‹ Manuel pour servir à l'étude de l'antiquité celtiqueChapitre 79 sur 158 · CHARS DE GUERRE · texte numérisé non relu

CHARS DE GUERRE

essedarii. Ceux-ci faisaient d'abord courir leurs chars dans tous les sens, en lançant des traits ; puis ils se faufilaient entre les cavaliers ennemis et sautaient à bas de leur char pour combattre à pied ; pendant ce temps, les conducteurs ramenaient les chars hors de la mêlée et les plaçaient de façon à ce que les guerriers, s'ils étaient accablés par le nombre, pussent y trouver un refuge (1). Au temps d'Agricola, 78-84, le char de guerre était encore employé chez quelques peuples bretons (2). Strabon (3), Arrien (4) et Dion Gassius (5) parlent des chars des Bretons. Ces |chars étaient peints (6) ; ils étaient propres à évoluer sur toute espèce de terrain et traînes par des petits chevaux rapides et durs à la fatigue. D'après Tacite, chez les Bretons, le conducteur était, au contraire de ce qui se passait chez les Grecs, d'une condition plus élevée que le combattant (7).

Rien ne prouve que les deux mille chars, â;jiot;a'., que les Gaulois de Brennos emmenaient dans leur expédition contre Delphes aient été montés par des guerriers ; il est probable que c'était des chariots destinés au transport des femmes, des enfants et des bagages (8). Car les Gaulois avaient l'habitude, même quand ils étaient armés à la légère, de se faire suivre d'une multitude de chariots (9).

(1) Guerre de Gaule, iv, 33 ; Cf. iv, 24 ; 32 ; v, 9 ; 15 ; 16 ; 19.

Cf. DiODORE, V, 21, 5.

(2) Tacite, Agricola, 12 ; 35 ; 36.

(3) Géograpliie, iv, 5, 2.

(4) Tactique, 19, 2-3.

(5) Histoire romaine, lxxvi, 12.

(6) Properce, v, 3, 9.

(7) Agricola, 12. H. d'Arbois de Jubainville, Le cliar de guerre des Celtes dans quelques textes historiques, Revue celtique, t. IX, p. 387-393.

(8) DiODORE, XXII, 9. Cf. Guerre de Gaule, viii, 14,

(9) Guerre de Gaule, viii, 14, 2 ; Guerre civile, i, 51, 1.

L ETAT

Les chars de guerre étaient-ils armés de faux 1 Lucien (1), racontant la bataille gagnée par Antiochus Sôter sur les Galates, vers 2~r2 avant J.-C, dit que sur le front de l'armée galate il y avait, prêts à s'élancer, quatre-vingts chars porte-faux (àpaaTa opEzavr^oôpa) et deux fois autant de chars ordinaires (auvwpto£;).Mais la source de Lucien paraît être un poème épique de Simonide de Magnésie et tous les détails qu'il nous donne sur le nombre et l'armement des Gaulois n'ont aucune valeur historique. Que valent par ailleurs les témoignages de Frontin (2) parlant des quadriges gaulois armés de faux que César arrêta au moyen de pieux fichés en terre ; de Pomponius Mêla (3) citant les covinni bretons, équipés à la façon gauloise et dont les essieux se terminent par des faux ; du poète Silius Italiens (4) memtionnant dans une comparaison le covinniis falcifer des habitants de Thulé, et de Jordanès (5) signalant chez les Bretons les chars à deux chevaux et les chars armés de faux vulgairement appelés essedae 1 Quelle autorité ont ces textes en regard du silence unanime des historiens tels que Polybe, César, Tite-Live, Tacite qui parlent plusieurs fois des chars de guerre des Celtes, mais ne les représentent jamais comme armés de faux, alors qu'ils connaissent les chars porte-faux d'Antiochus le Grand et dePharnace? On est bien tenté d'adopter sur cette question la conclusion de létude de M. Théodore Reinach sur les chars à faux des Gaulois (6) et qui est qu'il n'y en avait point, à moins tou-

(1) Anliochos, 8.

(2) Stratagèmes, u, 3, 18.

(3) III, 6, 52. Cf. SCHOLIASTE à JUVÉNAL, IV, 12G.

(4) Puniques, xvii, 417.

(5) Histoire des Goths, 2.

(6) Rei'ue celtique, t. x, p. 122-133. Cf. Windiscii, Tain bô Cualnge, p. xiv.

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