure sont rarement assez nets pour que l'on puisse décrire avec précision les objets représentés. Les monnaies les plus anciennes sont généralement dépourvues d'inscriptions; puis, apparaissent des

(1) Blanchet, Les Gaulois et les Germains sur les monnaies romaines, Congrès international de numismatique, Bruxelles, 1891. On trouvera des reproductions des monnaies gauloises dans le Dictionnaire archéologique de la Gaule, t. i et ii ; dans l'Atlas de monnaies gauloises (2.000 reproductions), publié par M. de la Tour, Paris, 1892 ; cf. le Catalogue des monnaies gauloises de la Bibliothèque nationale, par MM. Muret et Chabouillet, Paris, 1889 ; dans la Revue archéologique, t. xii (1866), pi. x et xi ; t. XIV (1867), pi. III ; t. xLi (1881), pi. v, vi, vu ; t. vu (1886), pi. m ; dans la Revue numismatique, t. i (1883), p. 1-19 (pi.) ; t. II (1884), p. 1-2 ; t. III (1585), p. 137-156 (pi.) ; t. iv (1886), p. 193-202 (pi.) ; t. xi (1893), p. 305-326 (pi.) ; t. xii (1894), p. 12-46 (pi.) ; t. m (1899), p. 129-172 (monnaies du Mont-Beuvray) ; p. 258-273 (pi.) ; t. viii (1904), (p. 23-32 ; 297-316 ; chez M. Blanchet, Traité des monnaies gauloises, Paris, 1905 (pi.), qui tient compte de toutes les publications antérieures et contient 620 reprodvictions de monnaies. M. Blanchet publie dans la Revue celtique, depuis 1910, une chronique de numismatique.

(2) Voir surtout F. de Saulcy, Numismatique des chefs gaulois mentionnés dans les Commentaires de Jules César, Paris, 1867 ; Blanchet, Traité des monnaies gauloises, p. 153-157. M. Babelon a recherché (Revue numismatique, t. vi (1902), p. 3-35), l'effigie de Vercingétorix sur les monnaies gauloises et romaines. Jullian, Vercingétorix, p. 353-357.

(3) Ra ue celtique, t. xi, p. 77. Cf. Revue ceUique, t. i, p. 292. Cf. A. Blanchet, Traité des monnaies gauloises, p. 179-225.

G. DoTTiN. — Manuel de l'antiquité celtique. 4

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lettres isolées ; puis, deux lettres réunies ou disposées en niunogramines, enfin, des légendes, abrégées ou non, écrites en caractères grecs ou romains. En haute Italie, on trouve aussi employé l'alphabet étrusque, et en Narbonnaise l'alphabet celtibérien (1 . Les monnaies ont, au point de vue archéologique, outre les représentations qu'elles peuvent nous fournir, une grande importance, car elles permettent souvent, lors(|u'ou est sûr qu'elles ont été enfouies en même temps que les objets avec lesquels on les trouve, de déterminer la date de ces objets. Malheureusement, pour la période ((ui nous occupe, de telles déterminations sont rarement (lossibles.

La certitude dans l'identification des Celles que l'histoire et l'archéologie ne nous donnent pas existe à un bien moindre degré encore dans l'anthropologie (2j. Pour déterminer le type des anciens Celtes, nous pouvons utiliser seulement les S(iuelettes trouvés dans des nécropoles que pour des raisons archéologiques nous regardons comme celtiques. D'autre part, la forme des crânes et les dimensions des os ne peuvent suffire à caractériser une race.

Il n'y a pas de travail d'ensemble sur l'anthropologie d'Hallstatt et de la Bavière. Mais les osspments enfermés dans

11) On trouve cet alphabet employé concurrement avec l'alphabet grec sur des monnaies des Longostalètes. La tour, Atlas de monnaies gauloises, n"^ 2350-2399.

(2) On trouvera la bibliographie de l'anthropologie celtique chez W. Z. RiPLEY, The races of Europe, a sociological study, London, 1900, p. 140-141.

LÉS SOLRCeS ET LA METHODE 51

les liimnli de Bourgogne et de Franche -Comté ont été étudiés (1). Les cimetières delà Marne ont fourni de nombreux crânes, dispersés aujourd'hui. On a trouvé à la Tène une douzaine de crânes et les restes d'une trentaine de squelettes (2).

