C. DoTTiN. — ■ Mar^uel de l'antiquité celtique
Outre lé froment, que cultivaient les Gaulois dans les champs fertiles dont il est question dans les Commentaires (1) ? Nous savons par Pline (2) que le panic {holciis sorgiim) était cultivé surtout en Aquitaine. Lorge à deux rangs surnommée galaticum par Goliimelle (3) est sans doute d'origine gauloise. En Belgique, on trouvait des pommes sans pépins que l'on appelait spadonUi (4). La culture de la vigne no se développa guère en Gaule qu'après la conquête romaine (5). La nourriture (6) d'hiver des bestiaux consistait pour une grande part eu raves. Au temps de Pline, la culture du lin avait fort bien réussi en Gaule et les Cadiirci, les Ruteiii, les Bitariges, les Caleti et les Morini produisaient des toiles très estimées (^7). On appelait cadurcum chez les Romains une couverture de toile ^8). Hiéron de Syracuse faisait venir du chanvre de la vallée du Rhône (9). Parmi les légumes, on ne trouve cités que les oignons (10), le fenouil (11;. le panais (12) ; parmi les
(1) H. d'Arbois de Jubainville, Recherches sur l'origine de la propriété foncière, p. 15-17.
(2) Histoire naturelle, xviii, 25, 101. Cf. Strabon, iv, 1, 2.
(3) De l'agriculture, ii, 9, 16.
(4) Pline, Histoire naturelle, xv, 15, 51.
(5) Varron, De l'agriculture, 7 ; Diodore, v, 26, 2-3 ; Strabon, IV, 1, 2 ; E. DESJARDiNb, Géographie historique et adtninisiralive de la Gaule romaine, t. i, p. 442-448 ; S. Reinach, Revue archéologique, t. xxx (1901), p. 368.
(6) COLUMICLLE, II, 10, 22.
(7) Jlifiloire naturelle, xix, 2, 8 ; Strabon, iv, 2,2,
(8) JuvÉNAL, VI, 537 ; vu, 221.
(fj) Athénée, v, 40.
(10) Pline, xix, 32, 105.
(11) Pline, xxi, 50, 86.
(12) Pline, xix, 27, 89.
plantes industrielles : la jacinthe (1), le myrtille (2), le pastel (3).
La Grande-Bretagne était fertile en productions plus propres à la nourriture des troupeaux qu'à celle des hommes (4).
Plusieurs noms de mesures agraires conservés par les Romains sont d'origine celtique et témoignent de l'importance des questions d'arpentage chez les Gaulois. Le candetum rural était un carré de cent coudées ou cent cinquante pieds romains (0,296) de côté (5) ; il valait environ vingt ares. Le candetum urhain avait pour côté exactement cent pieds romains. L'arpent, arepennis, est un demi-jugerum de cent vingt pieds de long et cent dix de large valant 12 ares et demi (6). La leiiga, mesure de longueur adoptée par les Romains, est aussi une mesure gauloise. Elle valait 2.220 mètres (7) environ.
Ainsi donc, à l'époque de la conquête romaine, la Gaule est fertile et bien cultivée (8). Mais au temps dePomponius Mêla, la Narbonaise était mieux cultivée, plus productive
(1) Pline, xxi, 97, 170.
(2) Pline, xvi, 31, 77.
(3) Pline, xxii, 1, 2. 'Voir C. Jullian, Histoire de la Gaule, t. Il, p. 271.
(4) Mêla, m, 6, 50 ; Cf. César, Guerre de Gaule, v, 12, 3.
(5) Columelle, De l'agriculture, v, 1, G ; Isidore, xv, 6. Cf* H. d'Arbois de Jubainville, Le candetum gaulois, Bévue celtique, t. XXIV, p. 317-318 ; F. P. Garofai.o, Bolletlino di jilologia classica, 1903, p. 268.
(6) Columelle, v, 1, 6. Cf. une ancienne glose à Gains chea HoLDER, Allceltischer Sprachschatz, t. i, col. 205).
(7) C. Jullian, Revue des études anciennes, t. ix, p. 189 ; Histoire de la Gaule, t. ii, p. 395.
