RÉSONNANCE TYMPANIQUE
Nous nous sommes efforcé de caractériser aussi exactement que possible ce que nous appelons le son lympaniqiie; nous avons essayé de le différencier du son clair ou pulmonal; nous avons dit aussi, après Skoda, que cette distinction, — qui n'a pas toujours été suffi-
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samment faite parles auteurs français, — nous paraissait importante. Nous devons cependant reconnaître, comme, d'ailleurs, nous l'avons déjà fait plus haut, que cette distinction n'est pas toujours facile à faire dans la pratique. Et dans le fait, si le son pulmonal pur se distingue aisément du son franchement tt/mpaniqoe, de manière à ce que, pour personne, iln'y ait de confusion possible quand on compare ces deux types, il y a, entre les deux, une foule de nuances intermédiaires, par lesquelles on passe de l'un à l'autre par des transitions insensibles ; si bien que la ligne de démarcation qui les sépare est impossible à tracer. Toutefois, et toutes ces réserves faites, nous n'en maintenons pas moins la différence que nous avons précédemment établie, que nous considérons comme importante au point de vue pratique, ' et nous estimons que l'oreille doit s'habituer à saisir ces nuances par un exercice répété de la percussion, tant chez les animaux sains que chez les malades.
Ce n'est pas que, par lui-même, et indépendamment de tous les autres signes , le son tympanique ait une valeur diagnostique absolue. Il indique que, au-dessous du point où on le perçoit, le poumon n'est pas complètement privé d'air, mais voilà tout; il ne fait connaître ni la quantité absolue d'air encore contenu
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dans cette partie du poumon , ni la tension élastique de ce fluide ; en un mot, le mécanisme de- la production de cette espèce de bruit est encore fort obscur. Et cependant il n'est pas moins vrai que, dans beaucoup de cas, la présence ou l'absence du son tympanique peut être d'un grand secours pour le dia gnostic. C'est ce que nous allons voir en passant en revue les principales maladies dont il peut être l'un des symptômes.
1° Emphysème pulmonaire. — Suivant Delà- FOND, « la résonnance tympanique générale se fait remarquer dans l'emphysème pulmonaire, étendu aux deux poumons [Pathologie générale, 2® édition), » et l'on peut dire qu'il exprime ainsi l'opinion de la généralité des vétérinaires. Cela vient de ce qu'on a presque toujours confondu le son clair exagéré avec le son tympanique. La vérité est que, dans cette maladie, la sonorité de la poitrine est, en effet, exagérée ; que le son est plus /br^, plus éclatant que dans l'état physiologique, et cela, d'autant plus, que les lésions qui caractérisent l'emphysème (dilatation des vésicules ou extravasation de l'air dans le tissu conjonctif interlobulaire ) sont plus prononcées; mais que presque jamais, — pour ne pas dire absolument jamais, — il ne prend le caractère tympanique, du moins chez
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le cheval. C'est une remarque que nous avons eu très-souvent l'occasion de faire, et que nous donnons, sans hésitation aucune, comme l'expression exacte des faits. Au surplus, cette remarque n'est pas nouvelle : il y a longtemps que Skoda a fait, chez l'homme, la même observation : « Un poumon sain, anormalement distendu , comme dans l'emphysème vésiculaire, dit-il, donne tantôt un son tympanique, tantôt un son non tympanique. Un emphysème partiel, entouré par un parenchyme infiltré et privé d*air^ donner en général ^ un son tympanique ; mais si le poumon tout entier est- emphysémateux, il est rare que le caractère tympanique soit bien distinct. L'emphysème interlobulaire de Laennec ne donne jamais lieu au son tympanique.» Et plus loin ; « Un poumon sain, encore contenu dans le thorax et foj^emenê insufflé^ de manière à presser partout contre les parois, donne unson plein, clair, mais non tympanique, dans tous les points où il se trouve en contact avec les parois thoraciques.» Et ailleurs : «Pour que l'emphysème vésiculaire donne un son tympanique à la percussion, il faut que la portion la plus distendue du poumon soit limitée par une autre portion du poumon entièrement privée d'air... A l'exception de ces cas, l'emphysème du poumon ne donne pas lieu au son de percussion tympanique, que
la cavité thoracique soit agrandie, diminuée, ou qu'elle ait conservé son volume normal. »
Voilà donc un fait qui nous paraît désormais bien établi et mis à Tabri de toute contestation. Nous avons déjà dit ci-dessus que, coïncidemment avec cette exagération du son claù\ on observait raffaiblissement du murmure vésiculaire, et que le contraste entre ces deux signes était un excellent caractère diagnostique de cet état morbide. Nous y reviendrons, du reste, à propos de Tauscultation.
