MATITÉ
G'estàTair contenu dans les cellules aériennes du poumon que la cage thoracique doit sa sonorité; d'où il suit que chaque fois que Ton constate un son mat dans un point où normalement devrait exister un son clair, on est en droit de conclure qu'il n'y a plus d'air dans toute la partie de la poitrine correspondant à la surface mate^ soit que ce fluide ait été expulsé des vésicules par une altération du tissu propre de l'organe, soit qu'un corps étranger, solide ou liquide, soit venu prendre la place du poumon lui-même, qui se trouve, par ce fait, éloigné de la paroi pectorale.
On devine, d'après ce simple énoncé, combien doivent être nombreuses et variées les conditions pathologiques qui peuvent donner lieu à ce phénomène de la maltté. Nous allons passer rapidement en revue les principales de ces conditions.
1^ Pneumonie au deuxième deg^ré. — Quand
la pneumonie est parvenue à sa période d'hépa- (isation, le poumon, au lieu d'un organe léger,
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souple et spongieux, ne forme plus, dans tous les points envahis par l'inflammation, qu'une masse solide, compacte et privée d'air. Dans toute l'étendue de la surface pectorale qui correspond à l'organe ainsi altéré, la percussion donne un son mat; et cette matité est d'autant plus prononcée, la résistance au doigt qui l'accompagne d'autant plus grande, que l'hépatisation est plus complète, le poumon plus complètement privé d'air. — En regard des parties saines, le son reprend sa clarté naturelle, sauf toutefois sur la ligne même de démarcation entre celles-ci et les parties malades, où l'on perçoit parfois une sonorité manifestement tympanique (Skoda).
Si l'on marque, sur l'animal vivant, — par des coups de ciseaux donnés aux poils, — la transition du son clair au son mat dans tous les points où on la constate, on dessine ainsi, à la surface du thorax, une ligne plus ou moins irrégulière, tantôt presque droite, tantôt sinueuse, à convexité générale supéro-postérieure, qui marque tout à la fois l'étendue et les limites de la lésion; et, en répétant chaque jour la môme opération, on pourra suivre pour ainsi dire pas à pas la marche et les progrès de la maladie, soit qu'elle s'aggrave et envahisse de nouvelles surfaces, soit qu'elle rétrograde et tende vers la résolution.
2° Pleurésie a^ee épaneliement. •'— La pleurésie est caractérisée anatomiquement par une exsudation fibrino-albumineuse, dont la partie fibrineuse se concrète et s'attache à la plèvre pour former les fausses membranes, tandis que l'autre portion, — le sérum, — se rassemble à la partie la plus déclive de la poitrine et constitue Yépanchement.
Ce dernier prend ainsi la place du poumon, qui, en vertu de son poids spécifique moindre, surnage et se trouve refoulé vers les régions supérieures, où un son clair, quelquefois plus fort qu'à l'état normal, annonce sa présence. En même temps, unso^ (rès-mat, comme celui donné par la percussion de la cuisse (son fémoral), accompagné d'une forte résistance au doigt, accuse la présence du liquide dans les parties déclives.
Mieux encore que dans la pneumonie, il est facile de tracer sur le vivant la ligne de démarcation entre le son clair et le son mat; et comme cette ligne n'est autre que la ligne de niveau du liquide épanché, il en résulte qu'elle e&iparfaitemment droite et horizontale et s'étend, d'avant en arrière, dans toute la longueur de la poitrine quand le sujet est en station naturelle, sur ses quatre pieds.
On conçoit aussi, sans qu'il soit besoin de le dire, que cette ligne de niveau sera d'autant
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plus élevée que répanchement sera plus abondant, et qu'on pourra juger, par des explorations successives, si cette ligne s'élève ou s'abaisse, et par suite, si le liquide augmente ou diminue dans la cavité pectorale.
Chez le cheval, l'épanchement pleurétique est toujours double (1), en raison de la disposition du grand médiastin, percé d'une multitude de trous, qui établissent une communication naturelle entre les deux sacs des plèvres. Il en résulte que, dans la pleurésie, chez cet animal, la matité existe toujours des deux côtés, sur une surface égale, et se termine de la même manière par une ligne horizontale, située à la même hauteur à droite et à gauche.
Chez tous les autres animaux^ le médiastin forme une cloison complète ; la pleurésie peut être simple, l'épanchement unilatéral, ou, s'il est double, s'élever inégalement à droite et à gauche. De là des variations dans les signes plessimétriques qui se comprennent d'euxmêmes, sans qu'il soit besoin de nous y arrêter.
Chez le chien, où la pleurésie est souvent unilatérale, si l'épanchement ne remplit pas en totalité le compartiment qu'il occupe, et si ce
(l) Il y a à cette règle générale quelques rares excep- I tions, dont il devrait être tenu compte dans une histoire
I complète de la pleurésie, mais qui peuvent être sans in-
convénient négligées ici.
dernier n'est pas cloisonné par de trop nombreuses fausses membranes, il est possible de faire varier la position du liquide, — et par suite la matité, — en donnant au sujet des attitudes diverses. C'est ainsi qu'on pourra percuter l'animal debout, en décubitus s ternal, latéral, dorsal ; qu'on pourra élever alternativement son train antérieur et son train postérieur; et toujours on devra trouver la matité dans les points qu'on aura rendus ainsi successivement les plus déclives, et vers lesquels on aura forcé le liquide à s'accumuler.
