‹ Manuel pour servir à l'étude de l'antiquité celtiqueChapitre 58 sur 158 · VASES · texte numérisé non relu

VASES

noir sur un fond jaune clair (1). Le tour n'est pas encore en usage. On a trouvé quelques coupes de verre appartenant à la seconde phase de Hallstatt [2).

A l'époque de la Tène, on trouve des vases où les ornements font saillie ; des décorations en rouge et en noir appliquées soit avant soit après la cuisson. On remarque une grande richesse d'imagination dans les motifs de décoration géométrique : des ornements coudés, des cercles, des doubles courbes en S, des carrés, des croix associées à des cercles et des triangles, des échiquiers ; des croix gammées en noir sur des vases jaune clair. Les vases à décor géométrique curviligne sont soit peints, soit incisés. Certaines poteries du Mont-Beuvray sont ornées d'inscriptions en lettres grecques (3). En général, la poterie gauloise est assez grossière (4). Chez les Rcmi, on trouve pourtant de belles urnes à ornements géométriques (5) ; en Armorique, des vases analogues avec des dessins à spi-

(1) Rei'ue d'anthropologie, t. iv (1889), p. 332-333. On trouvera une étude des seaux liisloriés chez A. Bertiiand et S. Reinacu, Les Celtes datis les vallées du Pô et du Danube, p. 94-122 ; et une étude des seaux à cordon, ibid., p. 213-217. Cf. Archéologie celtique et gauloise, 2^ éd., p. 302-212; Déchelette, Manuel d'archéologie préhistorique, t. II, p. 809-830 qui rattache (p. 426-444) au cuUe du soleil les situles ornées d'une roue portée sur une barque dont l'avant est orné de deux cygnes.

(2) Déchelette, Manuel, t. ii, p. 789.

(3) Revue archéologique, t. xvii (1868), pi. m ; J. Déchelette, Poteries de la Tène à décoration géométrique incisée. Revue archéologique, t. xxxix (1901), p. 51 ; Cf. t. xxvi (1895), p. 196-212 ; S. Reinach. Catalogue somnujire du musée des antiquités nationales, p. 105 ; Déchelette, I\Ianuel, t. ii, p. 1458-1506.

(4) C. Jui.LiAN, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 317.

(5) DÉCHELETTE, Vases céramiques, t. i, p. 4.

raies (1) et fleurons compliqués (2). 11 est rare de trouver (le la céramique polychrome qui remonte vraisemblablement à l'époque gauloise (3).

Les œuvres de la plastique sont rares (4). A Hallstatt, ce sont tantôt des figures grossières d'hommes, les bras coudés, ou représentés à mi-corps ; tantôt des chevaux posés sur des douilles de haches, ou figurés au repoussé sur des vases de bronze ; des oiseaux en relief sur une coupe ; une vache suivie de son veau, groupe formant le couronnement d'un vase en métal ; une tête de vache en bronze avec une incrustation triangulaire au milieu du front. Une hache en bronze est surmontée d'un homme chevauchant un animal bizarre. Quelques poteries hallstattiennes sont ornées de figures humaines ou animales (cygne, cheval, bovidé, bélier) exécutées soit en gravure, soit en ronde bosse (5). Des fourreaux en bronze d'épées de la Tène portent des animaux dont les jambes de derrière et la queue se terminent en fleurons, des fleurons

(1) Du Chatellier, La poterie aux époques préhistorique et gauloise en Armorique, 1897, p. 53 ; C. Jullian, Histoire de la Gaule, t. II, p. 318.

(2) Ces décors à spirales sont particulièrement fréquents chez les Belges, les Bretons et les Irlandais. Romilly Allen, Celtic art in pagan and Christian tintes, p. 50, 154, 169 ; Jullian, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 386.

(3) Voir toutefois les vases en couleur : violet, rose, jaune et noire, trouvés à Cavaillon ; Mazauric, Revue des études anciennes t. XIII (1911), p. 82.

(4) On les trouvera chez S. Reinach, La sculpture en Europe avant les influences gréco-romaines (avec 442 figures), L'Anthropologie, t. V, p. 15-34, 173-186, 288-305 ; t. vi, p. 18-39, 293-311, 549-563, 062-674 ; t. vu, p. 168-194. (Index alphabétique des provenances à la page 192). Cf. Hoernes, Urgeschichte der bildenden Kunst in Europa, Vienne, 1898. Sophus Mûller, Urgeschichte Europas, Strasbourg, 1905.

