V. — Des flores bactériennes
Il est certainement prématuré de vouloir tenter, avec le secours des caractères inconstants et peu variés que présentent les bactéries, l'édification d'une flore qui puisse conduire l'analyste peu expérimenté à la détermination de l'espèce qu'il a sous les yeux. Cependant des efforts doivent être faits dans ce sens, et mon attention s'est portée depuis longtemps sur un semblable travail.
Le D' Flûgge nous a donné quelques essais de ce genre, basés sur la couleur et la forme des colonies écloses sur la gélatine. Je ne partage pas ses vues sur l'utilité pratique de semblables tableaux, et surtout je ne vois pas bien nettement le bénéfice qu'un expé* rimentateur novice peut retirer de Ces classifications étroites et mesquines* Vouloir insérer dans un tableau restreint les légions innombrables des micro-organismes répandus dans la nature, les diviser, par exemple, en microbes liquéfiant et non liquéfiant la
gélatine, c'est reléguer à un rang bien inférieur les caraclères que je considère au contraire comme les plus importants.
On conviendra, je Tespère, avec moi, que les caractères tirés des dimensions micrométriques de la forme du microbe, alors qu'on ne connaît point les diverses phases de son cycle évolutif, sont très précaires; que les notions tirées de la couleur des colonies, couleur qui varie, on peut l'affirmer, depuis le jour où l'espèce devient nettement visible jusqu'à plusieurs mois après sa croissance, sont à peu près inutiles à consulter; que la forme des colonies, si variable, suivant qu'elles sont dans la profondeur ou à la surface des substratum, n'offre à l'expérimentateur que des données diagnostiques très incertaines; que la propriété de liquéfier la gélatine, pouvant s'acquérir et se perdre, est propre à maintenir dans l'illusion l'analyste qui considère cette faculté comme caractéristique; enfin on m'accordera que tous ces caractères sont d'une très maigre importance, et qu'on ne doit pas baser une flore générale sur des propriétés aussi secondaires.
On arrivera, au contraire, à édifier des flores bactériennes utiles à consulter par les micrographes, en classant les bactéries dans des groupes généraux, où les espèces qui restent à découvrir trouveront toujours une place; quant aux faits relatifs à la fluidification, à la couleur, à l'odeur, à la forme des colonies, des dépôts, etc., on doit les réserver pour aider à la distinction des espèces comprises dans le même groupe.
L'essai de la flore que je donne ci-après a seulement pour but de démontrer qu'on peut traiter ce sujet d'une façon générale.