‹ Manuel pratique de l'exploration de la poitrine chez les animaux domestiques; percussionChapitre 16 sur 45 · EXAGÉRATION DE LA SONORITÉ NORMALE · texte numérisé non relu

EXAGÉRATION DE LA SONORITÉ NORMALE

Le son perçu par la percussion peut être plus fort, plus éclatant, tout en conservant son caractère naturel de son clair ; et cette résonnance exagé7*ée peut s'étendre à toute la sur-

face de la poitrine ou être limitée à une région plus ou moins circonscrite.

Dans le premier cas, l'excès de sononté n'est pas toujours un signe de maladie. Il existe, en effet, nous le savons, des différences assez grandes dans la manière dont la poitrine résonne à rétat normal, selon les individus, et nous avons déjà dit qu'il ne fallait pas prendre ces différences individuelles pour un état pathologique. Il peut encore se faire qu'un côté de la poitrine dans toute son étendue résonne notablement plus que r autre, et l'on peut se demander, dans ce cas, lequel des deux côtés présente la résonnance normale? si elle Q^i affaiblie du côté qui résonne le moins, ou exagérée du côté qui résonne le plus? La réponse à cette question n'est pas toujours facile, et ce n'est pas la percussion seule qni peut la fournir; c'est par l'étude attentive des autres symptômes, par l'examen du flanc , par l'auscultation surtout, qu'on peut arriver à une solution exacte.

U exagération générale et pathologique de la sonorité ne se rencontre guère, en effet, que dans deux circonstances : 1** Dans t emphysème pulmonaire généralisé, et 2* dans le pneumothorax.

Or, le pneumo-tiiorax simple est extrêmement rare chez les animaux; presque toujours il y a hydro-pneumo-thorax, et alors il se dé-

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voile par d'autres signes sur lesquels nous reviendrons plus tard.

L'emphysème ffénéralUé est plus COmmun,

surtout chez le cheval ; mais, dans ce cas, l'animal est poussif outré ; le soubresaut du flanc est très-prononcé ; assez souvent même on constate une discordance manifeste entre les mouvements du flanc et ceux des côtes, quoique en général moins prononcée que dans Thydrothorax.

Enfin, par l'auscultation, on trouve que le murmure resptratowe est tres-affaibli, parfois presque aboli ^ ce qui, coïncidant avec l'exagération de la sonorité^ indique bien que Tair, qui distend le poumon, ne circule plus que difficilement dans ses vésicules privées d'élasticité.

Un son clair plus fort qu'à f étal physiologique peut se rencontrer dans quelques parties limitées du thorax. Il est alors plus facile à constater que lorsqu'il est général, parce que les points où la sonorité est restée normale font mieux ressortir ceux où elle est exagérée. Presque toujours alors le fimbre du son est modifié, et revêt plus ou moins le caractère tympanique.

Ce signe peut exister avec plusieurs maladies aiguës ou chroniques de l'appareil respiratoire, parmi lesquelles les plus fréquentes sont : l'emphysème partiel du poumon, la bronchite aiguë

OU chronique, la pneumonie, la pleurésie, la hernie du poumon.

L'emphysème pulmonaire pairtiel est très-fré-

quentehez le cheval. Il débute à peu près constamment par l'appendice antérieur et le bord inférieur de l'organe. G'estdonc dans les points correspondants que la percussion devrait donner un son plus fort que dans l'état physiologique. Mais l'appendice antérieur, entièrement caché par l'épaule, n'est pas accessible à ce mode d'exploration ; et quant au bord inférieur, il est rare que sa dilatation par l'emphysème donne lieu à une exagération de sonorité suffisante pour permettre à elle seule de reconnaître la lésion. Elle peut cependant, ens'ajoutant aux autres signes, — notamment à ceux fournis par l'auscultation et l'inspection du flanc, — contribuer à l'élucidation d'un diagnostic douteux.

Nous n'avons jamais constaté unerésonnance bien évidemment exagérée, soit partielle, soit générale, dans le cas de bronchite simple chez le cheval. Gela a lieu, au contraire, assez souvent chez le c^zew/mais, alors, le son n'est pas seulement augmenté ; il est altéré et présente les caractères du son tympanique. Nous y reviendrons.

Dans la pneumonie^ au niveau des parties res-

tées saines, dans la pleurésie^ au-dessus de l'épanchement, on trouve assez souvent, — mais non constamment, il s'en fautbien,— une sonorité plus forte qu'à l'état normal. Bien plus souvent il y a, sur les limites de la lésion une résonnance tympanique, sur laquelle nous reviendrons bientôt. Dans tous les cas, ces deux maladies s'accusent par d'autres signes plus faciles à saisir, plus constants, et par suite beaucoup plus importants sous tous les rapports ; en sorte qu'il est jusqu'à un certain point permis de négliger celui-là.