(5) Déchelette, Manuel, t. ii, p. 825-830.

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transformés en lignes sinueuses géométriques. Un petit bronze de la même provenance représente sans doute un chien. On peut encore citer les poignards ou épées anthropoïdes de la Tène III dont le manche représente grossièrement un homme. On trouve à la même époque des figurines ou des pendeloques de bronze qui servaient sans doute d'amulettes et qui représentent des êtres humains ou des animaux divers, sangliers, chevaux, béliers, taureaux (1). Mais de bonne heure, les produits de l'art étrusque et de l'art grec pénétrèrent en Gaule et, se trouvant dans les tombes gauloises, sont quelquefois attribués à tort à l'art indigène (2). Les chenets à tête de bélier semblent originaires de Gaule (3). Plusieurs torques découverts dans les cimetières de la Marne sont ornés de têtes humaines en relief ou indiquées au burin (4). Un te- son de poterie jaunâtre teintée de brun foncé à la surface, que l'on a trouvé à Amplepuis (Rhône), porte un dessin au pointillé représentant grossièrement deuxchevaux ("i). Des vases peints du musée de Genève sont ornés d'oiseaux et de losanges (6).

Il est difficile de caractériser l'art gaulois, puisque nous jgnorons le plus souvent l'origine des objets d'art trouvés

(!) JuLLiAN-, Revue des études anciennes, 1. vi (1904), p. GO, n. 1 ; Cf. p. 47 ; Déchelette, Manuel, t. ii, p. 1137-1143 (fig. ), 1300-1311 (fig.).

(2) C. JuLLiA.N, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 331, n. 3.

(3) J. Déchelette, Revue archéologique, t. xxxiii (1898), p. 250-251. Voir ci-dessus, p. 159.

(^) J. DE Baye, Sujets décoratifs empruntés au règne animal dans l'industrie gauloise, Mémoires de la Société nationale des antiquaires de France, t. xliv, p. 124-132; t. xlvi (1885), p. 112-

(f) J. DÉCHELETTE, Rcvus archéologique^ t. xxix (1896), p. 172-176.

(6) A. Cartier, Revue des études anciennes, L. x, p. 257-2C1 (pi.).

en Gaule, et que nous ne connaissons pas les modèles, le plus souvent grecs, qui ont inspiré les artistes indigènes. M. S. Reinach (1) considère que les divers styles gaulois ont eu en commun la simplicité et la clarté et que l'esprit géométrique y domine. Vers 800 avant J.-C, se manifeste le goût des Celtes pour les ornements de métal ajourés ; vers 300, apparaît la polychromie dont l'élément principal est d'abord le corail, puis l'émail. Les statues des dieux (2) sont caractérisées par la raideur hiératique de l'attitude et par la gravité maussade de la physionomie. Comme les Gaulois, les Irlandais semblent avoir eu de l'aversion pour la représentation des êtres animés ; ils n'ont tiré aucun élément de décoration du règne végétal et se sont limités à la complication savante et puérile des ornements géométriques (3). Avec les métaux précieux qu'ils trouvaient dans leur pays les Gaulois fabriquèrent des monnaies aussitôt que les commerçants grecs leur firent connaître ce moyen d'échange. Luernios, père du roi Bituitos (121 avant J.-C.) parcourait la plaine sur un char d'où il semait de la monnaie dor et d'argent, que son cortège ramassait (4). Nous avons conservé des milliers de monnaies gauloises dont les variétés sont presque aussi nombreuses que les pièces mêmes. A. de Barthélémy a essayé d'en établir le classement chronologique. Les plus anciennes sont celles de Marseille (5) ; elles ne peuvent guère être antérieures au

(1) Idées générales sur l'art de la Gaule (Rei>iie archéologique, t. VI (1905), p. 308-313). Bronzes figurés de la Gaule romaine, p. 1 et suiv. Cf. Déchelette, Manuel, t. ii, p. 1507-1527.

(2) Voir ci-après, ch. v.

(3) L. GouGAUD, L'art celtique (Réunie de l'art chrétien, marsavril 1911, p. 89-108).

(4) Strabon, IV, 2, 3.

(5) Cf. Strabon, iv, 1, 5.

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