IV. — Recherche des espèces pathogènes
Le but que doit poursuivre le micrographe dans les analyses bactériologiques de l'eau est sans contredit la découverte des organismes pathogènes, c'est-à-dire des espèces dangereuses pour l'homme et les animaux domestiques qui l'aident de leur force musculaire, ou le nourrissent de leur chair. En dehors de l'intérêt qui s'attache à toutes les recherches scientifiques, on
ne doit jamais négliger le côté qui peut fournir des indications profitables à l'humanité; aussi je crois qu'il est capital de s'adresser à l'expérience pour apprendre si un liquide servi à l'alimentation de toute une population contient ou non des micro-organismes capables d'altérer plus ou moins profondément la santé publique. Malheureusement, nous devons confesser que, parmi les affections si nombreuses qui désolent spécialement l'espèce humaine, l'étiologie de beaucoup d'entre elles nous est inconnue; on ignore, par exemple, quels sont les microbes de la variole, de la rougeole, de la scarlatine, de l'athrepsie; je ne parle que des affections endémiques dans nos climats et qui revêtent parfois une forme très meurtrière. 11 semble que l'on connaît mieux les micro-organismes qui produisent la fièvre typhoïde et le choléra, néanmoins on discute encore sur leur spécificité. Le D' Klein n'admet pas les qualités pathogènes du spirille du D'Koch ; pour plusieurs, le Bacteriuni coli commune serait l'agent de la fièvre typhoïde, et non le bacille découvert par Eberth. Cependant il est incontestable qu'il existe autour de nous des bactéries très meurtrières et très nocives telles que : le Bacillus anthracisy le bacille de Nicolaïer, les organismes de la septicémie, qui se rencontrent dans le sol et dans les eaux.
Ce qui augmente encore l'utilité des analyses micrographiques au point de vue des bactéries pathogènes, c'est qu'à côté de l'intoxication qui peut se produire par le tube digestif, notre corps présente souvent à l'infection d'autres portes ouvertes : par exemple, les lésions résultant d'un acte physiologique comme chez les nouvelles accouchées, ou celles qui sont la suite d'un traumatisme comme chez les blessés. Le lavage
des plaies avec des eaux impures peut être le point de départ d'accidents graves et même mortels, et si dans nos hôpitaux les chirurgiens voient leur statistique de guérisons s'améliorer de jour en jour, c'est grâce à la guerre incessante qu'ils livrent aux organismes inférieurs au moyen des pansements antiseptiques.
La recherche des microbes pathogènes dans les eaux doit donc être une des plus vives préoccupations de l'analyste, cependant il n'acceptera de déterminer dans les liquides que la présence des microbes pathogènes connus, et il devra se refuser à porter ses investigations sur les microbes dont l'existence est simplement soupçonnée, et que les bactériologistes n'ont pu encore découvrir dans le corps même des malades. Il n'est pas xare en effet de recevoir la demande, en apparence très naturelle, de rechercher dans une eau toutes les bactéries pathogènes, demande à laquelle il ne sera vraisemblablement pas facile de répondre d'ici à longtemps. Plusieurs fois, également, on m'a prié de rechercher dans une eau le microbe des oreillons et de la scarlatine; si celte découverte pouvait être faite, elle serait sans doute très méritoire pour l'analyste, cependant, il faut convenir qu'il n'est pas dans la pratique' courante des dosages d'arriver ainsi d'emblée à déterminer des agents figurés pathogènes qui n'ont pu être isolés du corps des sujets qui en sont envahis.
Un micrographe ne doit songer à rechercher dans les eaux que les espèces bien étudiées et nettement isolées sous forme de cultures. Son premier soin sera donc de se procurer des échantillons très purs de bactéries capables d'engendrer les diverses maladies.
de cultiver ces microbes dans différents milieux, de les étudier au microscope et enfin de les inoculer aux animaux afin de se rendre un compte exact des lésions qu'ils engendrent. En un mot, il se livrera à un apprentissage hors lequel il se trouvera sans expérience et mal préparé pour mener à bien les recherches générales ou particulières qu'on réclame de lui.
