SERMENT
Sur les coutumes judiciaires des Celtes, nous sommes mal renseignés. Les cas d'intervention des pouvoirs publics étant rares, la plupart des procès se règlent entre particuliers. A peine pouvons-nous recueillir quelques notes sur le serment qui consacre les conventions, le duel qui décide des querelles, la procédure et les sanctions pénales.
Nous ne connaissons pas la formule exacte du serment solennel que Vercingétorix imposa aux chefs de sa cavalerie et par lequel chacun s'engage à ne pas revenir dans sa maison, à ne pas aborder ses enfants, ses parents, sa femme, avant d'avoir traversé deux fois à cheval les lignes ennemies (1). H. d'Arbois de Jubainville a cru retrouver une formule de serment dans la réponse célèbre des Celtes de l'Adriatique auxquels Alexandre avait demandé ce qu'ils craignaient le plus : « Nous ne craignons qu'une chose, c'est que le ciel ne nous tombe sur la tcte » (2). L'hypothèse de la chute du ciel est fréquente dans les serments de l'épopée irlandaise (3).
Le duel décidait chez les peuples celtiques de certaines questions litigieuses. Poseidônios (4) entendit raconter en
(1) Guerre de Gaule, vu, G6.
(2) Arrien, Anabase, i, 4, 7-8 ; Ptolémée chez Strabon, vu, 3, 8. Cf. Aristote, Morale à Nicomaque, m, 7, 6. Cf. Tite Live, XL, 58, 6 ; JuLLiAN, Revue des études anciennes, t. viii, 1906, p. 259.
(3) H. d'Arbois de Jubainville, Cours de litléralure celtique, VII, p. 19-25. Cf. WiNDiscii, Tàin Bô Cualnge, introduction, p. XXX.
(4) Athénée, iv, 40.
l'état 253
Gaule que dans les festins, anciennement, lorsqu'on servait des jambons, le plus fort se saisissait de la cuisse et si quelqu'un la lui disputait, ils se levaient ensemble pour se battre à mort. L'usage de réserver au plus brave le meilleur morceau se retrouve dans la légende irlandaise où le morceau du liéros est le sujet d'une des épopées les plus vivantes et les plus dramatiques du cycle d'Ulster : « Le porc de Mac-Dàthô », et constitue d'importants épisodes du « Festin de Bricriu » (1). Il est possible que dans quelques cas, il s'agisse d'une sorte de duel judiciaire ; mais souvent il n'y avait là qu'un passe-temps (2).
Chez les Cellibères, à Carthagène, lorsque P. Cornélius Scipio Africanus voulut, en 206 avant J.-C, pour honorer la mémoire de son père et de son oncle, donner des combats de gladiateurs, il trouva autant de guerriers qu'il en voulut pour s'entre-tuer volontairement et gratuitement. Parmi ces guerriers, il y en avait qui, n'ayant pu résoudre des différends par la discussion et n'ayant pas voulu s'accorder, avaient décidé de s'en remettre au sort des armes (3). Dans le droit irlandais, le duel est un des moyens par lequel deux parties conviennent de donner une solution à un procès pendant. 41 ne donne pas lieu à indemnité pour meurtre quand il a été précédé d'un contrat fait avec le consentement de la famille du vaincu et quand il a pour cause le refus par le demandeur de laisser procéder contre lui à une saisie régulière (4).
(1) H. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature celtique, t. V, p. 71-78 ; 86-146 ; t. vi, 35-47.
(2) Athénée, iv, 40. Ci-dessus, p. 164.
(3) TiTE LivE, XXVIII, 21. Cf. Valère Maxime, ix, 11 ; Silius Italicus, XVI, 56.
(4) H. d'Arbois de Jubainville, Etudes sur le droit celtique Cours de littérature celtique, t, vu, p. 44-48.