‹ Manuel pratique d'allaitementChapitre 37 sur 80 · LAIT STÉRILISÉ · texte numérisé non relu

LAIT STÉRILISÉ

Les laits de conserve, quand ils sont bien préparés, peuvent aussi être donnés aux enfaiits et aux nourrissons. Avant de les employer, on s’assurera:

1“ Ou'ils ont bon aspect, qu’ils ne sont pas trop foncés en couleur, qu'ils ne sont pas caillés, qu’ils ont conservé l’apparence normale ;

Qu’à l’ouverture de la bouteille, ils ne dégagent ni gaz, ni mauvaise odeur ;

3° Qu’ils n’ont aucun mauvais goût.

Si la crème est remontée à la surface, on la remettra en suspension en agitant le flacon après l’avoir fait tiédir.

On versera directement ce lait de la bouteille dans le biberon préalablement nettoyé à l’eau bouillante, comme il a été expliqué plus liant.

Si ce lait doit être coupé, on emploiera de l’eau potable bouillie ; on fera tiédir le tout au bain-marie.

Il est bien entendu que ces laits de conserve doivent, eux aussi, être de bonne qualité et contenir les matériaux nutritifs suffisants. On doit de temps en temps en faire l’analyse. Nous n’oublierons jamais pour notre part, qu’on nous a gracieusement envoyé à la Maternité, afin de le donner aux femmes et aux enfants, 100 bouteilles de lait stérilisé préparé loin de Paris; l’analyse pratiquée avec le plus grand soin parM. Michel, a fait constater que les bouteilles examinées ne contenaient que de 7 à 9 grammes de beurre au lieu de 40.

Des expériences sur les animaux (Weber), des analyses chimiques minutieusement faites (Michel) ont démontré que le lait de vache stérilisé semblait aussi bien digéré que le lait cru et qu’il n’offrait pas les mêmes dangers.

La caséine du lait de vache cru, en se coagulant, formerait dans l’estomac de gros caillots qui pourraient être la cause de troubles digestifs. Il n’en serait plus ainsi lorsque le lait a été soumis, au bain-marie, à une température de 100° « Avec le lait stérilisé, a dit M. Chavane, à la suite d’expériences in vitro ^ le caillot n’olfre au doigt qui le presse aucune résistance, aucune sensation d’élasticité. Il se laisse pénétrer comme un liquide épais, de la crème par exemple. A l’examen microscopique, si on n’observe aucune ditlerence du côté des globules graisseux, dumoinsles granulations de caséine sont notablementplus lines, plus bomogèiies. Ce n’est pas évidemment le caillot si ténu du lait de femme, ce n’est pas non plus le caillot que l’on obtient avec le lait

Al. LA ITEMENT MIXTE

{l’ànesse, mais le volume des granulalioiis de ce dernier caillot esl peu dilléi'cnt de volume de celles du lait stérilisé. Il y a doue évidemment, du lait de celte chautle du lait à lOO", non |)arvenu par conséquent à son point d’ébullition, une moditication de la caséine. Cette modification porte sur l’état de division du caillot lui-même et sur son état moléculaire. Il est probable que tels sont les motifs qui, toutes choses égales d’ailleurs, rendent le lait de vache stérilisé plus facile à

digérer. »

On donne le lait aux enfants, soit avec une limbale, soit au verre, soit avec la cuiller, soit avec un appareil appelé biberon.

I.e verre, la timbale, la cuiller sont très faciles à tenir très propres, maison leur fait un reproche: quand on s’en sert, l’enfant, en même temps que le lait, avale beaucoup d’air.

On a imaginé autrefois de très nombreux biberons. Les meilleurs sont les plus simples et ceux ([ui peuvent être lavés avec la plus grande facilité. Ouand on se sert de lait stéi-ilisé dans des petites bouteilles, ce sont ces bouteilles elles-mêmes qui servent de biberon. 11 suffit d'appliquer sur le goulot, lorsqu’elles ont été débouchées, une tétine Tétine Gentiie. propre et le lait passe dans la bouche de l’en-

fant aussi stérile que s’il sortait du sein.

On a imaginé des télines en caoutchouc très ingénieuses : elles présentent sur le côté une dépression au fond de laquelle une piqûre a été faite. Lorsque l’enfant, qui a dans la bouche la tétine, exécute des inouvemenls d’aspiration, le lait descend et l’air, l'entrant parle trou, se rend au fond de la bouteille inclinée, au-dessus du liquide (Voy. lig. 55). L’enfant peut donc, sans lâcher la tétine, faire de nouveau descendre le lait par la succion.

Dans certains biberons, on place dans la jiaroi même du verre un petit appareil très simple qui permet la rentrée de l’air pendant la succion.

Le biberon et la tétine sont facilement lavés dans de l’eau bouillante pure, dans laquelle ou amis du carbonate de soude. Pendant l’intervalle des tétées, la tétine est constamment maintenue dans de l'eau proj)re.