2** Pneumothorax. — Nous n'avons observé qu'une seule fois le pneumothorax^ ou mieux, VhydrO'pneumO'thorax^ chez le cheval. Le son donné par la percussion, était mat dans toutes les parties de la poitrine occupées par le liquide; il nous a paru être exagéré, mais sans avoir le caractère franchement ti/mpanique dans toute la région supérieure non occupée par l'épanchement. Nous ne nions point, cependant, qu'il ne puisse, dans quelques cas, avoir ce caractère, surtout chez le chien; mais nous ne pensons pas qu'on puisse faire de ce bruit, comme le font quelques auteurs (Delafond), un signe constant du trèsgrave accident dont il s'agit. Ici encore nous adoptons volontiers l'opinion de Skoda qui, à ce sujet, s'exprime ainsi : « Dans le pneumo-
thorax, les parois du thorax, si elles ne sont pas fortement distendues, fournissent un son tympanique ; mais si leur tension est très-considérable, la percussion donne un son presque constamment non tympanique. »
3* Pleurésie. — Ainsi, voilà deux maladies caractérisées par un excès d'air dans la cage thoracique, et qui ne s'accompagnent pas nécessairement d'une résonnance tympanique de ses parois; nous allons en voir d'autres, maintenant, où le son tympanique coïncide avec une diminution de la quantité d'oir contenue dans le poumon. Telle est, en premier lieu, la pleurésie. Cela paraîtra, sans doute, bien contraire aux idées généralement reçues ; rien n'est plus exact, pourtant, et plus conforme à la saine observation. Appuyons-nous, ici encore, sur l'autorité de Skoda qui, le premier, a mis en lumière ce fait important, et bornons-nous, en ce qui nous concerne, à affirmer que nous avons constaté, un très-grand nombre de fois, par l'observation clinique, que sous ce rapport les choses ne se passent pas autrement chez les animaux que chez l'homme.
« Rien de plus opposé, en apparence, aux lois de la physique que cette proposition : Les poumons fournissent à la percussion un son tympanique lorsquHls sont en partie privés d*air, et
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un son non tj/mpanique^ au contraii^e^ lorsque la quantité (Tatr est beaucoup augmentée. Rien n'est plus certain cependant que ce fait, et il s'appuie à la fois sur des expériences sur le cadavre et sur ce phénomène constant, que, lorsque la portion inférieure du poumon est comprimée entièrement par un épanchement pleurétique et sa portion supérieure réduite de volume^ le son donné par la percussion de la partie supérieure du thorax est tres-distinctemmt tympaniqne (Skoda). »
Nous répétons que nous avons pu très-souvent vérifier la vérité de cette proposition ; mais ce n'est pas dans toute l'étendue de la partie du thorax supérieure à l'épanchément, — c'est immédiatement au-dessus du liquide, dans une zone de quelques travers de doigts àpeine, que ce phénomène peut être perçu ; encore, devonsnous ajouter qu'il n'existe pas dans tous les cas. Quand il existe, c'est à la partie antérieure, immédiatement en arrière du long extenseur de l'avant-bras {long scapulo-olécrdni n^ Gm.), qu'on le perçoit le plus distinctement. Ajoutons qu'on chercherait en vain ce signe si, conformément à l'idée que beaucoup s'en font encore, on s'attendait à trouver un bruit très-fort, trèséclatant. C'est, au contraire, un omit assez faible, uu peu vide et sourd , comme dirait Skoda, mais, en général, avec un caractère très-
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nettement^ très-franchement tympanique, en attachant à cette expression la signification que nous nous sommes efforcé de bien spécifier (v. p. 57 et suiv.).