L'importance de ce sujet me conduit à insister un instant sur les divers microbes dont l'existence du pouvoir pathogène n'est pas douteuse. J'indiquerai brièvement la façon de les isoler des eaux et je rappellerai succinctement les caractères propres à chacun d'eux en invitant le lecteur à s'en référer, pour de plus amples détails, aux travaux si nombreux publiés sur ces bactéries.
Bacille du tétanos.
Ce bacille, entrevu par Nicolaïer, étudié par Freudenreich et plusieurs autres auteurs, mais isolé à l'état de culture pure par Kitasato, s'obtient assez aisément en maintenant les eaux à la température de 70° pendant une heure, puis en ensemençant cette eau dans de la gélose peptonisée additionnée de 2 pour 100 de sucre; ces essais doivent être pratiqués de la façon que j'ai indiquée pour isoler les espèces anaérobies {voir p. 96 et suivantes).
On étudie attentivement au microscope des colonies blanches, surtout celles qui prennent une forme arborescente, et si parmi elles on découvre des bacilles terminés par une spore qui les fait ressembler à une épingle courte, on les cultive par piqûres dans de la gélatine et du bouillon tenus à l'abri de l'air. La M. 10
piqûre dans la gélatine donne lieu à la production d^une sorte de culture en écouvillon, ressemblant beaucoup à celle du rouget de porc ; mais les bacilles de ces premières cultures sont toujours munis d'une spore terminale plus volumineuse que le bâtonnet.
Une goutte de bouillon, envahie par le bacille de Nicolaïer, inoculée aux souris les tue en deux ou trois jours; 10 gouttes ou un demi-centimètre cube du même bouillon donnent le tétanos à un cobaye de forte taille et même à un lapin.
Le bacille de Nicolaïer est assez fréquent dans Teau de la Seine et de la Marne ; il se rencontre aussi dans les eaux d'égout.
Bactéridie charbonneuse.
Le bacille du charbon découvert par M. Davaine, étudié par MM. Pasteur, R. Koch et plusieurs autres auteurs, me paraît devoir s'isoler des eaux par le procédé suivant, du moins c'est ainsi que je suis parvenu à le mettre en évidence dans de Teau de rivière artificiellement infeôtée par un faible nombre d'individus.
L'eau est portée à 65° pendant deux heures pour détruire la majeure partie des microphytes vulgaires ou autres qui ne résistent pas à ce degré de chaleur; puis le liquide est incorporé à de la gélatine dont on fait de nombreuses plaques. De préférence, on soumet à l'observation les colonies grisâtres formées de fîla^ ments enchevêtrés comme une poignée de cheveux, et encore les colonies qui fournissent des prolongements mycéliformes. On eflfectue ensuite des cultures dans du bouillon où l'espèce se développe en donnant
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un dépôt floconneux qui se réfugie au fond du vase. Dans la gélatine, le Bacillus anthracis donne une culture en forme de cyprès renversé qui liquéfie lentement le substratum. Enfin les bouillons inoculés à des souris les tuent en moins de vingt-quatre heures, et les cobayes succombent avant la fin du deuxième jour.
La bactéridie charbonneuse est un gros bacille qui se cultive au contact de l'air dans presque tous les milieux usités en bactériologie : dans le bouillon, sur la gélose, dans les urines, à la condition que ces milieux ne soient pas sensiblement acides. Tandis que le bacille du tétanos ne se retrouve pas dans le sang des animaux morts des suites de son inoculation, [e sang des animaux morts du charbon fourmille de longs bâtonnets à extrémités assez nettement carrées.
Je n'ai jamais trouvé la bactéridie charbonneuse dans aucune des eaux servies à la population parisienne ; je l'ai de même cherchée en vain dans les eaux d'égout et dans celles de la Bièvre qui reçoivent, comme on sait, les peaux, les déchets de peaux soumises au tannage, et dont quelques-unes sont certainement charbonneuses, ainsi que le démontrent les cas de pustules malignes observées chez les ouvriers tanneurs qui viennent se faire soigner dans nos hôpitaux. Si l'on ne boit pas des bactéridies charbonneuses à Paris, on en mange quelquefois, car il n'est pas rare que les inspecteurs de la boucherie soient appelés à saisir des viandes infestées par le Bacillus anthracis; comme témoignage irrécusable de ce que j'avance, je puis citer les cas de deux forts des Halles centrales qui, en portant de la viande sur leurs épaules, contrac-
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lèrent au cou deux pustules malignes; l'un d'eux succomba à cette terrible affection à THôtel-Dieu.