Fig. 55.

LAIT STKHII.ISE

En 189:2, nous avons imaginé un appareil analogue au siphon videhou teille el que nous avons appelé galaclophore. Dans un bouchon en caoutchouc, qu'on peut mettre sur un flacon quelconque, passent deux tubes accolés : l’un, plus gros, permet l’écoulement du lait; l’autre, plus petit, l’entrée de l’air. Une rondelle en caoutchouc et une rondelle plate en os complètent l’instrument (Voy. lig. 56.)

La bouteille remplie de lait est fermée avec le bouchon : on la renverse et on introduit la tétine entre les lèvres de l’enfant. Dès que celui-ci fait un mouvement de succion, le liquide arrive dans sa bouche. Le tube, qui est destiné au passage de l’air, doit être très petit ; de la sorte, le lait ne descend pas trop vite et il ne peut s’échapper par le tube à air.

Un petit écoLivillon permet le nettoyage du gros tube.

11 suffit ensuite de plonger cet instrument dans l’eau bouillante et de l’y laisser quelque temps, pour qu'il soit très propre.

Cet appareil rend service dans nombre de circonstances. Avec les tétines de caoutchouc, le trou s’élargit vite et le lait coule dans la bouche avec une très grande facilité ; aussi, quand on veut mettre l’enfant à la mamelle, il est devenu jiaresscux et refuse d’exécuter les mouvements de succion. Avec le galactopbore, au contraire, il est obligé d’employer la même force que pour faire venir le lait dans le sein et il ne fait plus les mômes difficultés quand il s’agit de téter.

Dans quelques cas où l’enfant débile, qui prenait très aisément le sein d’une nourrice, refusait de téter sa mère, cbe/ laquelle le lait, bien qu’abondant, sortait moins facilement, nous avons eu recours au galac-

■ Fig. o6. — Galactophoi'f; pour l'allaitemenl artiliciel.

A, deux tubes accolés destinés à baisser passer, 1 uu le lait, l'autro l'air. — B, petit houclion eu caoutchouc dans lei|uel est introduit rinstruiuent. — C, bouteille remplie de lait sur buiuellc a été mis uu galactopbore muni d’uiio tétine et d'une rondelle eu os.

ALI.AITEMENT .MIXTE

lopliore. Nous y mellionsle lail foiinii par la nouiTice, etl’enfanl con- IraclaiiL riuibiUule de faire des elforls, s’accoiilumail vile ensuite au sein maternel.

Certains biberons sont des appareils très dangereux : ce sont les biberons à long tube, parce qu’il n’est pas aisé de les nettoyer complètement. Le lait séjourne dans le conduit en verre, dans le lube en caoutchouc, dans la tétine et des organismes inférieurs s’y développent: de là, une odeur désagréable qu’il est facile de constater. Ce n’est pas tout, ces germes sont entraînés dans le tube digestif de l’enfant et y déterminent l’apparition d’accidents graves, souvent mortels. Les tolérer, a-t-on dit, c’est favoriser l’infanticide.

Ouand est-il nécessaire de recourir à l’allaitement mixte? Comment y procède-t-on? Ouelle quantité de lait donne-t-on?

C’est la balance qui servira de guide. Si on constate que l’enfant n’a pas augmenté ou ii’a augmenté que peu dans toute sa semaine, si d’autre part on ne trouve chez lui aucun état pathologique qui permette d’expliquer le défaut d’accroissement, si ses digestions sont bonnes, si ses garde-robes ont la consistance et la couleur jaune noimales, si enfin pesant l’enfant avant et après chaque tétée, on constate qu’il ne prend qu’une trop faible quantité de liquide parce que les seins n’en contiennent que peu, il est extrêmement probable qu’il n’est pas assez nourri. 11 faut alors, au lail maternel, ajouter un peu de lait stérilisé.

Faisons cependant une remarque sur laquelle nous reviendrons : il faut absolument éviter la suralimentation; il vaut mieux que, pendant quelque temps, l’alimentation soit légèrement insuffisante. En effet, si l’enfant ne prend pas assez, il peut ne pas s’accroître, il peut même diminuer de poids, mais il n’aura ])as de troubles digestifs. Dès qu’on lui donnera davantage, qu’on lui fera prendre la quantité de lait qui lui est nécessaire, il augmentera très rapidement, sa courbe se rapprochera de la normale ; elle arrivera même à la dépasser.

L’allaitement mixte permet j)arfois à la sécrétion lactée de devenir suffisante. En voici un exemple.

La nommée C.., accouche à la Clinique Tarnier le 3 juin 1900. L’enfant pesait 3.000 grammes ; il diminua d’abord en deux jours de 4-00 grammes, puis il augmenta assez régulièrement. Il avait atteint 3.310 grammes, lorsque de la lymphangite du sein droit survint chez

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