4° Pneumonie. — « Une portion quelconque de poumon infiltrée de sérosité, de sang ou de matière tuberculeuse, sans être entièrement privée d'air, fournit à la percussion un son tympanique plus ou moins vide et sourd, suivant la quantité d'air qui s'y trouve contenue (Skoda).» — Au niveau des parties hépatisées du poumon enflammé, « la percussion, nous l'a vons vu, donne un son mat; mais autour de la partie hépatisée, le poumon peut être, ou bien infiltré, quoique encore perméable à l'air, ou bien non infiltré, et normalement distendu, ou bien anormalement distendu et emphysémateux... Le poumon em|ùysémateux qui entoure immédiatement les portions hépatisées donne le plus ordinairement un son tympanique; les portions infiltrées, mais encore perméables à l'air, donnent souvent un son tympanique ; les parties saines donnent leur son naturel (Skoda). »
Sous le bénéfice des observations déjà faites plus haut à propos de la pleurésie, le fait avancé par Skoda est très-vrai et peut être aisément vérifié, mais non pas, à la vérité, avec la même
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facilité chez tous les animaux. Ainsi, chez le cheval^ il arrive souvent qu'on ne constate pas le son tympanique sur la limite des parties hépatisées, ce qui doit sans doute être attribué à l'épaisseur et au peu d'élasticité des parois thoraciques chez cet animal, car on sait que des parois très-rigides s'opposent à la perception de ce bruit (Skoda). Nous n'avons pas eu bien souvent l'occasion de voir la pneumonie ordinaire chez le bœuf; mais nous avons vu quelquefois la péripneumonie contagieuse^ et nous avons pu constater très-manifestement un son tympanique sur la limite de l'hépatisation, au niveau des parties déjà infiltrées, mais encore perméables. Enfin, chez le chien ^non% avons trouvé cette modification de la sonorité à peu près dans tous les cas de pneumonie où nous l'avons cherchée. C'est même, chez cette espèce et dans cette maladie, un très-bon caractère pour établir le diagnostic dans certains cas douteux. Il arrive, en effet, encore assez souvent, surtout dans la pneumonie qui accompagne ou complique la maladie du jeune âge, que l'inflammation pulmonaire ne se traduit ni par une matité prononcée, ni par un souffle bien caractérisé, — ce qui nous a paru tenir à ce que, dans ces cas, les poumons sont plutôt splénisés que véritablement hépatisés, et qu'un certain'nombre de vésicules malades renferment
no EXPLORATION DE LA POITRINE.
encore un peu d'ai . — Dans ces cas qui, nous le répétons, ne sont pas rares, la présence d'un son bien franchement tympanique, s'alliant aux autres signes rationnels de la pneumonie, permettra presque toujours d'affirmer l'existence de cette maladie.
5^ CaTernes pulmonairefl. *— Des cavemes
considérables et superficielles peuvent également donner lieu à un son tympanique plus ou moins bien caractérisé, lorsqu'elles ne contiennent que de l'air ou de l'air et peu de liquide. Il faut savoir qu'il en peut être ainsi ; mais des cavernes de ce genre communiquent nécessairement avec les bronches; dès lors, elles ont d'autres signes plus faciles à constater et d'une valeur diagnostique plus grande. Sans donc négliger celui que la percussion peut fournir, il est permis de lui assigner un rang secondaire. Aussi ne nous y arrêterons-nous pas davantage.
Nous nous sommes suffisamment expliqué (p. 61 et 63) sur la signification et la valeur diagnostique du BRUIT DE POT FÊLÉ et du FRÉMISSE- MENT HYDATiQUE pour que nous n'ayons pas besoin d'y revenir ici.
