MORTALITÉ INFANTILE EN FRANGE DES MOYENS D’Y REMÉDIER
« Depuis un certain nombre d’années, avons-nous écrit en 1899, la ])lace ])rise par l’enfant dans les préoccupations des accoucheurs est devenue plus grande. Autrefois, ce qui importait surtout, c’était de sauver la femme qui, au moment de laparturition et pendant les suites de couches, se trouvait exposée à une mortalité notable et à une morbidité parfois assez considérable. Aujourd’hui, grâce à l’antisepsie, la mortalité par infection a pour ainsi dire disparu des maternités et la morbidité se trouve presque réduite à son minimum. De plus, grâce aux progrès réalisés en obstétrique opératoire, grâce aux perfectionnements de l’instrumentation, les interventions obstétricales sont devenues mieux réglées, plus simples, plus faciles.
« Aussi, moins inquiets sur le sort des mères, les accoucheurs se sont-ils livrés à une étude plus attentive des enfants. Ils s’occupent d’eux avant la parturition, en surveillant l’hygiène de la femme enceinte, afin qu’elle parvienne à terme dans de bonnes conditions ; ils s’occupent d’eux au moment de l’accouchement proprement dit, pour qu’ils arrivent au monde bien développés, bien vivants; ils s’en occupent encore après leur naissance et pendant leurs deux premières années, afin de bien diriger leur alimentation. » [Le Nourrisson.) *
C’est pourquoi nous allons étudier la mortalité infantile et les moyens d’y remédier; ces questions de ])uériculture ‘ sont essentiellement à l’ordre du jour.
1. Lo moi qu’on trouve dans différentes éditions du dictionnaire de Larousse el de celui de Littré, semble avoir été employé pour la première fois par le Df Caron. En elVet, dans l.e Courrier médical, numéros du 18 novembre 1863 au 24 novembre 1864, on trouve reproduites sous le titre de PuéricuUure des leçons faites i)ar ce médecin. « La puériculture, dit-il, est la science d'élever les enfants (fie puer, pueri, enfant, et de cultura, culluræ, culture). Notre
MORTALITE INEANTILE EN FRANCE
Pour comhatlre officacemcnl un mal, il faut en connaîlre les causes; ces dernières élanl connues, on doit chercher les remèdes qu’il csl possible d’y apporter. C’esL ainsi que nous procéderons.
.Nous diviserons celte étude en trois parties :
I. — Après la naissance : l’enfant est venu au monde, pourquoi et de quoi meurt-ih?
II. — Au moment de la naissance : que doit-on faire pour éviter les causes de la mort pendant l’accouchement ?
III. — Avant la naissance : qu’a-t-on fait, qu'y a-t-il à faire pour diminuer les mauvaises chances que court le produit de conception pendant la grossesse ?
l. — APRÈS LA NAISSANCE
§ 1. Considérations générales. — La mortalité infantile est considérable en France. D’après les documents, qui nous ont été communiqués par M. J. Bertillon, ily estmortde ISOOà 1900, par annéeet en moyenne, 134.-134 enfants de zéro à un an; on peut presque dire que c’est la période de la vie où, relativement au nombre de personnes d’un âge déterminé, on meurt le plus ; il n'y a qu’une période où l'on succombe davantage, c’est après quatre-vingt-dix ans (Voy.fig. 83).
Voici les chiffres fournis par le Ministère du commerce relativement au mouvement de la population, et qui donnent la proportion annuelle des décès par 1.000 habitants de chaque groupe :
De 0 à 1 an il en meurt 202
De 1 à 4 ans — 20,8
De 5 à, 9 — — 4,6
De iO à 19 ans — 4,2
Après s’ être ainsi considérablement et progressivement abaissée, la proportion des décès se relève avec l’âge des groupes :
syst»',‘ine (Lobscrvalion prûlcnd comprendre l'enfant avant sa naissance et le conduire jusqu'à l'àge de quinze, de dix-huit mois et màme de deux ans ». Et comme litres aux différentes parties de son cours on lit ; du Mariage, de l’Hygiène de la Femme avant et pendant la grossesse, de la fonction de la Reproduction, etc.
