SON ENTRAÎNEMENT
Le poulain qui est destiné à courir sur les hippodromes nécessite un entraînement préalable et des soins minutieux.
Il faut s'occuper d'abord du choix d'un terrain, favorable à ce genre d'exercices. Le sol doit être meuble et uni; une prairie qui n'est ni marécageuse, ni dure, une allée légèrement sablonneuse sont d'un bon usage. Lorsque la gelée durcit le sol, on sème une couche de tan qui forme le tapis le plus moelleux que puisse fouler un cheval.
Avant de commencer l'entraînement, on doit examiner sérieusement chaque sujet, afin de se rendre compte de sa force, de sa constitution et de sa puissance de travail, sans négliger sa généalogie, car certaines familles supportent plus ou moins ces fatigues.
Le cheval doit être bien en chair, avoir une santé robuste, être doué d'un souffle puissant pour parcourir sa distance sans être hors d'ha-
leine et n'avoir aucun membre malade et taré.
En six mois un cheval de trois ans, déjà débourré, peut être entraîné. Il subit plusieurs préparations et arrive progressivement à être mis complètement en forme pour le jour de la lutte.
Pendant la première partie, on lui enlève la graisse qui le gêne, on affermit ses artiul cation s.
Deux ou trois fois, on lui administre quelques boules purgatives, afin de débarrasser ses intestins et de lui permettre de manger l'avoine avec appétit.
On le selle, le guêtre, on le monte dans sa stalle pour qu'il soit calme, et on le promène au pas pendant deux ou trois heures, sur une ligne circulaire, en ayant soin de lui faire exécuter quelques temps de galop, demanière qu'il ne s'endorme pas let conserve toute facilité de locomotion.
C'est au bout de quinze jours seulement qu'on donne la première suée. On couvre le cheval d'une vieille couverture ; on en superpose une autre plus ample, et l'on place la selle par-dessus.
Le cheval ainsi harnaché est conduit sur le terrain, marche une demi-heure au pas pour se vider, et parcourt six kilomètres au galop. Il galope pendant quatre kilomètres à un train régulier et finit sa distance à une plus grande vitesse.
L'entraîneur s*assure que la suée a réussi et fait ramener le cheval à récurie où sa peau est raclée par le couteau de chaleur et où ses yeux et ses oreilles sont rafraîchis avec de Teau.
Pendant les premières suées, la sueur est abondante et mousseuse ; indice certain que le cheval est encore trop chargé de matières graisseuses. Plus tard, elle est limpide et claire comme de l'eau. Le cheval est séché, revêtu de ses couvertures et conduit de nouveau au dehors, afin qu'il ne se refroidisse pas par l'immobilité à Técurie.
Les suées sont données une fois par semaine, pendant cette période ; on peut se dispenser de couvrir le cheval, mais alors le temps de galop est plus prolongé et plus sévère.
Après le travail, le cheval va à Teau, puis mange vers onze heures, enfermé à clef dans son box jusqu'à l'heure du nouveau repas (vers quatre heures), après lequel il est sellé et promené une heure. On le rentre à l'écurie, on le fait boire, lui distribue de l'avoine dans la mangeoire et du foin dans le râtelier, et on le laisse se reposer à l'écurie jusqu'au lendemain matin.
Ces heures sont le plus habituellement choisies pour les repas et le travail, et sont le mieux appropriées aux habitudes et au tempérament du cheval.
Au bout de deux mois, les muscles se durcissent, la graisse fond, et le cheval est initié à ce mode de dressage. On augmente son avoine de deux litres et on lui fait subir des suées tous les dix jours, en ayant soin à la fin du parcours de le pousser à fond de train, à l'aide de l'éperon, s'il est mou.
Il faut de minutieuses précautions pour administrer sagement les suées, et les hommes d'écurie qui montent les chevaux doivent régler l'allure avec soin.
On peut alors, entamer les exercices au galop, en examinant dans quelles conditions le cheval a exécuté le travail précédent et en les proportionnant à son état de vigueur. Les galops ont pour but de consolider la puissance musculaire du cheval et de lui apprendre à tirer parti le plus avantageusement possible de ses moyens.
Pour conduire les galops, on place un cheval fait en tête qui règle le degré de vitesse de l'allure et que tous les chevaux suivent en file.
Ce cheval doit être calme, avoir bon caractère ; c'est généralement un cheval qui a couru sur les hippodromes.
Pendant la préparation finale, le cheval est muselé, afin qu'il ne mange pas toute sa litière et ne perde pas le fruit des suées et des galops anté-
rieurs, qui l'a rendu léger et dispos. Les suées, résultat de galops rapides, continuent et achèvent de faire tomber la chair superflue.
On l'exerce à de fréquents galops et on Taccoutume ainsi à s'étendre et à marcher avec franchise, et à acquérir la force de faire son parcours réglementaire, en évitant de le surmener et d'exciter son irritabilité par des exercices trop prolongés et trop sévères. Le cheval doit être maintenu en dedans de ses moyens et ne doit parcourir la distance entière que deux à trois fois par semaine, suivant sa force. Le lendemain de la suée, on travaillera au pas.
A la fin du galop, on permet aux derniers chevaux de la file d'arriver à hauteur du cheval de tête et même de le dépasser.
Il y a un moment où le cheval atteint son maximum de forme et ne peut être mis dans des conditions plus favorables pour le jour de l'épreuve. Quelques heures de travail ou quelques suées de plus pourraient compromettre les résultats acquis ; on s'en aperçoit à l'air triste et morne que prend le cheval dans son box ; il faut alors le reprendre et recommencer les exercices d'entraînement.
Avant de le mener sur l'hippodrome, on lui fait subir une épreuve en le mettant en lice avec
un cheval qui a récemment couru et est encore dans sa forme, et on juge si son état est satisfaisant, en comparant leur tenue.
La dernière semaine, cinq jours avant la course, l'entraîneur fait donner une suée, surtout si le cheval a des tendances à engraisser, et, chaque jour, il donne de bons galops, jusqu'à la veille où il se contente d'un galop modéré, pour fournir de la puissance aux voies respiratoires.
Pendant cette préparation, on distribue au che • val huit à dix kilogrammes d'avoine, du foin et des fèves, pour exciter son appétit. On supprime la paille.
L'entraîneur peut calculer avec certitude ce qu'il pourra obtenir de son cheval le jour de la course; il connaît ses moyens, son caractère, quel genre de course lui convient, et il donne au jockey ses instructions en conséquence.
L'habileté de l'entraîneur consiste à savoir le moment précis où son élève peut paraître en public et s'y comporter d'une manière honorable avec les plus grandes chances de succès.