Si nous écrivions pour des médecins, nous devrions indiquer ici tous les travaux qui ont paru sur la percussion depuis 1761, ou, au moins, tous ceux qui ont une réelle importance; nous adressant surtout aux vétérinaires, il nous a paru que nous pouvions, sans grand inconvénient, nous borner à mentionner, parmi les nombreux écrits des médecins sur ce sujet, ceux que nous avons spécialement consultés, dont nous invoquons l'autorité ou dont nous citons les opinions. Au point de vue vétérinaire, au contraire , nous nous sommes attaché à donner une bibliographie de la percussion aussi complète que nos ressources nous ont permis de la faire.
Andrral. Notes ajoutées à la 4* édition du Traité d'auscultation de Laenneg.
Aran. Notes ajoutées à la traduction du Traité de percussion et d auscultation de Skoda ; voyez ci-après.
Av£NBRL'GGBR. Inveutum novum ex percussione tboracis humani, ut signo obstrusos interni pectoris morbos detegendi; édition de V Encyclopédie des sciences médi" cales j septième division. Paris, 1838.
Barth et H. Roger. Traité pratique d'auscultation^ suivi d'un Précis df per^^ussion ; 8« édition. Paris, 1874.
Béhier et Hardï. Traité élémentaire de pathologie in-
terne, t. I {Pathologie générale et séméiologie)^ 2« édition, 1858.
BoDCHUT. Nouveaux éléments de pathologie générale, de
séméiologie et de diagnostic, 3' édition, 1875. H. BouLEY. Clinique de l'école d' Al fort, 1814-1845, Pneu-
morde, résumé des observations, in Becueil de médecine
vétérinaire, année 1846, p. 19 et suiv.
— — Sur la péripneumonie du gros bétail ; in Gazette
hebdomadaire de méd. et de chir,, t, I, année 1853-
1854, p. 474, 523 et 543.
Art. Emphysème, in Nouveau Dictionnaire de médecine,
de chirurgie et d^iygiène vétérinaires, par MM. Boulet
et Reïnal, t. V. Chomel. Art. Percussion du Dictionnaire de médecine en
30 vol. T. xxin.
^'^Éléments de pathologie ,9^«^ra/e,4* édition. Paris, 1856. CoRviSART. Nouvelle méthode pour reconnaître les mala-
dies internes de la poitrine par la percussion de cette
cavité, par Avenbrugger, ouvrage traduit du latin et
commenté par Gorvisart, édition de VEncyclopédie médicale^ 1838.
Delafond. De l'exploration des organes de la respiration
des animaux domestiques^ in Recueil de méd, vét,, 1839,
p. 634, 683 et 1830, p. 185.
Observations pratiques sur le diagnostic des maladies
du poumon et des plèvres par l'exploration immédiate
de la poitrine des animaux domestiques, in Recueil de
méd. vét., 1830, p. 485, 533, 627.
Recherches sur le diagnostic des maladies des plèvres,
in Recueil de méd. vét., 1831, p. 65, 349, 405. Mémoires sur l'emphysème pulmonaire des chevaux
(pousse), in Recueil de méd. t;^^,1832,p.233,299,345,401. ^ — Instruction sur la pleura- pneumonie contagieuse des
bétes bovines du pays de Bray, in Recueil de méd. vét,^
Delafond. Traité de pathologie générale vétérinaire^ U* édition. Paris, 1838; 2« édition, 1855.
Traité de la maladie de poitrine du gros bétail ^
1 vol. in-8«. Paris, 1844. Gleisberg. Considérations sur fanalomie pathologique et
le diagnostic des maladies de poitrine chez les animaux,
in Magazin fur die Gezammte Thierheilkiinde, 1854,
Qi Recueil de méd» vét,, 1854, p. 794 (analyse). Greaves. Considérations sur thydrothorax, in The Vête-
rinarian^ 1862, et Annales de méd, vét. de Bruxelles,
1862, p. 611 (analyse).
