‹ Manuel pratique d'allaitementChapitre 20 sur 80 · ALLAITEMENT PAR LA MÈRE ÎÜ · texte numérisé non relu

ALLAITEMENT PAR LA MÈRE ÎÜ

règles apparurenl vite che/ celle femme el revinrent Ions les mois, L’enfanl n’eut aucun trouble digestif, aucune diminution de poids (seulement une fois) coïncidant avec la menstruation : on peut voir que néanmoins la mère était médiocre nourrice, car la courbe s’éloigna de plus en plus de la normale.

Mous concluons en disant : si certaines femmes, qui ont leurs règles, j)euvent constituer de bonnes, d’excellentes nourrices, l’apparition de la menstruation détermine, chez d’autres, une sécrétion lactée moins abondante ou chez l’enfant des troubles plus ou moins accentués.

11 ne faut pas déclarer que les femmes chez lesquelles les règles surviennent seront surtout de médiocres ou de mauvaises nourrices et qu’il vaut mieux qu’elles n’allaitent pas : ce serait fort exagéré et beaucoup trop absolu. On peut, au contraire, soit faire continuer l’allaitement maternel, car les troubles survenus chez l’enfant aux époques menstruelles ne persistent pas, soit recourir à l’allaitement mixte si la sécrétion lactée est insuffisante. 11 vaut mieux conserver à l’enfant le sein de sa mère, que de le confier à une nourrice qui n’aura pas pour lui les mêmes soins, ou que de le soumettre à l'allaitement artificiel.

Grossesse. — L’opinion suivante règne en France : quand une femme est nourrice et qu’elle devient enceinte, elle ne donne plus que du mauvais lait à son enfant ; il faut alors, si ce dernier est assez âgé, le sevrer; s’il est très jeune, lui donner une autre nourrice. Un certain nombre de remarques et l’observation de dames étrangères (cubaines) nous ayant fait penser que ce ])réjugé n’était point fondé, nous avons prié un de nos élèves, le D*’ Poirier, d’entreprendre sur ce sujet des l'ecberches et d’accumuler des faits cliniques afin d’arriver à des conclusions justifiées.

Mous avions, en particulier, relevé les deux observations suivantes, absolument caractéristiques.

Une femme accouchée dans notre service de la Charité allaitait son enfant; il était si beau qu’elle obtenait la médaille d’or dans un concours de Boulogne-sur-Seine. Ouelques jours plus lard, elle revint chez nous faisant une fausse couche qui ne put être évitée; elle était donc une merveilleuse nourrice enceinte. Elle continua d’allaiter son nourrisson et les médecins, qui suivaient notre Maternité, étaient stupéfaits de voir un si gros enfant au milieu des nouveau-nés; nous devions leur dire son Age et ce qui s’était passé, afin d’expliquer sa présence dans nos salles.

ALLAITEMENT AU SEIN

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Dans un auluc cas, une nouiTicc viiiL à la Cliai'ilé nous consnlloc parce ([u’elle se (leinandait si elle ii’avaiL pas seuil reimiei-. r-oiuine son enraiit élait très liean, elle ne ])onvait croire ({ii’elle lui enceinte ; nous l'avons examinée, elle l’élait de quatre mois et demi environ. Elle nous permit de recueillir une notable quantité de son lait; AI. llerlio/. nous déclara que sa composition clumique était absolument normale.

Mous voulions ])botograpbier l’en (an t de cette Cemme et analyser de nouveau son lait. Elle nous ])romit de revenir quelques jours [)lus tard, mais à peine sortie de la Cbarité, elle se laissa convaincre ]>ar une voisine que son nourrisson allait soud'rir de sa grossesse ; elle se rendit chez un herboriste et lui demanda des conseils : il lui vendit des drogues pour tarir la sécrétion lactée. Quand elle reparut à l’iiopital, le sevrage était accompli et son enlant mal dirigé avait très mauvaise mine, il était à peine reconnaissable, tant il avait maigri. Nous avons d’autant plus regretté de n’avoir pu prendre sa photographie le premier jour : le contraste eut été frappant.

AI.Eo iriera réuni 51 observations et a obtenu les résultats que voici ;

Dans 72 p. 100 des cas, rallaitement par une femme enceinte n'a déterminé aucun trouble chez les nourrissons.

Dans 8 p. 100 des cas, on ne peut légitimement tirer des observations aucune conclusion rigoureuse.

Enfin, dans 20 p. lüO des cas, les enfants ont éprouvé des accidents qui ont nécessité le sevrage immédiat. Et Al. Poirier termine en disant: « Pour juger définitivement la question, il faudrait savoir quelle est, dans les conditions ordinaires, c’est-à-dire les nourrices n’étant pas enceintes, la proportion des cas où la femme peut contiuuer l’allaitement jusqu’au bout. »

Ce que nous avons vu personnellement depuis 1890 et les intéressantes observations de Sutils, n’ont fait que contirmer les opinions auxquelles était arrivé, dans notre service, le D‘‘ Poirier. Une de nos. clientes do la Clinique Tarnier, la nommée Alag., dont un seul sein fournissait du lait, mais abondamment, continuait l’allaitement de ses enfants presque jusqu’à l’age de deux ans, môme alors qu’elle était enceinte, dans un des cas nous ne l’avons fait interronij)re qu’une quinzaine de jours avant son accouchement.

Si donc, dans quelques cas, l’apparition d'une grossesse chez une nourrice est défavorable ])Our reniant qu’elle allaite, dans la grande niiijorité des faits, l’enfant n’en soulfre pas. Alais on doit toujours se

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