‹ Manuel pour servir à l'étude de l'antiquité celtiqueChapitre 98 sur 158 · SURNOMS DES DIEUX · texte numérisé non relu

SURNOMS DES DIEUX

guetin a blanc « ; les deux termes de Toiitio-rix « roi du peuple » sont celtiques ; Belenus est à comparer à l'irlandais Bel-tene (1), « feu de Bel », fête du i.-'' mai ; Borvo a été rapproché du gallois berw « ébullition » ; à Moriiasgiis on a comparé Tasgetius et le premier terme a été identifié à mori « mer ».

Plusieurs surnoms de Jupiter s'expliquent dans les langues celtiques : Taranucus [cl. les dieux Taraniicnos, Tarants et le breton taran « tonnerre ») Uxellimus « summus », superlatif latinisé de iixellos, bret. iihel « haut » ; Bussii-manis, cf. irl. màr « grand ». Parmi les autres surnoms, on peut expliquer Beli-sama (qui est aussi le nom de l'embouchure de la Mersey en Grande-Bretagne), que l'on compare pour le second terme à Rigi-samus ; et Siilis, en irlandais siiil « œil », cf. breton Aéo/ « soleil », gall. haul.

Ces exemples démontrent que de nombreux surnoms, appliqués en pays celtiques aux dieux romains, s'expliquent par le celtique. On peut se demander quelle est la A-aleur de ces surnoms. Cette valeur est évidemment variable. Certains de ces surnoms sont employés tantôt comme épithctes, tantôt seuls. Tels sont par exemple : Atesmerius (Adsmerius), Borvo, Grannus (2), Belenus (3), Maponus. Siannus, Scgomo, Camulus, Belatucadrus, Latobius, Cocidius, Sulevia, Sulis (4). Dans ce cas, il est probable que

(1) Cormac's Glossary, éd. Stokes, Revue celtique, t. xi, p. 443. Joyce, A social hislory of ancient Ireland, t. i, p. 290-

(2) Dion C.vssius, t.xxvii, 15, 6.

(3) Tertui.lien, Apologétique, 24 ; IIérodien, viii, 3, 8 ; AusoxE, Projcssorcs, 5, 7 ; 11, 22 ; Jxjlius Capitolinus, Maximin, 22.

(4) Le texte de Solin, xxii, 10 est : preesul est Minen>x nu-

ces surnoms sont les noms mêmes des divinités indigènes (1). Quelquefois le surnom a une signification locale : Arvernus Arverne, Condatis de Condé, Pœninus des Alpes Pennines, Diimialis du Puy-de-Dôme, Alaunius, Canetonnessis, Braciaca (cf. le nom de lieu Braciacus), Budenicus {d'où Budenicenses), CetJienelus {à' on CemeneleJisis), Ocelus, Rafidosatis, Vinliiis, Vorociiis^ Borço, Baginatis ; il est alors vraisemblable que nous avons affaire à une divinité romaine, objet d'un culte local. Restent les surnoms qui n'ont pas un sens local et qui ne s'emploient que comme épithètes. Un certain nombre d'entre eux peuvent désigner des divinités gauloises que l'on a assimilées à celles des divinités romaines qui avaient des attributs analogues.

L'étude des inscriptions gallo-romaines complète donc et rectifie le texte de César. Les dieux romains auxquels les dieux gaulois out été assimilés sont bien Mercure, Mars, Apollon, Jupiter et Minerve. Il faudrait y ajouter peutêtre Hercule et SU vain. Le nom de Mercure est bien moins fréquent dans les inscriptions de Grande-Bretagne que celui de Mars ; c'est le contraire en Gaule transalpine. Peut-on en conclure qu'à l'époque gallo-romaine le grand dieu des Celtes était, comme à 'l'époque des invasions, un Mars plutôt qu'un Mercure? Ou bien, pour adopter la séduisante hypotbèse de M. JuUian (2), Mars et Mercure ne seraient-ils que deux aspects différents du même dieu qui présidait à la fois aux travaux de la guerre et à ceux de la paix?

men et non prœest Sul Minervse numen. Corpus inscriptionum lalinarum, t. xiii, no 6266 ; vu, 39, 40, 41, 42, 43, 44, 53.

(1) Voir ci-après, p. 314.

(2) Rei^ue des études anciennes, t. iv, p. 109.

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