COMMERCE
l'influence de la civilisation romaine ? Les marchands qui commerçaient en Gaule étaient pour la plupart des Romains. D'après Gicéron, la Gaule était remplie de négociants romains ; aucun Gaulois ne faisait d'affaires sans eux ; il ne circulait pas en Gaule une seule pièce d'argent qui ne fût portée sur les livres des Romains (1). Au temps de la conquête, des citoyens romains qui s'étaient fixés à Cenabum pour faire du commerce, y sont massacrés par les Carnutes. Des marchands et des voyageurs romains sont tués à Noviodunum par des Atdiii (2). Le vin est transporté d'Italie en Gaule au moyen de bateaux sur les fleuves, et de chariots dans les plaines (3V. D'autre part, les Vénètes commercent avec les Bretons, et, sur les bords du Rhin, les marchands romains viennent souvent chez les Ubii (i). Les habitants du promontoire Belerion.au sud de la Grande-Bretagne, devaient d'être hospitaliers et civilisés aux rapports continuels qu'il avaient avec les marchands étrangers (S). Les cotes elles ports d'Irlande étaient bien connus des marchands qui y commerçaient (6).
Les trouvailles archéologiques permettent de déterminer les routes préhistoriques qu'elles jalonnent. Certains types de sépultures mégalithiques, ainsi qu'une divinité féminine souvent associée à la hache, marquent la route maritime que suivaient les marchands à partir des colonnes d'Hercule, lelong des côtes occidentales del'Ibérie et de la Gaule.
(1) CicÉRON, Pour Fontéius, 2, 4.
(2) César, Guerre de Gaule, vu, 3 ; cf. 42 ; 44 ; 55.
(3) DioDORE, V, 26, 4.
(4) Guerre de Gaule, m, 8 ; iv, 320.
(5) DioDORE, V, 22, 1 ; Zimmer, Ueber dirckte Handelsrerbindungen Weslgalliens mit Irlnul. Siizuiigsberichte der hœniglich Preussischen Akadeinie der Wissenschaften, t. xiv{1909), p. 363.
(6) Agricola, 24.
vers la Gornouaille, pays de l'étain, l'Irlande pays de l'or, les côtes de la mer du Nord, pays de l'ambre. La spirale du second âge du bronze et l'ambre marquent la route continentale allant du Nord de l'Adriatique à la Scandinavie par le Norique, les vallées de la Moldau et de l'Elbe, et traversant la vallée du Danube qui la mettait en communication avec la mer Noire et la vallée du Rhin ; c'est par cette route que se répandit le fer du Norique. Enfin, les civilisations de Hallstatt et de la Tcne ont eu pour débouché la route fluviale, de l'Adriatique aux hautes vallées du Rhône et du Rhin, par le Pô, le Tessin et 'es lacs suisses (1).
Les voies de communication ne manquaient point en Gaule. Les fleuves sont si heureusement distribués entre eux, remarque Strabon (2), qu'on peut faire passer aisément les marchandises d'une mer à l'autre, en empruntant pour une très petite partie du trajet la voie de terre ; mais ces charrois n'offrent point de difficultés, parce qu'ils peuvent se faire facilement en plaine.
Les chemins étaient suffisamment nombreux en Gaule pour permettre à César les évolutions rapides de ses troupes ; mais ils étaient difficiles (3). Il y avait des ponts à Genabum (Orléans), Metlosedum (Melun), Lutetia (Paris), Genava (Genève) (4). Deux grandes routes commerciales reliaient Marseille au nord de la Gaule. La première suivait
(1) Déchelette, Manuel d'archéologie, t. ii, p. 562-563 ; C. JuLLiAN, Histoire de la Gaule, t. i, p. 377, n. 7.
(2) Géographie, iv, 1, 2.
(3) Guerre de Gaule, viii, 4 ; Jullian, Histoire de la Gaule, t. II, p. 229.
(4) Guerre de Gaule, i, 6 ; vu, 11 ; 58. Cf. vu, 53 ; viii, 26.