On possède peu de crânes celtibères. Dans les Iles Britanniques, on a retrouvé peu de crânes antérieurs à la domination romaine (3). On ne connaît aucun crâne de Gaulois d'Asie (4). Il est inutile de chercher, au xx"" siècle de notre ère, en déterminantl'indice céphalique des peuples de langue celtique, à en conclure la forme du crâne des Celtes du iv'' siècle avant notre ère. Les mélanges entre peuples, les différences dans les conditions matérielles de la vie et dans la situation géographique ont dû nécessairement modifier le squelette. En tout cas, actuellement.au point de vue anthropologique, les Bretons sont aussi loin des Gallois que, à certains égards, les Gallois des Ecossais (5), si l'on s'en rapporte à des statistiques dont de nouvelles recherches pourront modifier les conclusions (6).

Les œuvres d'art antique représentant des Gaulois ne peuvent guère, étant donné qu'elles reproduisent sans doute un type conventionnel, nous fournir des documents anthropologiques (7).

(1) E. T. Hamy, Les premiers Gaulois. L'AnUiropologie, t. XVII, p. 1-25, 127-139.

(2) Gross, La Tène p. 50-52.

(3) Greenwell, British harrows, Oxford, 1877, p. 129.

(4) G. Vacher de Lapouge, L'Aryen, son rôle historique, p. 305-310.

(5) RiPLEY, The races of Europe, p. 127.

(6) Voir sur l'incertitude de ces données J. Loth, Annales de Bretagne, t. xxii, p. 152-155.

(7) A. Bertrand et S. Reinacii, Les Celtes dans les vallées du Pô et du Danube, p. 39.

Les hypothèses initiales que nécessitent les démonstrations de l'archéologie et de l'anthropologie ne sont pas nécessaires à la linguistique. Cette science se propose de rechercher les traces qu'a laissées la langue des anciens Celtes, et de reconstituer ainsi une partie de leur civilisation et de leur histoire. Tout objet portant un nom celtique a évidemment été en usage chez les Celtes. Toute idée dont l'expression celtique a subsisté appartenait sûrement au fonds intellectuel des Celtes. Tout peuple dont le nom est formé de mots celtiques est vraisemblablement celte. Tout lieu dont le nom s'explique par les langues celtiques a été nécessairement occupé par les Celtes qui l'ont dénommé. Cette méthode précise ne pourra donner des résultats complets. Les Celtes ont pu emprunter à d'autres langues des noms d'objets et d'idées ; ils ont pu adopter, pour dénommer leurs tribus, des noms que des étrangers leur appliquaient ; ils ont pu occuper des villes sans en changer le nom ancien.

Nous connaissons directement les anciennes langues celtiques par les quelques citations qu'en donnent les écrivains grecs et romains ; ce sont pour la plupart, si l'on excepte les noms de personnes et de lieux, des termes techniques pour désigner des objets d'invention celtique ou des noms de plantes cultivées en Gaule (1).

Le plus souvent, les écrivains qui nous les ont conservés

(1) Ces termes nous ont été conservés surtout par Pline, Dioscoride, Apulée et MarccUus de Bordeaux,

et qui nous renseignent sur leur origine les ont empruntés à des auteurs plus anciens. On peut, dans certains cas, douter de l'exactitude de la transcription. Peu d'auteurs de l'Antiquité ont été, nous l'avons dit, en rapport direct avec des Celtes, et il est improbable que les mots qui nous sont parvenus aient été recueillis verbalement par ceux qui nous les ont transmis (1). La provenance est souvent suspecte. Chez les Gr«cs, KeXxo- et PaÀiTat ne sont pas toujours synonymes ; nous avons vu que pour Dion Cassius, par exemple, Talixa'. désigne les Gaulois, et KeXto! les Germains. De bonne heure, Gaîlia, Galli ont été des expressions géographiques plutôt qu'ethnographiques et ont désigné le pays situé entre l'Atlantique, le Rhin, les Alpes, la Méditerranée, les Pyrénées, et les habitants de ce pays. Dans un grand nombre de cas, nous ne pouvons déterminer que par conjecture l'extension de ces termes. Quand donc un écrivain grec ou latin nous dit qu'un mot est gaulois ou celtique, nous ne savons pas toujours ce qu'il veut dire par là. Le terme en question est-il emprunté à une des langues qui représentent l'état ancien des langues celtiques actuelles, ou à un des dialectes parlés par les peuples non-celtiques établis dans les territoires désignés sous le nom géographique de Celtique '^ Si l'origine du terme est souvent douteuse, la forme et le sens en sont aussi sujets à caution, toutes les fois que nous ne pouvons savoir comment l'auteur grec ou latin a pu le connaître et