UcjRTREL d'ârboval. Diciionnoire de méd, chirurg, et hyg*
vét., 2« édition, 1838, t. IV, art. Percussion. Laenneg. Traité de Vauscultation méàUde, l" édition, 1819;
2« édition, 2 vol. in-8». Paris, 1826; 4* édition, 1833. Lafosse. Traité de pathologie vétérinaire, 3 vol. în-8*.
Toulouse, 1858-1868, t. I^p. 185, t. III, 488. Diagnostic des maladies abdominales, in Journal des
vétérinaires du Midi, 1852, p. 41.
De ^exploration de la cavité abdominale , 2« partie.
Percussion, in Journal des vét, du Midi, tSSB, p. 29,
Leblanc (D.). De Cexploration des organes de la respiration
des principaux animaux domestiques, in Journal prati'
que de méf, vét,, 1829, p. 469.
— ~ Résumé de quelques recherches relatives à Vélude des
maladies du cœur des principaux animaux domestiques,
1 vol. Paris, 1840.
Mailliot. Traité pratique de percussion, 1 vol., in-12, 184*^. De la percussion sur Vhomme sain, procédé opératoire, brochure in-8", 1855.
Massot. Observation sur un hydrothorax du côté droit de
la poitrine d'un cheval guéri par la ponction, in Journal
prat. de méd, vét., 1826, p. 299.
PiORRY. De la percussion médiate et des signes obtenus par
■itloB. — D'une manière générale, Vous- )rt, — du verbe latin auscullare, qui veut 'ouler, — peut èlre définie : l'exploration ganes par le moyen de l'audition. Elle tre mise eu usage sur toutes les parties ■ps, et permet de recueillir partout des importants pour le diagnostic. C'est u'elle peut faire reconnaître un obstacle el s'opposant à l'introduction de l'air is voies supérieures de la respiration, le l'une pierre dans la vessie, quand le ir vient frapper sur elle, la crépitation Laines fractures, etc., etc. Mais c'est t quand on l'applique avec méthode à ration des organes respiratoires contens la poitrine, que iréciablcs services ; e que nous aurons [
H6 EXPLORATION DE L\ POITRIiNE.
vue, et nous définirons V auscultation thoracique un mode d'exploration qui consiste à appliquer Toreille sur les parois pectorales afin de percevoir les bruits qui se produisent dans les organes de la respiration et de juger, d'après la nature de ces bruits, de Tintégrité de ces organes et des altérations morbides qu'ils peuvent avoir éprouvées.
Pour procéder à cette exploration, TorejUe peut s'appliquer directement, sans intermédiaire, sur les parois thoraciques ; on peut aussi interposer entre celles-ci et l'organe de l'audition un corps bon conducteur du son, par l'intermédiaire duquel les bruits respiratoires sont perçus. De là deux sortes d'auscultation : Y auscultation immédiate et V auscultation médiate ^ qui ont chacune leurs avantages et leurs inconvénients, leurs partisans et leurs adversaires, ainsi que nous le dirons bientôt.
