‹ Manuel pour servir à l'étude de l'antiquité celtiqueChapitre 48 sur 158 · ENFANTS · texte numérisé non relu

ENFANTS

comme les Romains croient que les enfants sont sous le pouvoir, in potestate, de leurs parents (i). Il en est de même chez les anciens Irlandais et les anciens Bretons (2). Mais César nous fait connaître aussi une coutume singulière. « Les Gaulois, nous dit-il, diffèrent des autres peuples en ce qu'ils ne permettent pas à leurs enfants de les aborder en public avant qu'ils n'aient atteint l'âge où ils sont capables du service militaire ; ils regardent comme une honte qu'un fils à l'âge d'enfant paraisse en public en présence de son père (3). » Ce texte est difficile à interpréter. Signifiet il que les fils restaient aux mains des femmes jusqu'à l'âge de porter les armes, ou doit-il s'expliquer par l'usage irlandais de faire élever les enfants des nobles hors de la maison de leur père (4) ? M. S. Reinach pense qu'il s'agit d'un tabou guerrier (5).

Au temps de César, il n'\ a que quelques traces de la vie de clans (6) : les tribunaux de famille (7), la prépondérance que donnait l'ancienneté ou le nombre des parents (8). Mais les luttes ne sont pas rares à l'intérieur d'une même famille, et les familles ne sont pas responsables des crimes de leurs membres (9), au contraire de ce qui se passe en Irlande.

(1) Institutions, i, 51, 52, 55 ; J. Havet, Revue celtique, t. XXVIII, p. 113-116.

(2) H. d'Arbois de Jubainville, Eludes sur le droit celtique (Cours de littérature celtique, t. vu), p. 242-253.

(3) Guerre de Gaule, vi, 18.

(4) H. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature celtique, t. VII, p. 112-116.

(5) Mélanges offerts à M. d'Arbois de Jubainville, Paris, 1906,

(6) JuLLiA^;, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 401.

(7) César, Guerre des Gaules, vi, 19, 3.

(8) Ibid., VII, 32, 4.

(9) JuLLiAN, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 403.

Si les coutumes celtiques relatives à la naissance, à l'exception de riiabitude, que cite Ari>tote (1;, de plonger les nouveau-nés dans l'eau froide d'un fleuve, et du singulier usage rapporté par Julien (2), n'ont pas été relevées par les anciens, les coutumes funéraires nous sont mieux connues. Les Gaulois qui prirent Roma inhumaient d'ordinaire leurs morts ; ce n'est qu'à la suite d'une épidémie qu'ils amoncèlent les cadavres pour les brûler (3). Les Gaulois qui envahirent la Grèce (4), les Celtibères abandonnaient leurs morts aux vautours et aux bêtes carnassières (o) ; Plutarque (6) et Pausanias (7) remarquent que les Gaulois n'ont point coutume de pleurer les morts. Les Gaulois de Pyrrhus violaient des tombes (8).

Les funérailles des Gaulois, étant donné leur degré de civilisation, sont magnifiques et somptueuses. Tout ce qu'on croit avoir été cher aux vivants, on le porte dans le feu, même les animaux (9) ; il y a peu de temps, dit César, on brûlait ensemble, pour que les funérailles fussent réguhères, les esclaves et les clients que les morts avaient aimés (lOj.

(1) Politiques, vu, 15, 2. Cf. Galien, De la santé, 1,10.

(2) Voir ci-dessus, p. 186.

(3) TiTE LivE, V, 48. •

(4) Pausanias, x, 21, 9.

(5) SiLius Italicus, III, 340-343.

(6) Consolation à Apollônios, 22.

(7) Description de la (irèce, x, 21', 7.

(8) DiODORE, XXII, 12 ; Plutarque, Pyrrhus, 26.

(9) On a trouvé des chevaux enterrés avec le mort à Nanterre et dans le comté d'York ; Déchelette, Manuel, t. ii, p. 1025 ; Hubert, Comptes rendus du Congrès international d'Anthropologie, t. XII (1900), p. 410.

(10) Guerre de Gaule, vi, 19. Cf. Mêla, m, 2, 19; J. Naue, Revue archéologique, t. xxvii (1895), p. 40-77, signale dans des sépultures du Haut-Palatinat des indices de sacrifices humains.

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