(1) Ainsi, un scholiaste des Géorgiques (ii, 88) à propos du mot volema qui désigne une espèce de poires, écrit : volema Gallica lingua bona et grandia dicunlw. Or, on ne trouve aucun mot semblable dans les langues celtiques, tandis que valaernon, en osque, signifie i très bon ». Il est donc probable que le scholiaste a confondu le gaulois et l'osque.

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qui lui en a fourni la traduction. Quant aux mots que les écrivains du moyen-âge nous donnent comme gaulois, ils appartiennent, évidemment, à la langue vulgaire parlée en Gaule, langue qui n'était point, à cette époque, un dialecte celtique, et Torigine celtique de ces mots ne peut être prouvée que par la linguistique.

Les mots celtiques que nous offrent les inscriptions grecques ou latines sont presque tous des noms propres. Tandis que, chez les écrivains, le contexte i^ermet de déterminer la nationalité, celtique ou non, d'un personnage, il arrive souvent que, dans les inscriptions, la nationalité n'est pas indiquée. Dans ce cas, les noms barbares ne peuvent être attribués aux Celtes qu'à la suite d'une minutieuse comparaison linguistique, la provenance géographique d'un nom ne pouvant, à elle seule déterminer ni la race, ni la nationalité, ni, à plus forte raison, la langue.

Mais, parmi les inscriptions découvertes dans les pays (jui portent dans l'Antiquité le nom de ccltit/aes, il en est (juelques-unes qui sont rédigées en une langue qui n'est ni le grec ni le latin. Tant qu'on no les aura pas expliquées d'un bout à l'autre à l'aide des formes anciennes des langues celtiques actuelles, il serait téméraire de leur donner le nom d'inscriptions celtiques. Du fait qu'on y trouve des noms propres celtiques, on ne saurait rien conclure, comble nous venons de le faire remarquer. Si même on découvre dans une inscription quelques mots qui, expliqués à l'aide des langues celtiques, auraient un sens vraisemblable, il est peu scientifique d'en tirer une conclusion sur la langue de l'ensemble de l'inscription, les langues l)arlées en Gaule ayant sans doute emprunté quelques mots au celtique, et, d'ailleurs, les co'iucidences fortuites

entre des mots appartenant à des familles de langues différentes n'étant pas rares (1).

Le moyen le plus sûr pour connaître les anciens dialectes celtiques est de les chercher dans les langues celtiques encore vivantes, dont nous avons des textes qui remontent au inoins au ix" siècle. Ces langues se divisent en deux ,i;roupes:le gaélique, parlé en Irlande et en Ecosse ; le i)reton, conservé dans le pava de Galles et importé dans la Hretagne française au vi* siècle de notre ère ; au xviii^ siècle, on parlait encore un dialecte breton dans la Cornouaillc an-