Historique. — Ce mode d'investigation paraît aujourd'hui si naturel, qu'on serait presque tenté de croire qu'il doit être aussi ancien que la médecine, et cela d'autant mieux qu'HippocRATE lui-môme semble en avoir eu l'idée. Et cependant, la vérité est qu'il a fallu arriver jusqu'au commencement de ce siècle pour qu'on s'en avisât. C'est à un médecin français, — à Laennec, — que revient la gloire de
AUSCULTATION. \il
celte découverte, — la plus belle, sans contredit, la plus originale, la plus féconde en résultats, de toutes celles qui ont illustré la médecine contemporaine, et qui assigne à son auteur un rang élevé parmi les hommes de génie qui ont servi et honoré Thumanité. Voici comment Laennec lui-même rend compte des circonstances qui ramenèrent à faire cette importante découverte :
« Je fus consulté, en 1816, pour une jeune personne qui présentait des symptômes généraux de maladie du cœur, et chez laquelle l'application de la main et la percussion donnaient peu de résultats à raison de l'embonpoint Je vins à me rappeler un phénomène
d'acoustique fort connu : si Ton applique Toreille à l'extrémité d'une poutre, on entend très - distinctement un coup d'épingle donné à l'autre bout. J'imaginai que l'on pourrait peut-être tirer parti, dans le cas dont il s'agissait, de cette propriété des corps. Je pris un cahier de papier, j'en formai un rouleau fortement serré dont j'appliquai une extrémité sur la région précordiale, et, posant l'oreille à l'autre bout, je fus aussi surpris que satisfait d'entendre les battements du cœur d'une manière beaucoup plus nette et plus distincte que je ne l'avais jamais fait par l'application immédiate de l'oreille. Je présumai dès lors que ce
moyen pourrait devenir une méthode utile, et applicable, non-seulement à Tétude des battements du cœur, mais encore à celle de tous les mouvements qui peuvent produire du bruit dans la cavité de la poitrine, et par conséquent à l'exploration de la respiration, de la voix, dci râle, et peut-être même de la fluctuation d'un liquide épanché dans les plèvres ou le péricarde {JjAEm^c ^Traité de V auscultation médiate),»
L'auscultation était trouvée ; car, dès ce moment, Laennec se mettait en devoir de réaliser son idée, et commençait à recueillir cette masse de faits nouveaux qui lui permettaient de publier, trois ans plus tard, son immortel Traité de l auscultation médiate^ monument impérissable, élevé par un homme de génie à la gloire de la médecine !
Et non-seulement Laennéc ouvrait ainsi une voie nouvelle et féconde ; mais, cette voie, il la parcourait lui-même tout entière, avec un si rare bonheur, une si étonnante sagacité, qu'il ne laissait presque rien à faire à ceux qui venaient après lui ; qu'on ne devrait trouver presque rien à ajouter, presque rien à retrancher à l'œuvre sortie complète, achevée, des mains de son auteur. Si bien que, suivant l'expression très-juste de MM. Barth et Roger, « ce qu'il faut admirer autant que la découverte elle-même, c'est la perfection à laquelle son auteur l'a portée ; ce
sont les ressources qu'il a su en tirer, moissonnant à pleines mains dans ce champ nouveau d'observation, et laissant à peine de quoi glaner à ses successeurs;... c'est la révolution qu'il a opérée dans le diagnostic des maladies de poitrine; c'est l'impulsion qu'il a donnée à la science à l'aide de ce puissant levier. — Malgré les travaux accumulés par les observateurs de tous les âges, malgré les efforts d'AvENBRUGGER, le diagnostic des affections thoraciques, si communes qu'elles enlèvent plus d'un tiers des générations humaines, restait rempli d'incertitude et d'obscurité ; et voilà qu'une éclatante lumière remplace ces ténèbres, et que Laennec, son livre à la main, répond par un cri de triomphe à cette exclamation douloureuse de Ba- GLivi : quantum difficile est curare morbos pulmonuml quanta difficiliùs eosdem cognoscere/ » (Barth et Roger, Auscultation.)
Il est rare que les innovations les plus utiles ne se heurtent pas, dans leurs commencements, à l'indifférence des uns, à la défiance des autres, ou même à une opposition systématique, dont ne savent pas toujours se défendre même les meilleurs esprits. Cette fois, disons-le à l'honneur de la médecine moderne, il n'en fut point ainsi. Dès son début, l'auscultation fut accueillie, on peut dire par l'universalité des médecins de tous les pays, avec
autant d'empressement que d'admiration, et Ton vit immédiatement une foule de travailleurs s'appliquer à l'étude de ce nouveau moyen d'investigation, dans le but d'en contrôler les résultats, d'en étendre les applications, d'en modifier les procédés, etc., etc. ; et si, comme nous l'avons dit, jbantde recherches, poursuivies avec ardeur pendant près-de trois quarts de siècle, n'ont rien changé d'essentiel à l'œuvre du maître, elles n'ont cependant pas été stériles. Non-seulement tous ces travaux ont contribué à répandre, à vulgariser la pratique de l'auscultation, mais ils ont fait connaître quelques signes nouveaux qui avaient échappé à Laennec ; ils ont précisé d'une manière plus exacte la valeur de quelques autres, et cette partie de la science, comme les autres, a réalisé, dans ces soixante dernières années, des progrès qui, en somme, ne sont pas sans importance. Il nous serait difficile, sinon impossible, de signaler ici tous ceux qui ont pris part à ce mouvement, tant en France qu'à l'étranger; qu'il nous suffise de citer les noms de Andral, Chomel, Louis, Dance, Bouillaud, Reynaud, FouRNET, Stakes, Skoda, Aran, Beau, Bartd, Roger, etc., etc., afin de donner une idée de l'ardeur avec laquelle cette nouvelle branche de la science médicale a été cultivée et du nombre de travaux qu'elle a suscités.