(8) Guerre de Gaule, i, 28 ; 31 ; ii, 4 ; Strabon, iv, 1, 2. Cf. JosÈPHE, Guerre des Juifs, u, 10,4 ; SonN,Co/ieftawea,21 ; Pom- PONius Mêla, m, 2, 16.
et plus riche que la Celtique (1). Les Gaulois transalpins ne le cédaient point comme agriculteurs aux Cisalpins dont au II* siècle avant Jésus-Christ la principale richesse était constituée par les troupeaux et qui cultivaient la terre (2). Les expressions manquent, écrivait Polybe, pour dire la fertilité de ce pays. L'abondance du blé y est telle que Ion a vu plus d'une fois le médimne sicilien (52 1.) de froment ne valoir que quatre oboles (0 fr. GO), celui d'orge, deux (0 fr. 30) et le métrète de vin (39 1.) ne pas coûter plus qu'une mesure d'orge. Le millet et le panic y poussent à foison ; les chênes fournissent tant de glands que la plupart des porcs consommés en Italie ont été nourris en Cisalpine. Les voyageurs qui s'arrêtent dans les auberges ne conviennent pas du prix de chaque objet séparément, mais ils demandent combien on prend par tête : le plus souvent, l'hôte s'engage à fournir tout ce qui est nécessaire pour un quart d'obole (0 fr. 04) et le prix est rarement dépassé (3). On ne saurait dès lors ai)pliquer aux Gaulois ce que Cicéron nous dit eu général des peuples de cette race, à savoir qu'ils considèrent comme déshonorant de produire le blé par le travail des mains, et qu'en conséquence ils s'en vont en armes moissonner les champs des autres (4). Après Cicéron, Strabon répète qu'autrefois les Gaulois étaient guerriers plutôt que laboureurs ; mais qu'en son temps (18 après Jésus-Christ) ils sont forcés de cultiver la terre parce qu'ils ont déposé les armes (5). Or Tite-Live (6) parle
(1) Choro graphie, ii, 5.
(2) Polybe, ii, 17, 10.
(3) Polybe, ii, 14.
(4) République, m, 9, 15 ; Tacite, Germanie, 14, dit à peu près la même chose des Germains.
(5) Géographie, iv, i, 2. Cf. 1, 5 ; 1, 12.
de la fertilité de la Gaule lors de l'expédition de Bellovèse et de Sigovèse dès le iv^ siècle. Annibal, en 218, pouvait se procurer chez les Allobroges du blé pour plusieurs jours (1). Les Belges qui conquirent la partie maritime de la Grande- Bretagne y introduisirent, d'après César (2), l'agriculture. La plupart des habitants de l'intérieur de l'Ile ne semaient pas de froment. « Ce que nos pères nous ont enseigné », disait Boudicca aux Bretons, « ce n'est point la science de l'agriculture, mais la façon de faire la guerre; l'herbe suffit à notre nourriture, l'eau à notre boisson, l'arbre à notre toit (3). » Les Gaulois mêlés aux lUyriens étaient d'actifs cultivateurs (4).
Les agronomes latins nous ont laissé quelques renseignements sur les procédés agricoles des Gaulois ; ils usaient d'engrais variés : la craie blanche près du Rhin (5;; la chaux chez les Aedui et les Pidones', la marne, dont Pline mentionne plusieurs espèces (6), chez les Gaulois et les Bretons. Les Cisalpins au nord du Pô préféraient pour certaines terres les cendres au fumier (7). Les Salassi, au pied des Alpes, découvrirent, en labourant du fianic et du millet, et en faisant leurs semailles sur ce labour, un nouveau procédé de fumure (8).
C'est en Rétie gauloise que l'on avait inventé d'ajouter deux petites roues à la charrue (9). Dans les grands do-
(1) PoLYBE, III, 49 ; 51.
(2) Guerre de Gaule, v, 12 ; cf. 14.
(3) Dion Cassius, lxii, 5, 5.
(4) TiTE LivE, xLv, 30, 5.
(5) Varron, De l'agriculture, i, 7, 8.
(6) Histoire naturelle, xvii, 4, 43 ; 74.
(7) Ibid., XVII, 5, 49.
(8) Ibid., XVIII, 49, 182.
(9) Ibid., XVIII, 48, 172. Sur les Rhètes, voir A. Bertrand et