(1) Le premier recueil scientifique des mots celtiques que l'on peut relever chez les auteurs de l'Anticpiité est dû à Diefenbach Cellica, I. Stuttgart, 1839. Mais l'étude du vocabulaire, d'après la méthode com})arative historique, a été faite pour la première fois par le fondateur de la philologie celtique, I. G. Zeuss, dans sa célèbre Graintndtica cellica, dont la première édition parut à Leipzig en 1853. Après lui, Gliick a étudié spécialement les noms celtiques que l'on trouve chez Ct:sAR [Die bel Caius Julius Ciesar vorkommendcn keliischen Naiiien, Munich, 1857 ); J. Becker, dans les Beitrœgede Kuun et Schleicher (t. m et iv) ; Pictet, dans la Rente archéologique (1864, 1865, 1867) ; Ebel, dans la seconde édition de la Grainmatica cellica (1871), ont renouvelé en partie l'étude de la grammaire et de la lexicographie celtique. A une époque plus rapprochée de nous, Wu. Stokes (surtout dans Celtic declension, Bezzenberger's Beilrdge, t. xi, p. 64-175) ; IL d'Arbois de JuBAiNvitLE (cu parliculicr dans Les mots gaulois chez César et Hirtius, De bello gallico, Paris, 1891) ; E. Ernault (Dictionnaire étymologique du breton moyen, Nantes, 1888 ; Glossaire moyen-breton, Paris, 1895-1896), ont montré autant d'ingéniosité que de science soit en proposant des explications nouvelles de mots déjà interprétés, soit en essayant de déterminer le sens de mots obscurs. R. Tiiurneysen (Kcltoromanisches, Halle, 1884) ; W. Mever-Luebke [Einfuhrung in das Studium der Rowcinischen Sprach<>visse7ischaft, Heidelberg, 1901), ont étudié les éléments celtiques qui persistent dans les langues romanes. Un bon précis de nos connaissances sur le celtique continental et le vieux celtique de Grande-Bretagne est contenu dans la Chrestomathie bretonne de J. Loth (Paris, 1890). Voir aussi Windiscu, dans le Grundriss der Romanischen Philologie de Grœber, t. I, p. 283.

glaise. La comparaison de ces deux groupes permet de déterminer les éléments qui leur sont communs et qui formaient les caractéristiques de la langue commune des Celtes ou Gaulois à l'époque lointaine où elle ne s'était pas séparée en deux rameaux distincts. On peut même remonter plus loin en comparant la langue celtique ainsi restituée aux autres langues indo-européennes, rétablies, elles aussi, sous leur forme la plus ancienne. Pour donner un exemple de cette méthode, considérons quelques désinences de la déclinaison en-o. En gaélique comme en breton, lés voyelles brèves en syllabe finale sont tombées, en sorte que le mot qui correspond au latin equos, grec "ttuo;, est en gaélique ech, en breton * eb. Mais, en gaélique, les consonnes ont deux sons : un son vélaire, quand elles sont suivies de a, o, Il ; un son palatal, quand elles sont suivies de e, i. Or, le eh de ech a maintenant encore le son vélaire. Il était donc suivi primitivement d'une des voyelles a, o, u. La comparaison avec le grec et le latin nous montre que cette voyelle était un o. Au génitif, on a eich avec un ch palatal ; donc la voyelle tombée était un e ou un i ; le latin eqiil nous a|)prend que cette voyelle était /. Au vocatif, ech, axecch palatal, était jadis terminé par c, comme le montre le lai in eqiie. L'ancien celtique avait donc au nominatif, vocatif et génitif de la déclinaison en o les mômes désinences que le latin. Il n'y aura aucune témérité à restituer aux formes anciennes des dialectes celtiques ces désinences perdues. De même, on pourra rétablir, au commencement ou à l'intérieur des mots, les voyelles ou les consonnes dont la comparaison des langues celtiques entre elles, d'abord, puis la comparaison avec les autres langues indo-européennes, ensuite, permettra d'établir la présence ancienne. Ainsi, si

l'on compare l'irlandais sét a chemin » au breton lient qui a le même sens, on remarque qu'à l\s^ irlandais répond un h en bretjpn, et que nt breton est représenté en irlandais par t, avec allongement compensatif de la voyelle précédente. Ces phénomènes ne sont pas propres au seul mot sét-hent. On a de même pour s ^^ h : irl. sen « vieux », bret. hen ; irl. samail « semblable )s bret. hével; irl. salann « sel », gall. halen ; irl. sir « long », bret. hir, gall. hir \ et pour /= nt: cet «cent», gall. cant; \x\.dtt « dent », gall. dant, bret. dant. On sera donc fondé à restituer * senlo comme la forme celtique antérieure à sét et à hent. C'est sans doute ce mot qui a formé la seconde partie de Gabro-sentum, nom d'une ville de Grande-Bretagne. Les restitutions de ce genre nous donneront des formes celtiques antérieures môme aux plus anciens exemples que nous puissions recueillir de la langue des Celtes. On a pu dresser le vocabulaire vieux-celtique que la méthode comparative permet d'établir (1). Ce vocabulaire compte environ 2.250 mots. Outre l'intérêt de curiosité qu'il présente, il est indispensable pour déterminer l'origine et l'étymologie des mots qui nous sont donnés comme celtiques par les écrivains anciens, ou que l'on suppose tels dans les livres ou les inscriptions. Mais il ne faut pas dissimuler que ce vocabulaire est loin de contenir tous les mots du vieux celtique, et qu'on ne saurait conclure à la non-celticité d'un mot du fait qu'il ne coïncide avec aucun mot du vocabulaire vieux-celtique restitué. D'autre part, les seules langues celtiques qui aient persisté jusqu'à nos jours sont les