La médecine vétérinaire ne pouvait pas rester étrangère à ce progrès. Les maladies de l'appareil respiratoire ne sont, en effet, ni moins fréquentes, ni moins graves chez nos animaux que chez l'homme, et leur diagnostic, en Tabsence des signes subjectifs que no peuvent nous fournir nos malades, était peutêtre encore plus difficile — nous allions dire plus impossible, — chez eux que daus l'espèce humaine. — C'est encore à U. Leblanc et 0. Delafond que revient le mérite d'avoir importé chez nous V auscultation^ qui ne tarda pas à prendre, aussi bien dans la pratique que dans l'enseignement vétérinaire, la grande place à laquelle elle a droit. C'est ce dont témoignent surabondamment les écri ts qui ont été publiés depuis cinquante ans sur les maladies de poitrine, notamment par MM. H. Bouley, La- ,FOSSE, Verheyen et tant d'autres que nous aurons l'occasion de citer chemin faisant. Mais, entre tous ceux qui ont contribué à répandre parmi nous la découverte de Laennec, DelafoNd, — il n'est que juste de le reconnaître et de le proclamer, — mérite d'être placé au premier rang. Non-seulement il fut des premiers à appeler sur ce précieux moyen de diagnostic l'attention des vétérinaires ; mais on peut dire sans exagération que la meilleure part de sa longue et laborieuse carrière scien-
tifique a été consacrée à l'étude de ce moyen ; que nul n'a fait autant que lui , — soit par son enseignement, soit par ses publications aussi nombreuses qu'importantes, — dont on trouvera la liste à l'article Bibliographie ^ — pour en démontrer l'utilité, en propager, en vulgariser les applications, et finalement, faire entrer l'auscultation dans les habitudes de tous les praticiens.
Importanee de l'ausenltation. — Il Serait
aujourd'hui pour le moins superflu de chercher à démontrer longuement l'utilité de l'auscultation. Le temps n'est plus où l'on aurait pu avancer, sans s'exposer au reproche d'ignorance, qtie cette méthode, excellente pour l'homme, ne peut donner, chez nos animaux, que des résultats incertains ou trompeurs.
