‹ Manuel pratique d'allaitementChapitre 39 sur 80 · ALLAITEMENT ARTIFICIEL · texte numérisé non relu

ALLAITEMENT ARTIFICIEL

Le nouveau-né doit être mis au sein, il doit être uoiiiTi par sa mère, telle est la règle générale à laquelle il sera fait aussi peu d’exceptions que possible.

Mallieui’eusement, quelques femmes n’ont qu’une sécrétion lactée insuffisante ou nulle ; d’autres sont malades et ne peuvent nourrir sans compromettre leur propre existence ; d’autres enfin, obligées de gagner leur vie, sont absolument incapables de conserver leur enfant près d'elles.

Le nombre de femmes qui n’ont pas de lait du tout (agalactie complète) est très difticile à déterminer : il varie suivant le pays, la condition sociale de la mère, son état de santé, etc.

yime dans une tbèse faite à la Clinique Baudelocque, exprime

l’opinion que, sur 100 femmes saines, se trouvant dans les conditions voulues d’alimentation et de repos, 99 ont des cbances de pouvoir nourrir leur enfant. Voici ses conclusions ; « 1° les femmes, à peu d’exception près, peuvent être toutes de bonnes nourrices ; 2° plus des quatre-cinquièmes des femmes le sont dès le début de l’allaitement ; ÎP presque toutes les femmes le deviennent aprèé un temps plus ou moins long ; 4“ les cas d’agalactie sont excessivement rares, l’agalactie absolue n’existe ]>as. »

M. Marfan a relevé 109 observations prises dans sa clientèle. 11 résume son opinion de la façon suivante : « Dans la prati(iue de la %ille, parmi les femmes saines, qui font une tentative d’allaitement, presque les deux tiers sont capables de faire une bonne nourrice; ({liant à l’autre tiers, les femmes qui le composent ne sont pas toutes des nourrices com{)lètement insuffisantes, quelques-unes peuvent, en s’aidant du biberon, faire bénéficier leui‘ enfant de leur lait ; la

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j)roi)orl.ion des mères à peu près saines qui soûl vraimenL dans l’im- [)uissance i)liysi(|ue d’allaiLer ne dé])asse guère 10 p. 100 ».

I>es recliei'ches, faites à la Clinique Tarnier par M. lîoger Mesnil, ont |)orté sur trois années et sur 3.00Ü accouchées, qui avaient séjourné de dix à quinze jours en moyenne dans notre service, car nous les y retenons le plus longtemps possible. Au moment de leur sortie, 80, ':2 p. 100 des femmes donnaient des quantités suftisantes pour nourrir leur enfant ; 9,4 p. 100 ne produisaient que des quantités insuffisantes ; 4,2 ne donnaient pas de lait du tout, quelle que lut la cause : malformation du bout de sein, aiïection des mamelles, maladie de la mère, état anormal ou pathologique de l’enfant.

11 y a donc, dans notre milieu hospitalier, 96 p. 100 des femmes qui nourrissent leur bébé soit exclusivement au sein, soit en ayant recours à l’allaitement mixte ; dans 4 p. 100 des cas, rallaitement artificiel s’impose, ou il faut confier l’enfant à une autre femme.

L’agalactie primitive est extrêmement rare, tout à fait exceptionnelle ; il peut y avoir alors arrêt de développement, atrophie des seins ou sécrétion lactée nulle ; dans certaines familles, cette agalactie est héréditaire.

Les bouts de sein peuvent être mal conformés : ils ne dépassent pas le niveau de l’aréole, ou bien ils sont ombiliqués et on ne réussit pas à les faire émerger.

Marfan a noté une hyperesthésie du mamelon telle que la tétée provoquait des douleurs pendant plusieurs heures, avec des irradiations intercostales et dorsales. Aucun traitement ne put être efficace ; à deux reprises, l’allaitement fut impossible.

A la suite de gerçures et de crevasses, surviennent des intlammations des mamelles ; la sécrétion lactée se tarit et ne peut être rétablie chez un certain nombre de femmes.

11 est enfin des personnes à qui leur santé générale ne permet pas de nourrir, telles sont celles qui ont de la tuberculose pulmonaire avancée, des affections cardiaques non compensées (Voy. p. 60 et 62), des affections aiguës graves, contagieuses, etc.

Enfin, il est beaucoup de femmes qui sont dans l’impossibilité matéi'ielle d’allaiter ; que de métiers, que d’emplois qui les en empêchent, car elles n’ont aucun argent pour vivre ; telles sont, par exemple, les domestiques, les ouvrières d’usine, ce Les premières, dit Loger Mesnil, n’ont pas de domicile particulier, les autres en sont

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absentes tonte Ja journée. Comment donneraient-elles le sein ? La place qu’elles occupent est leur seul moyen d'existence; aussi y tiennentelles et Font-elles tout pour pouvoir la garder. Or, l’allaitement au sein, cl par conséqueni la vie en commun avec leur euFanl, la leur ferait perdre. Voilà pourquoi elles sont obligées de se séparer de celui-ci dès sa naissance. C’est pour cette place qu’elles n’ont pu se reposer, je ne dirais pas pendant les semaines, mais les jours qui ont précédé l’accoucbement ; c’est encore pour cette place qu’elles doivent reprendre le travail et regagner l’usine peu de jours après raccoucbemcnt, heureuses encore de la retrouver, car si les derniers temps de la grossesse ont nécessité le repos, si les suites de couches ont été palhologiques, en un mot si le temps écoulé depuis leur départ a été trop long, celle-ci n’est plus vacante et les voilà sans ressources. »

Il est difticile de üxer le nombre des mères qui, poui' ces diverses raisons d'ordre social, ne peuvent nourrir leur enfant au sein. Dans certaines villes, il est considérable. A Lille, par exemple, en 1896, sur 6.285 naissances, il v eul :

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