La bactéridie charbonneuse est quelquefois asporogène (D' E. Roux); il faut dans ce cas éviter de chauffer les eaux au delà de ^o°, afin d'éviter de détruire les bacilles adultes qu'il importe de rechercher.
Bacille typhiqiie.
Le bacille d'Eberth se sépare des eaux par plusieurs procédés indiqués par MM. Chantemesse, Widal, Thoinot et d'autres auteurs; je donnerai ici celui qui me paraît le plus simple et le plus sûr; il est dû au D' Vincent.
Dans un certain nombre de conserves de bouillon de bdeuf peptonisé, ou simplement de bouillon de peptone, renfermant 7 décigrammes d'acide phénique cristallisé par litre, on introduit de quelques gouttes à quelques centimètres cubes des eaux à essayer, selon qu'elles sont pauvres ou très riches en bactéries. S'il s'agit d'eaux de source supposées contaminées par le bacille de la fièvre typhoïde, on pourra aller jusqu'à 100 centimètres cubes en prenant la précaution d'opérer dans un ballon ou dans un matras contenant au moins 1000 centimètres cubes de bouillon.
Les vases ainsi ensemencés seront portés dans un bain d'eau réglé à 4^°; dès que ces vases sont devenus louches, on transporte quelques gouttes de ces cultures dans de nouveaux ballons ou tubes de petite dimension à demi, pleins de bouillon phénique, et de même exposés à ^2°; on pratique ainsi pour plus de sûreté 3 ou 4 inoculations successives.
Il est à remarquer que le Bacterium coli com-
mune et quelques autres espèces peuvent également se développer dans les conditions qui viennent d'être spécifiées.
On distingue assez facilement le bacille d'Eberth à forme typique du Bacterium coli commune par les caractères très tranchés que présentent ses cultures. En fabriquant des plaques de gelée, le bacille d'Eberth apparaît sous forme de colonies translucides nacrées; ensemencé sur pomme de terre, il donne un enduit léger brillant; il ne liquéfie pas la gélatine, etc.; donc il n'est pas difficile de constater la présence dans les eaux du bacille considéré comme l'agent de la fièvre typhoïde; j'ajoute, toutefois, quand ce bacille apparaît sous les aspects bien nets qui le caractérisent. Mais ce bacille se trouve souvent mélangé à d'autres espèces en bâtonnets également mobiles comme lui, désignés sous le nom de bacilles pseudo-typhiques. Ce qui est beaucoup plus grave, le bacille d'Eberth peut devenir lui-même l'objet de modifications profondes, et alors ses cultures ne rappellent en aucune manière celles qu'on trouve décrites dans les ouvrages classiques.
J'ai signalé, il y a plusieurs années, l'existence de ces pseudo-bacilles du typhus, dont quelques-uns se montrent dans l'atmosphère parisienne, et j'ajoute aujourd'hui qu'on obtient une variété jaune du vrai bacille d'Eberth en puisant ses semences dans d<> vieilles cultures normales, et en les cultivant pendant plusieurs semaines dans un milieu très pauvre en substances nutritives, tel que l'eau de rivière stérilisée. La crainte que j'aurais donc, pour un micrographe même soigneux, serait de voir le bacille du typhus passer inaperçu à ses yeux.
Toujours en vue de sauvegarder sa responsabilité, Tanalyste affirmera simplement s^il a oui ou non découvert dans une eau le bacille d'Eberth ; c'est-à-dire, le bacille qu'on est convenu de considérer comme l'agent de la dothiénenterie, d'après ses aspects microscopiques et macroscopiques, jusqu'au jour où on s'apercevra que ce bacille est simplement l'un des agents qui jouit de cette faculté avec plusieurs autres.