L'expérience a fait justice de ces assertions singulières, qui ne trouvaient leur excuse que dans une connaissance insuffisante de la méthode que l'on Qroyait juger ainsi ; il est prouvé que l'auscultation donne, chez les animaux, des renseignements de même ordre, ayant la même signification et la même valeur que chez Thomme, et qu'ils peuvent être utilisés avec la même confiance par le vétérinaire qui en a fait une étude suffisante. .— Bornons-nous à ajouter que, grâce à l'auscultation, — et à elle
AUSCULTATION. i23
seule, — il est devenu possible de discerner si les troubles respiratoires sont le résultat d'une altération matérielle des organes chargés de cette fonction ou le retentissement sympathique de la souffrance d'un organe éloigné ; qu'elle nous a débarrassés à tout jamais de ces expressions vagues de courbature^ morfondure, toux, et autres semblables, léguées par la vieille hippiatrique à la médecine vétérinaire, et qui attestaient l'impossibilité absolue où Ton était alors d'arriver à un diagnostic local; qu'elle nous a permis de distinguer, dans l'immense majorité des cas, la nature, le siège précis, l'étendue des lésions si nombreuses et si variées des organes intra-thoraciques ; de suivre, comme si on les avait sous les yeux, la marche et les progrès de ces lésions vers la guérison ou vers la mort ; de reconnaître les complications qui peuvent survenir pendant le cours de la maladie principale ; de découvrir enfin certaines de ces lésions^ alors même qu'elles ne se traduisent encore par aucun trouble fonctionnel appréciable. En un mot, l'auscultation a donné « des signes nouveaux, sûrs, faciles à saisir pour la plupart, et propres à rendre le diagnostic de presque toutes les maladies des poumons et des plèvres plus certain et plus circonstancié peut-être que les diagnostics chirurgicaux établis à l'aide de la sonde ou de
rintroductioïi dû doigt (Laennec). » Il est vrai que, pour arriver à tirer un semblable parti de la méthode, il faut la bien connaître; il faut, comme on Ta dit si justement, faire l'éducation de son oreille, et cette éducation ne se fait pas en un jour ; mais son utilité est assez grande pour qu'on s'y applique avec quelque attention. On a dit quelquefois que la stéthoscopie, tout en éclairant le diagnostic, n'avait pas eu une influence bien grande sur la médecine pratique ; on lui a même reproché d'être plus nuisible qu'utile, « en paralysant l'activité du médecin, qui, après avoir constaté les altérations organiques, se croise les bras et contemple la marche d'une maladie qu'il sait d'avance devoir être inévitablement fatale!.. » Nous déclarons n'avoir jamais pu comprendre comment un tel reproche avait pu être formulé par des esprits réfléchis. Quand cette précision plus grande donnée au diagnostic n'aurait eu pour résultat que de fournir une base plus sûre au pronostic, — et l'aveu en est implicitement contenu dans le reproche, — ne serait-ce donc rien, pour nous surtout vétérinaires? N'est-ce rien que d'épargner au propriétaire d'un animal malade des frais de traitement que l'on sait devoir être inutiles? Mais il n'est pas vrai de dire que la thérapeutique n'a retiré aucun bénéfice de la connaissance plus exacte des
AUSCULTATION. . li'o
maladies que nous avons à traiter. Assurément, les affections de la poitrine n*ont pas perdu entièrement cette gravité si grande qui arrachait à Baglivi, il y a près de deux siècles, la douloureuse exclamation que nous avons rapportée plus haut; mais les faits de la pratique journalière sont là pour attester, de la manière la plus irrécusable, que les bronchites, les pneumonies, les pleurésies ellesmêmes sont traitées avec plus de succès depuis que, mieux connues, elles ne sont plus confondues entre elles, comme elles Tétaient autrefois.
Toutefois, nous ne voulons rien exagérer, et, bien loin d'exalter l'auscultation aux dépens des autres modes d'exploration clinique, nous devons, au contraire, prémunir les débutants contre les entraînements irréfléchis qui pourraient faire accorder à ce mode d'exploration une préférence absolue et exclusive. « La stéthoscopie, disent MM. Barth et Roger, fait défaut dans bien des cas, soit que la disposition des lésions matérielles s'oppose à la production ou à la perception du phénomène physique, soit que leur état complexe se traduise par des bruits multiples, soit que les divers râles ne se présentent point avec des caractères assez distincts. L'auscultation a besoin alors du secours et du contrôle des autres méthodes. Tous les
sens, aidés et rectifiés par le raisonnement» doivent concourir à la solution de ce problème sr difficile qu'on appelle la maladie; sans ce concours indispensable des sensations et de l'intelligence, le diagnostic ne repose que sur des bases incertaines. Aussi l'auscultation n'est-elle pas responsable des erreurs de ceux qui lui accordent une confiance trop exclusive, ou de ceux qui font un mauvais usage de ses données. » — Nous n'ajouterons rien à cette appréciation, écrite par deux des meilleurs esprits médicaux de notre époque, sinon qu'elle traduit notre pensée beaucoup mieux que nous n'aurions su le faire nous-môme.