Le !)•• Caron, après avoir raconté les difficultés qu’il rencontra pour faire accepter officiellement le mot IhtéricuUure. montre qu’il se rcnitail bien compte de toute l’importance et do toute l’étendue du sujet. « 11 nous siérait fort mal, dit-il, de prétendre à la perfection dans la réalisation d’un aussi gigantesiiue ]>rojet conçu cd exécuté dans de telles conditions. Mais au moins aurons-nous le mérite de l’initiative et l'espoir de voir dos collègues pins autorisés, plus faconds rejirendre cl com])létcr ce f[UO le temps ne nous a permis que d’él)auc!ier. »
MOU T A L rr É INF A N T I L E J<: N F U A N C E
Elle est entre 20 et 29 ans de ~,4 P- t.OÜO.
— à 90 ans et an-dessus de 260,0 —
Si bien que pour les vieillards de quatre-vingts à qualre-vingi-
Fig. 83. — Proportion des décès sur 1.000 tiabitants suivant Page, d'après les cliiffrcs fournis par le Ministère du coniiuerce.
neuf ans, la proportion des décès est moins considérable que pour les enfants de zéro à un an.
Ouelle est maintenanl la mortalité infantile par rapporta celle des adultes ? MM. Baleslre et Gillella de Saint-Josepb (de Nice), dans une magistrale étude sur la mortalité infantile de la première enfance (1802-1807), ont montré que, sur 1.000 individus de tout âge qui suc-
APHKS LA NAISSANCE
combciil, il y a eu moyenne, pour les villes de Fj-ance, 1G7 enfanls de zéro à nn an. On Irouve, en cITel :
A Paris sur 1.000 cléfés
A Uoiien —
A Lille —
A Dunkerque —
A Marcq-en-Barœul —
A Halluin —
A Sainl-Pol-sur-Mer —
145 enfanls de 0 à 1 an .
La mortalité des enfants de zéro à un an a donc, dans ces villes, été égale au cinquième, an quart, an tiers, et même à la moitié de la mortalité totale.
Les éleveurs font loiil leur possible pour ne pas perdre les jeunes animaux qui naissent cliez eux. S’ils avaient de semblables résultats, guidés par leur intérêt matériel, quelles [irécautions, quelles mesures ne prendraient-ils pas ?
On a dit que le nombre des décès des enfants ne devrait pas être comparé an nombre total des morts, mais au nombre total des naissances. C’est vrai, mais des travaux récents et très intéressants à divers titres de Bertillon nous a])prennent que, sqir 1.000 naissances, il y a eu :
De 1889 à 1893 109 décès de 0 à 1 au.
De 1894 à 1898 101 — —
Par suite, que l’on obtienne |)Our la mortalité infantile une proportion de 100 à 170 p. 1.000 par rapport aux naissances, ou de 160 à 170 p. 1.000 par rapport à la mortalité totale, cela n'a jias une très grande importance.
Fies cliitfres sont d’autant plus désastreux que la natalité, en France, est peu considérable : en 1874, pour une population de 1.000 individus, on comptait 27 naissances et 22 décès. Depuis, la courbe des naissances s’est abaissée jusqu’à rejoindre celle des décès, lui devenant parfois inférieure, ou ne lui étant, comme en ces dernières années, supérieure (pie d'une ou deux unités. Aussi Waldeck-Housseau, dans une de ces phrases simples et limpides dont il avait le secret, a-t-il dit : « l'bi France, on ne naît jias assez et on meurt trop. »
.V l’étranger, cependant, il n’en est pas ainsi : alors qu’en 1808 l’excédent de la natalité sur la mortalité n’était en France que de t), 80, il était :
.MORTALITE INEANTIIÆ EN FRANCE
De 1 0,(30 pour De 11, '20 pour De 12,20 pour elDe 15,60 pour
rAulriclie-ilongrie ; rAiigleterre ; riliilie ; rAllemagne.
Celte comparaison avec les nations voisines serait plus particulièrement inquiétante si la phrase du président Roosevelt se trouvait exacte : « La dépopulation est le suicide d’une nation. »
Pour obtenir une réduction de la mortalité infantile, il nous faut d’abord étudier avec soin les causes des décès, puis voir si on peut en tirer des déductions pratiques.
§ 2. Causes. — Les causes de la mortalité infantile sont très nombreuses. On peut les classer en deux catégories :
1° Les causes pathologiques, d’ordre médical ;
2° Celles qui tiennent à certaines conditions particulières dans lesquelles se trouvent les mères et les enfants.