(1) Urkeltischer Sprachschatz, von Wh. Stokes und Ad. Bezzenbergeu (Fick, Vergleichendes Wôrterbuch der Indogermanischen Sprachen, 'i^ éd., t. n), Gôttingen, 1894,

langues des îles Britanniques, et elles ne nous fournissent aucun renseignement direct surl'étatdu celtiquecontinental.

L'emploi de la méthode linguistique permettra, par l'étude des noms de lieux et de personnes, de trouver les traces d»'s Celtes là où Ihistoire ne les avait guère signa^. lées. Il serait d'ailleurs téméraire de demander à cette méthode plus quelle ne peut nous donner. D'abord les noms propres sont souvent altérés et on ne saurait être trop prudent quand on essaie den restituer la forme primitive. Puis, les noms propres que pour des raisons de linguistique nous regardons comme celtiques ne le sont pas tous à un égal degré de vraisemblance. L'identité de forme d'un nom propre ou d'un terme de nom propre avec un mot du vieux celtique insulaire, quand d'autre part el'e entraine une explication raisonnable du nom propre, nous amène très près de la certitude scientifique. Lorsqu'il n'y a plus identité, mais seulement parenté de forme, ou lorscjue le sens du mot celtique nous semble par trop éloigné du sens possible du nom propre, le rapprochement peut être dû au hasard, lùifin, lorsque l'on sera arrivé à fixer, avec la plus grande somme possible de vraisemblance, la qualité celtique d'un nom de lieu, il restera encore à déterminera f|uelle époque le lieu a été ainsi dénommé et quel rapport cet établissement a avec l'histoire des anciens Celtes. L'étude critique des noms de personnes présumés celtiques présentera des difficultés analogues et plus grandes encore.

Quoi qu'il en soit, la méthode linguistique nous appor tera, pour résoudre les problèmes que pose à chaque instant l'ancienne histoire des Celtes, une aide efficace, et dresser l'inventaire des ressources qu'elle nous offre devra être notre [iremier soin.

L'histoire, la linguistique, l'archéologie, l'anthropologie nous renseigneront ainsi, à des degrés divers, sur les anciens Celtes. Mais tandis que l'anthropologie nous fait connaître des types de la race humaine, l'archéologie des civilisations, la linguistique des langues, l'histoire seule nous met en contact avec des peuples. Que la notion de peuple ait été dans l'Antiquité plus confuse qu'aujourd'hui, il n'en subsiste pas moins que les historiens et les géographes grecs et romains ont eu l'idée d'un peuple celte, comme ils avaient l'idée d'un peuple scythe on d'un peuple carthaginois. Quelque inexacte dans le détail que soit cette idée, nous n'avons en tout cas rien de plus solide où nous prendre quand nous cherchons, presque à tâtons, les anciens Celtes. Ce sont donc les témoignages des anciens qui constituent le fonds même de notre science. La linguistique se tient sur un terrain moins large et plus sur ; mais nous avons à déterminer qu'un mot est celtique par une méthode qui, quelque minutieuse qu'elle soit, n'apporte pas une certitude absolue Attribuer aux Celtes un objet, un monument, ou un type déterminé ne sera possible que si les textes nous en ont laissé une description qui réponde assez exactement à la réalité. Si nous ne voulons pas risquer d'errer au hasard, il faudra nous résoudre à ne nous servir de la linguistique, de l'archéologie et de l'anthropologie que comme de sciences auxiliaires de l'histoire et à ne faire intervenir les renseignements qu'elles nous fournissent que pour commenter et vivifier les textes historiques.

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