‹ Manuel pour servir à l'étude de l'antiquité celtiqueChapitre 65 sur 158 · PRINCES · texte numérisé non relu

PRINCES

litas (1). Ce sont sans doute les personnages les plus nobles, les plus riches, et ceux qui ont la plus nombreuse clientèle. Il est dailleurs vraisemblable que la situation représentée par le mot de principatus n'était pas la même chez tous les peuples celtiques. Les Cenomani de Cisalpine avaient des principes (2). Un synonyme de principes est primi ciniatis que César emploie en parlant des Rémi et des Siiessiones (3).

L'influence des magistrats et des principes était souvent combattue par des hommes qui profitaient de leur haute situation et de leur fortune pour s'attacher les gens du peuple. C'est ainsi qu'Orgétorix peut se soustraire au jugement prononcé contre lui, grâce au secours de ses clients (4). De même, Dumnorix avait chez les Aedui une telle autorité que personne navait osé enchérir sur lui lorsqu'il avait demandé la perception des péages et des autres impôts ; il était toujours entouré d'une cavalerie nombreuse qu'il entretenait à ses frais, il avait une influence supérieure à celle des magistrats (5). Etait-ce par ses distributions d'argent que Lueruios sétait attiré la faveur du peuple et était sans doute parvenu à la royauté (6) ? Il y a en Gaule une noblesse de naissance, nobilit^s, dans laquelle César distingue des degrés : natus ex humili locojionesto loco, illuslriore loco , summo loco (7).

(1) Comparez, vu, 38, 2 : omnis noster equitatus, omnis nobilitas interiit ; vu, 38, 10 : de caede equiium et principum.

(2) TiTE LivE, XXXII, 30.

(3) Guerre de Gaule, ii, 3, 2 ; ii, 13, 1.

(4) Guerre de Gaule, i, 4.

(5) Ibid., I, 18 ; cf. I, 17, 1.

(6) Poseidônios chez Atuénée, iv, 37 ; Strabon, iv, 2, 3.

(7) Guerre de Gaule, vu, 39, 1 ; v, 45, 2 ; vi, 19, 3 ; vu, 39, 1.

l'état 233

L'antiquité de la famille conférait la plus haute noblesse (1),. ainsi que les hauts faits des ancêtres (2), l'étendue de la parenté (3), et, sans doute aussi, la richesse (4).

A côté de la puissance de l'Etat, personnifiée par les rois ou les magistrats, il y a donc en Gaule une sorte d'organisation féodale. Dans la Gaule, nous dit César, chaque cité, chaque pagus, chaque localité et presque chaque maison se divise en partis ; à la tête de ces partis sont les citoyens qui jouissent du plus grand crédit; la plupart des affaires et des résolutions sont soumises à leur jugement. La raison de cet antique usage semble être de protéger le peuple contre les grands. Personne ne souffre qu'on opprime ou qu'on tourmente ses clients ; celui qui agirait autrement n'aurait plus d'autorité parmi les siens (oj. La puissance féodale est fondée sur le nombre des clients. Celui qui se fait le plus craindre, écrit Polybe, et celui qui est le plus puissant est celui qui semble avoir le plus grand nombre de serviteurs et de compagnons (G).

Chez quelques-uns des peuples gaulois, le pouvoir est exercé, à côté du magistrat ou du roi, par une assemblée que César appelle senatus et qui constitue une institution commune à la Celtique et à la Belgique (7). Les sénateurs

(1) Ihid., VII, 32, 4 ; cf. vu, 67, 7.

(2) Tacite, Annales, m, 40.

(3) César, Guerre de Gaule, vu, 32, 4.

(4) Ihid., IV, 55 ; I, 2 ; Jullian, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 70-71.

(5) Guerre de Gaule, vi, 11.

(6) Polybe, n, 17, 12. Cf. Guerre de Gaule, vi, 15, 2.

(7) Dans les Commentaires de César, des sénats sont mentionnés chez les Aedui (vu, 32) Aulerci Ehurovices et Lexovii (m, 17), Senones (v, 54), Veneti (m, 16), en Celtique ; chez les Bellovaci (viii, 21), Nervii (ii, 28), Rémi (ii, 5), en Belgique.

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