En effet, la spécificité d'action de ce bacille me surprendrait avec d'autant plus de raison qu'il est rare de rencontrer une espèce qui ait le privilège d'exercer exclusivement une fonction zymogène déterminée. Plus on avance dans l'étude des infiniment petits et plus on constate que les fonctions attribuées autrefois à une espèce unique sont dévolues à une foule d'espèces microscopiques qui n'ont souvent entre elles aucune parenté morphologique. En outre, une fonction physiologique exercée par une bactérie peut se constater chez les moisissures, et vice versa des actions biochimiques exercées par les moisissures peuvent être exercées par les algues bactériacées.
Entre les questions : une eau peut-elle engendrer le typhus, ou une eau renferme-t-elle le bacille d'Eberth ? il existe une différence très grande ; le micrographe devra toujours se refuser à répondre à la première question, alors que son devoir sera d'affirmer la présence du bacille d'Eberth quand il aura l'occasion de le rencontrer.
Ce dernier bacille ne se rencontre jamais dans les eaux de sources qui ont pu échapper aux contaminations par les poussières extérieures ou par les liquides ayant servi à nettoyer les linges des malades et des personnes bien portantes. Je ne l'ai jamais isolé
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des eaux de la Vanne puisées à Montrouge, ni des eaux de la Dhuis. Il est au contraire très fréquent dans les eaux d'égout et les eaux de la Seine. Cette espèce pourra vraisemblablement s'isoler de ces eaux jusqu'à ce que les déjections des typhoïdiques et les eaux d'essangeage des lavoirs publics cesseront d'être amenées sans précautions aucunes dans les cours d'eaux.
On ne saurait donc s'étonner de rencontrer le bacille d'Eberth dans les eaux de rivière; ce qui serait vraiment surprenant, ce serait au contraire de ne point l'y trouver. Pour citer un exemple, je rapporterai que, dans les autopsies pratiquées à l'Hôtel-Dieu sur les personnes ayant succombé à la fièvre typhoïde, il était en usage de laver les intestins des cadavres en les adaptant à un robinet d'eau, de façon à en chasser rapidement tout le contenu, ce qui facilitait ensuite l'examen des ulcérations des plaques de Peyer ; mais ces eaux de lavage du tube intestinal, où allaient-elles? Elles coulaient directement à la Seine par les égouts de la Cité. Voilà une cause, si je ne me trompe, d'infection et de propagation de la fièvre typhoïde par les cours d'eaux.
Spirille du choléra asiatique.
Cette espèce microscopique a été découverte par le D*" Koch dans l'intestin des cholériques. Elle est constituée par un bacille incurvé d'une longueur moyenne de it*,5; ses articles sont le résultat de la désagrégation d'un filament hélicoïdal de Spiriïlum.
Je n'ai pas eu encore l'occasion de trouver ce microbe dans les eaux distribuées à Paris. J'ai pratiqué quelques expériences artificielles pour étudier la sépa-
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ration de cette espèce mélangée aux bactéries des eaux de la Seine. J'affirme que cette séparation est très laborieuse en raison de la similitude qu'offrent les colonies du spirille du D' Koch avec beaucoup de colonies vulgaires.
Répandu dans des plaques de gélatine peptonisée, le Spirillum cholerœ asiaticœ apparaît d'abord sous la forme de points blancs discoïdes à bords irréguliers, puis, quand la colonie grossit, la gélatine se liquéfie en infundibulum déprimé si la colonie est à la surface. Les cultures par piqûres donnent d'abord un trait blanc qui se convertit, au bout de 3 ou 4 jours, en un canal de gélatine liquéfié avec cupules infundibuliformes à ménisque concave. Sur la gélose, on obtient une couche jaunâtre visqueuse qui n'a rien de caractéristique, pas plus d'ailleurs que les aspects qui viennent d'être décrits et qui sont communs à une foule de microbes. La forme des articles courbes est plus précieuse à noter, mais elle est encore commune à quelques autres espèces, au Spirillum de Finkler et Prior, qui liquéfie la gélatine plus rapidement et à plusieurs micro-organismes que j'ai retirés des eaux d'égout, mais qui différent de ces deux derniers spirilles par leur couleur : l'un d'eux est rougeâtre, il n'amène un commencement de liquéfaction de la gélatine qu'après une attente de huit jours; l'autre donne des cultures blanches sur la gélatine qu'il ne liquéfie jamais.