3° Hydrothorax. — Tout ce qui vient d'être dit|de la pleurésie peut s'appliquer exactement à l'hydrothorax non inflammatoire, qui diffère sans doute beaucoup de la première au point de vue de la pathologie, mais non à celui des signes de percussion par lesquels il s'accuse, signes que nous avons seuls à examiner ici.
4° PérlpneQmonie eontai^lciise. — Il n'est
pas de maladie qui solidifie le tissu pulmonaire d'une manière plus complète et dans une plus grande étendue que Isipéfnpneumom'e contagieuse de l'espèce bovine; aussi n'en est- il pas qui donne lieu à une matité plus grande, plus fémo^ raie, et cela, sur une surface parfois considérable. Il est cependant des cas où cette affection
se présente sous forme de noyaux pneumoniques restreints, du volume du poing ou un peu plus. Ces noyaux d'hépatisation disséminés sont alors d'autant plus difficiles à découvrir que souvent la santé de l'animal ne semble pas très-sensiblement afifectée. On parvient cependant quelquefois, en procédant à l'exploration avec beaucoup de soins et d'attention, à reconnaître une matité circonscrite à leur niveau. — D'autrefois, au milieu de la masse hépatisée, une portion du tissu pulmonaire se mortifie ; une inflammation disjonctive s'établit tout autour et la sépare des parties environnantes, au milieu desquelles elle reste comme emprisonnée dans une sorte de kyste purulent. — Ces espèces de séquestres pulmonaires ne peuvent être reconnus par la percussion , qui donne, à leur niveau, un son tout à fait mat, comme les parties voisines hépatisées, au sein desquelles ils séjournent ; — à moins que le fragment séquestré, macéré par le liquide purulent qui le baigne de toute part, ne finisse par se ramollir, et que le kyste ne vienne à s'ouvrir au dehors, auquel cas, cette terminaison, d'ailleurs rare, pourra parfois être reconnue par les signes qui annoncent la formation d'une caverne pulmonaire (v. ci-après, son tymportique, et, plus loin, râle caverneux et souffle caverneux).
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50 Piithisie tuberculeuse. — Les masses tuberculeuses qui envahissent si souvent le poumon chez le bœuf, peuvent donner lieu à un son mat^ lorsqu'elles ont un certain volume, — celui d'un œuf d'oie ou d'une orange, , au minimum, — qu'elles occupent la face costale de l'organe, et ne sont point cachées par l'épaule. Dans ces conditions, il nous est arrivé plusieurs fois de délimiter très- exactement, sur le vivant, des altérations de cette nature. On y parvient d'autant plus aisément que ces masses sont plus volumineuses et plus compactes. Alors, le son peut être aussi mat et la résistance au doigt aussi prononcée que lorsqu'on percute la cuisse. Dans les conditions opposées, la percussion est très-souvent insuffisante pour faire diagnostiquer la phthisie chez l'espèce bovine.
Nous avons déjà dit, en effet, que le poumon peut être parsemé de granulations nombreuses, — même de tubercules du volume d'une noisette et d'une noix, — sans que la sonorité de la poitrine en soit altérée ; nous ajouterons que des masses, même considérables, peuvent être méconnues, lorsqu'elles siègent, comme il arrive souvent, exclusivement dans les appendices antérieurs, recouverts par l'épaule, — ou bien, ce qui n'est pas rare non-plus, lorsqu'elles occupent les ganglions du médiastin ou la face médiastine du poumon. 11 ne faut
jamais perdre de vue ces faits d'observation, dont Texplication est trop naturelle pour qu'il soit nécessaire d'y insister, afin de ne pas demander à la percussion plus qu'elle ne peut donner.
6^ Tumeurs intrathoraclques. — Les néopla-
sies pathologiques qui peuvent se développer dans l'intérieur de la cavité pectorale, soit aux dépens de la plèvre ou des ganglions, soit dans le parenchyme du poumon lui-même, sont rares chez nos animaux domestiques. On en rencontre cependant quelquefois. Les plus communes, abstraction faite des tubercules propres à l'espèce bovine, dont il a été question cidessus, sont les mélanoses, chez le cheval, et les tumeurs sarcomateuses^ chez le chien. Quand elles sont assez volumineuses et superficielles, elles donnent lieu, comme les tubercules euxmêmes, à une matité plus ou moins prononcée et étendue. Du reste, il ne faut pas se dissimuler que leur diagnostic est loin d'être toujours facile. En effet, le son mat indique bien que, au-dessous du point où il est perçu, il n'y a pas d'air ; mais il n'indique pas autre chose. On peut donc confondre la matité dépendante d'une des productions morbides dont il est ici question avec celle qui résulterait, chez le cheval, d'une induration du poumon, consé-
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quence d'une pneumonie chronique, chez le chien, d'un épanchement pleuré tique remplissant tout un côté de la poitrine. Nous avons, pour notre compte, rencontré un exemple de ce dernier cas dans lequel nous n'avons pas évité l'erreur que nous signalons comme possible : nous avions diagnostiqué, chez un chien, une pleurésie chronique, et annoncé que le compartiment gauche de la poitrine, qui donnait partout un son absolument mat, était complètement plein de liquide. L'autopsie montra que nous nous étions trompé : la poitrine, de ce côté, était effectivement remplie, maispardes tumeurs solides, de nature sarcomateuse, qui avaient envahi le poumon dans sa totalité. C'est donc à d'autres signes, fournis par d'autres moyens d'exploration, qu'il faut demander, en pareil cas, les moyens de porter un diagnostic exact, souvent entouré de très -grandes difficultés.