Les hernies sous-cutanées du poumon SOnt

excessivement rares. Nous avons cependant entendu raconter par H. Rodet qu'un cas de ce genre s'était présenté à l'époque où il était chef de service de clinique à l'École de Lyon. La nature de la lésion fut méconnue par le professeur Rainard, qui plongea un bistouri dans la tumeur en croyant ouvrir un abcès. Il est évident que, si l'on eût pratiqué la percussion, le son très-clair et très-superficiel qu'on aurait infailliblement obtenu, joint aux autres caractères physiques de la tumeur, aurait permis d'éviter une pareille erreur, dont la gravité n'a pas besoin d'être démontrée.

AFFAIBLISSEMENT DU SON Submatité.

De même qu'il peut être exagéré, le son peut être faible indépendamment de tout état morbide ; car, ainsi que nous l'avons dit précédemment, la poitrine peut être normalement, ou très, — ou peu sonore. — Dans ce dernier cas, le son est faible dans toute l'étendue du thorax, égal des deux côtés dans les points correspondants, qu'il faut avoir soin de percuter comparativement ; il présente, en outre, dans les diverses régions, le degré de force relative que nous avons précédemment fait connaître.

La dfminution pathologique du son de percussion peut se faire remarquer dans plusieurs maladies.

1° Dana la congestion pulmonaire^ comme,

par exemple, chez les chevaux pris de chaleur (Anhématosie, H. Bouley). Elle est aJors peu prononcée, générale, et coïncide avec une respiration vésiculaire très-faible, une respiration bronchique très-forte, une accélération extrême des mouvements respiratoires , une grande dilatation des naseaux, etc, etc.

2** Dam la pneumonie au premier degré (engouement inflammatoire du poumon). Elle est plus ou moins étendue, mais toujours partielle, limitée à la partie inférieure d'un seul ou des

deux poumons, suivant que la pneumonie est simple ou double, et coïncide assez souvent, mais non toujours, avec le râle crépitant (voyez Auscultation) ; elle s'accuse davantage à mesure que la maladie progresse et ne tarde pas à être remplacée parune mati'té complète, quand Taifection est arrivée à sa deuxième période.

3** Dons la pleurésie au début. L'obscurcissement du son est souvent peu marqué, mais le doigt qui percute éprouve déjà une résistance notable, plus prononcée que dans le cas de pneumonie due, à n'eu pas douter, à la présence d'une petite quantité de liquide dans les parties les plus déclives de la poitrine et à l'exsudation fibrineuse qui se fait à la face interne de la plèvre. Jamais on ne constate de râle crépitant, mais un simple affaiblissement du bruit vésiculaire, coïncidant avec une sensibilité exagérée des parois pectorales, à la percussion et surtout à la pression, dans les points correspondants. Ici encore, et même plus rapidement que dans la pneumonie, la submatité ne tarde pas à être remplacée par une matité complète.

4° Dans la phthUie pulmonaire au premier deg7'é, le son peut également être obscurci par la présence de granulations tuberculeuses réunies en grand nombre en un point rapproché de la surface externe du poumon ; toutefois nous devons faire remarquer qu'il est rare qu'on

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puisse s'en rapporter à ce signe pour diagnostiquer la maladie dont il s'agit à sa première période. Presque toujours, en effet, la phthisie débute par les lobules antérieurs, qui sont cachés par répaule, et dont la désorganisation peut être déjà fort avancée avant que les autres parties du poumon accessibles à la percussion ne soient envahies à leur tour. D'autre part, Skoda fait observer avec raison que des tubercules isolés peuvent exister en grand nombre, être disséminés dans toute l'étendue des poumons, sans que leur présence apporte aucun changement dans le son fourni par la percussion. Il résulte de là que le diagnostic de la phthisie pulmonaire au début doit être entouré de grandes difficultés ; qu'il peut même rester obscur pendant longtemps, et c'est en effet ce que l'expérience clinique confirme pleinement.

5® L'observation de Skoda, que nous venons de rappeler, s'applique encore plus exactement, s'il est possible, au diagnostic de la morTe qu'à celui de la phthisie. On sait combien il est fréquent de rencontrer, chez les chevaux sacrifiés pour cause de morve aiguë ou chronique, les poumons farcis d'une innombrable quantité de ces lésions pathologiques désignées sous le nom de tubercules morveux. Bien des fois nous avons percuté la poitrine de ces chevaux dans le

but de chercher si Ton ne pourrait pas, par ce moyen, reconnaître ces lésions, et jamais nous n'avons pu constater une altération de sonorité appréciable.

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