L'action du microbe du choléra sur les animaux est mal définie et se traduit par des effets contradictoires; d'après mes essais, je crois qu'il serait hâtif de tirer une conclusion quelconque des résultats tantôt positifs, tantôt négatifs qu'on obtient en ino-
culant aux petits mammifères le spirille en question.
Je répète que les eaux de rivière et les eaux de source que j'ai analysées ne m'ont jamais présenté le spirille du D' Koch; d'ailleurs les bactéries en forme d'hélice y sont d'une rareté excessive; je n'ai trouvé dans les eaux de la Seine que le Spirillum 'volutanSj qu'on parvient à cultiver dans les eaux à peu près pures, ou chargées à peine de i centimètre cube de bouillon peptonisé par litre d'eau stérilisée.
Je ne crois pas devoir mentionner ici les Staphylocoques pyogènes, qui se rencontrent très fréquemment non seulement dans les eaux, mais encore au sein des poussières de J'air; les Pneumocoques qu'on ne trouve pas habituellement dans les eaux, mais qui vivent et se multiplient dans la bouche des personnes bien portantes; je ne parlerai pas non plus du bacille de la tuberculose, si difficile à mettre en évidence dans l'air libre, et que je n'ai pu trouver en injectant aux animaux les boues visqueuses déposées sur des bougies en porcelaine ayant longtemps servi à filtrer les eaux de la Seine et du canal de l'Ourcq : ou les animaux soumis aux inoculations sont restés bien portants, ou ils ont rapidement succombé soit à la septicémie, soit à l'infection purulente, mais non à la tuberculose.
Les espèces septiques sont très fréquentes dans les eaux, et notamment dans les eaux sales et de vidange, mais suffit-il de démontrer que ces espèces sont meurtrières vis-à-vis des animaux pour établir qu'elles sont nocives à l'égard de l'espèce humaine. Ce qui est certain, c'est que leur nocuité dépend de la façon dont on les introduit dans l'économie : j'ai pu faire vivre pendant plusieurs mois des cobayes
et des souris DOurris avec du pain imbibé de cultures d^organismes septiques, alors qu41s étaient tués en 24 heures ou 4^ heures par Finoculation souscutanée de quelques gouttes de ces mêmes bouillons ; il n'est donc pas, en mon sens, légitime de conclure aux effets morbides d'une espèce absorbée par le tube digestif, d'après les effets qu'elle cause après injection sous la peau ou dans la cavité péritonéale. On sait effectivement que le suc gastrique détruit en peu de temps à peu près tous les microbes virulents étudiés jusqu'à ce jour.
Cependant, conclure de ces expériences qu'une infection par les eaux d'alimentation est un mythe, comme le jugent quelques auteurs, ce serait, je crois, aller contre des faits bien établis et reconnus exacts par la majeure partie des médecins. D'autre part, considérer comme nocives les eaux contenant des microbes capables de tuer des cobayes et des lapins par inoculation hypodermique, ce serait exagérer beaucoup leur pouvoir malfaisant.
Comme conclusion des pages qui précèdent, je conseille à l'analyste livré à l'étude microscopique des eaux d'apporter une grande circonspection dans ses affirmations, touchant le diagnostic des espèces même les mieux étudiées, de ne pas se hâter de conclure à la pathogénèse d'une eau par le résultat seul des inoculations aux animaux; car ces inoculations peuvent être meurtrières, alors qu'elles ne renferment pas d'espèces pathogènes connues, et, en revanche, elles peuvent être inoffensives pour les animaux, alors qu'elles en renferment de nocives pour l'homme. Si, imitant une pratique que j'ai longtemps mise en usage, on nourrit les animaux avec des cultures de
microbes nocifs, on trouve généralement que l'ingestion de ces organismes reste sans effet. A Tétat normal, l'homme offre de même une grande résistance aux bactéries pathogènes, mais on doit également envisager le cas où Faccoutumance aux microbes infectieux est encore à acquérir, où Timmunité peut être perdue, où enfin la porte peut s'ouvrir à l'infection contre laquelle il a longtemps résisté. Ces faits, d'observation vulgaire, justifient l'utilité des analyses micrographiques au point de vue des espèces bactériennes dites pathogènes.