222 ■ COMMEKCE
le Rhône, la Saône qui au temps de César servait au transport des blés (1), empruntait la voie de terre pour gagner ja Seine, puis descendait ce fleuve pour arriver au littoral. La seconde était la voie de terre jusqu'au pays des Arvernes et là on empruntait le cours de la Loire. Vers le ni'' siècle avant notre ère, il y avait, à l'embouchure de la Loire, un port très important, que Pythéas nomme Gorbilon (2).
La Grande-Bretagne exportait du blé, du bétail, de l'or, de l'argent, du fer, des peaux, des esclaves et des chiens de chasse (3). Les perles que l'on trouvait sur les côtes étaient petites et ternes (4). Le commerce avec la Gaule se faisait par l'intermédiaire des Venètes (5). On transportait l'étain de Grande-Bretagne en Gaule, puis on le chargeait sur des chevaux et les marchands traversaient à pied la Gaule en trente jours pour aboutir à l'embouchure du Rhône (6). Les Bretons importaient de Gaule des freins d'ivoire, des colliers, de l'ambre fossile, des vases en verre et de menues marchandises (7).
Les transports sur terre se faisaient à dos de bête de somme ou au moyen de chariots. Nous avous conservé quelques noms celtiques de véhicules variés qui témoignent
(1) Ibid., I, 16.
(2) Strabon, IV, 1, 14 ; 2, 1. Cf. L. Maître, Annales de Bretagne, t. IV, p. 420-541 ; A. de La Borderie, Histoire de Bretagne, t. I, p. 91.
(3) Strabon, IV, 5, 2. Cf. Tacite, Agricola, 12. César avait trouvé du blé dans le sud de la Grande-Bretagne (Guerre de Gaule, IV, 32).
(4) Pline, Histoire naturelle, ix, 57, 116. Cf. Suétone, César, 47 ; MÊLA, m, 6, 51 ; Solin, 53, 28.
(5) Guerre de Gaule, m, 8 ; cf. iv, 20 ; 21.
(6) Diodore, V, 22 ; 38.
(7) Strabon, iv, 5, 3.
de l'importance du charronnage gaulois : Vessediim, char de guerre chez les Celtes, sorte de cabriolet chez les Romains ; le coçinnas^chdiT de guerre chez les Bretons, char de voyage chez les Romains ; la benna, chariot, sans doute en osier ; le cisiiim, sorte de cabriolet ; le colisatnm, le carpentiim, char à deux roues ; le carras, sorte de tombereau ; la reda, le petorritum, la carruca, voitures à quatre roues (1). Pour les transports par eau, on utilisait diverses sortes de barques. Les navires des Vénètes et de leurs alliés les Pidones et les Santones sont minutieusement décrits par César (2). Ils ont la carène plus plate que les navires des Romains, les proues sont très hautes ; les poupes construites de façon à résister aux vagues et aux tempêtes ; les bancs sont faits de poutres d'un pied d'épaisseur et sont attachés par des clous en fer de la grosseur d'un pouce; les interstices des planches sont calfatés avec des algues ; les ancres sont retenues par des chaînes de fer ; les voiles sont des peaux molles et cousues au petit point. Tout est combiné pour que ces navires puissent lutter contre des mers orageuses, mais l'agilité et la vitesse laissent à désirer. Les Vénètes, qui surpassaient les autres Gaulois par leur science et leur pratique de la navigation, avaient un grand nombre de ces navires qui leur servaient à communiquer avec la Grande-Bretagne. César trouva chez les Morini quatre-vingts vaisseaux de charge (3).
(1) Voir ci-dessus, p. 55, 57, 58, 61, 72, 7.3, 74. Cf. Saglio, Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, et Espérandieu, Recueil général, n°^ 4, 293, 811, 3245, 3175, 3232,3521-3523. Déchelette, Manuel d'Archéologie, t. ii, p. 1197-1198.
(2) Guerre de Gaule, m, 8 ; 13. Cf. Strabon, iv, 4, 1. ; Dion Cassius, XXXIX, 4, 1 ; Serre, Les marines de guerre de l'Antiquité, Paris, 1891, p. 313.
(3) Guerre de Gaule, iv, 22, 4.