‹ Manuel pratique d'allaitementChapitre 57 sur 80 · ALIMENTATION PENDANT I.A SECONDE ANNÉE · texte numérisé non relu

ALIMENTATION PENDANT I.A SECONDE ANNÉE

A Nice même, dans ceUe ville si riche el si merveilleusemenl située, la mortalité des enfants de un an à deux ans est encore en moyenne de GO p. I.ÜOÜ, ainsi que le montrent les chiffres de P.-L. Palestre. Ces décès si nombreux sont dus aux mêmes causes. On oublie trop que le tube digestif de ces petits êtres n’est pas encore constitué comme celui des adultes, qu’il est incapable de broyer, de triturer, de digérer, d’assimiler un grand nombre d’aliments.

Que d'exemples je pourrais en rapporter! Une femme (n° 5.074 de nos registres) nous amène son enfant qui, nourri au sein par elle et maintenant sevré, n’a jamais présenté d’accidents ; il est pâle, gémit, a diminué de poids et ne veut rien prendre ; son pouls est fréquent, satem- ])érature est élevée. La mère nous affirme ne l’avoir point quitté, sauf pendant quelques heures la veille, afin de se rendre au lavoir; elle l’a confié à une voisine qui n’a tUi lui donner que le lait fourni par nous. Il semble bien qu’il a des troubles digestifs; nous recommandons de le surveiller attentivement. Le lendemain, la mère nous apprend qu’il a vomi et a eu des garde-robes abondantes, rejetant une grande quantité de lentilles non modifiées par leur présence dans l’estomac et l’intestin.

Une autre femme (n” 5.100 de nos registres) nous apporte son enfant dans un état analogue, ayant de la fièvre et présentant une diminution de 240 grammes ; elle ne l’a point quitté, sauf aussi pour se rendre au lavoir, il est resté à la maison sous la surveillance d’une sœur aînée âgée de treize ans. Quelques jours plus tard, la mère revenant â la Consultation nous rapporte le corps du délit, sous forme de noyaux. La grande sœur avait bien été obligée d’avouer que, mangeant des cerises, elle en avait donné â l’enfant.

En 1897, une femme, qui avait quitté notre Consultation de la Maternité depuis quelques semaines parce que son nourrisson avait atteint l’âge de deux ans, nous le ramena pâle et souffrant alors qu’il avait eu jusque-lâ une mine magnifique. Obligée de travailler, elle l’avait mis en garde en recommandant bien de ne rien changer â son régime. Pendant qu’elle nous parlait, le bébé était debout par terre, elle l’enleva pour nous le montrer ; on vit alors sur le plancher un tas de matières solides composé de pommes de terres et de carottes !

Combien de faits analogues nous observons, faits que nous ne manquons pas de montrer, pour leur instruction, aux mères et aux élèves (jiii suivent nos Consultations.

Les accidents qui surviennent ainsi peuvent être mortels.

Bldi.v. — Allaitc'menl.

AU M I'- N T A T I ( ) i\ P K N D A X T L A S K ( ', ONDE A N N É E

r.a nommée II... (11° 2. “270 do nos rogislrcs) accoucha le 18 novembre 1002 d’nn cnlanl pesanL 8.210 grammes, elle le nonri-il an sein el nous le ramena régnlièremcnl. Le 11 seplemhrc 1908, il ])esait 8.720 grammes; on conseilla une soni)e lailc avec 100 grammes de lait el de la Carine; il en reçut une seconde le 10 novembre, son poids était de 9.880; le 11 décembre il était sevi'é. Le l'*’ avril 1904- il avait atteint 11.100 grammes, lorsque le jour de LAqiies lanière croyait pouvoir s’absenter avec son mari pendant qiiarante-bnit benres et conliait à sa belle-mèi'e son enfant qui n'avait jamais été malade. Oiiand elle revint, elle le trouva mourant. Delà soupe aux pommes de terre, des légumes, etc., telle avait été la nourriture administrée. L’enfant avait des vomissements, une diarrhée très fétide, une température axillaii'C de 89°4 et un état général extrêmement déprimé. La mère nous supplia de la recevoir avec son petit qui ne tarda point à succomber quoi qu’on fît.

Il serait important de nettement déterminer par des recberebes multi})les, anatomiques, physiologiques et autres, quels sont les aliments que le tube digestif est capable de supporter et d’assimiler suivant l’àge.

Lorsqu’un enfant a été malade de gastro-entérite et qu’il semble guéri, on doit néanmoins recommander de prendre les plus grandes précautions. Ln effet, dès qu’il va mieux, si les parents et la nourlice ne sont pas convaincus des dangers de la suralimentation, ils reviennent vite cà des doses de lait trop considérables et les accidents reparaissent. L’observation de M. le D‘‘ Rumpelmayer que nous avons rapportée (Voy. p. 228 et tig. 82) est absolument caractéristique. Comme pendant un certain temps après les poussées de gastro-entérite, l’enfant assimile mal et ne s’accroît que fort peu, les mères se tourmentent et veulent donner davantage dans l’espérance que la courbe se relèvera. Il semble que, par suite de l’irritation subie par l'intestin, cet organe ne soit plus en état d’assimiler suflisamment ou de produire, par ses glandes, la sécrétion qui activera le rôle du suc pancréatique. 11 faut donc savoir attendre patiemment.

Il y a quelques années, un médecin de Xice nous priaitde voirson bébé dont il désespérait, parce que, a[>rès une entérite, il n’arrivait l)as à augmenter de poids. Nous avons conseillé d’attendre, nous bornant à donner une quantité de lait qui j)Ouvail n’ôtre considérée que comme ration d’entretien pour ainsi dire. .\u bout de queb|ucs semaines.

AUMEXTATIÜxN l'ENDANT LA SECONDE ANNEE

l’enfaiil allail loiil à fail bien et commençait de nouveau à s’accroître. 11 siiflit d'ajouter ensuite un peu plus de lailà son alimentation.

Dans un autre cas du même genre, l’enfant né le 41 mars 1901, j)esait à dix-neuf mois 14 kilos lorsque, le 4 novembre 1904, il eut une très violente attaque de cboléra infantile dont il guérit difficilement; pendant un mois, on crut à plusieurs reprises qu’il allait mourir. 11 était tombé à 8.500 grammes, il avait donc diminué de 7 livres. La mère se désolait de ne point le voir augmenter, et dès qu’on l’alimentait davantage, la diarrhée reparaissait. Je recommandai de ne lui laisser prendre que 800 grammes de lait; il resta stationnaire pendant longtemps, puis vers le mois d’avril 1903, les garde-robes étant devenues tout à fait normales, la courbe commença à s’élever. On augmenta alors un peu son alimentation. Jusqu’à l’àge de quatre ans, il vécut avec un litre de lait par jour et deux soupes faites avec une partie de ce lait. Tous les deux jours on remplaçait un de ces potages par une panade obtenue en faisant bouillir dans de l’eau, pendant une heure, du pain et 40 grammes de viande de bœuf. 11 se développa merveilleusement. C’est aujourd’hui un magnifique garçon, très robuste, qui n’a plus jamais eu aucun troul)le digestif.

Ln résumé, on ne saurait, dans les cas de ce genre, trop recommander la prudence. Tant que l’enfant qui a été souffrant et qui est rétabli ne s’accroît pas avec les quantités de lait qui lui sont données et qui sont les quantités normales, presque les quantités minima, il faut patienter et se garder surtout de toute nouvelle suralimentation.

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