‹ Manuel pratique de l'exploration de la poitrine chez les animaux domestiques; percussionChapitre 21 sur 45 · DE QUELQUES BRUITS ACCIDENTELS NON PATHOLOGIQUES · texte numérisé non relu

DE QUELQUES BRUITS ACCIDENTELS NON PATHOLOGIQUES

Nous devons encore, avant d'aborder cette étude, signaler à l'attention des débutants quelques bruits accidentels, qui ne se passent point dans l'appareil respiratoire, qui ne sauraient être par conséquent considérés à aucun titre comme l'indice d'une lésion quelconque de cet appareil, mais qui doivent être bien connus, afin, précisément, de ne pas leur attribuer une signification qui pourrait être cause d'erreurs de diagnostic regrettables. — Ce sont: le bruîû rotatoire, la crépitation du tissu conjonctify le bf*uit gui accompagne la déglutition, les borborygmesj et, chez les ruminants, la crépitation du 7'umen,

Brait rotatoire. — MM. Barth et RoGER décrivent ainsi qu'il suit le bruit dont il s'agit : « Parfois, en mettant l'oreille sur la poitrine à

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nu, on entend un bruit assez semblable au rou* lement lointain d'une voiture pesante et que Ton pourrait prendre un instant pour celui de la respiration ; mais ce bruit, que l'on attribue à la contraction fibrillaire des muscles thoraciques, et que l'on appelle rotaloire^ se reconnaît ordinairement à un caractère de permanence que n'a point le bruit vésiculaire. » — Quelle que soit sa nature, la cause de ce phénomène n'est pas encore parfaitement connue et sa théorie nous semble difficile à donner; mais on en aura une idée très-exacte en appliquant la paume de sa main sur l'oreille, de manière à recouvrir en entier le conduit auditif. On parvient assez facilement, avec un peu d'habitude, à faire abstraction de ce bruit, à l'éliminer pour ainsi dire, de manière à ne plus l'entendre quand on pratique l'auscultation. Il est cependant parfois assez fort et assez persistant, — surtout dans certains cas où la respiration est difficile, comme lorsqu'il y a un épanchement considérable dans la poitrine, — pour devenir gênant. Il importe de ne pas le confondre avec le murmure respiratoire, et l'on y parviendra, comme le disent MM. Barth et Roger, en constatant qu'il est permanent, qu'il ne se lie point aux mouvements alternatifs d'ampliation et de resserrement de la cage thoracique.

ne EXPLORATION DE LA POITRINE.

2^ Crépitation da tissu conjonctif. — Au

moment même où Ton applique son oreille sur la poitrine, on perçoit parfois, — surtout chez le bœuf, quelquefois aussi, mais plus rarement chez le cheval, — une crépitation sèche, plus ou moins abondante, tout à fait semblable au bruit que Ton produit quand on presse légèrement avec la main sur une partie emphysémateuse, et qui ne se fait plus entendre dès que la tête, exactement collée aux parois thoraciques, en suit tous les mouvements sans se déplacer, et en exerçant une pression toujours égale. Ce bruit, qui pourrait être confondu avec le râle crépitant, auquel il ressemble beaucoup, doit en être soigneusement distingué, à cause de l'erreur de diagnostic à laquelle cette confusion pourrait conduire. 11 est dû au froissement du tissu conjonctif, — toujours abondant et souvent un peu sec dans Tespèce bovine, — au moment où la tête s'applique sur la poitrine. On le distinguera aisément du 7'âle crépitant pulmonaire en remarquant qu'il ne se produit qu'au début de l'exploration ou lorsque la tête se déplace ou exécute quelques mouvements ; qu'il est indépendant de la respiration, et ne s'entend plus dès que la tête suit bien les mouvements des côtes, en pressant toujours également.

S"" Brait de défflutition. — « Ce bruit, dit

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Delafond, consiste en un son clair, un peu argentin, comparable à celui d'un liquide qu'on laisserait tomber par jets dans un grand vase métallique muni d'un goulot, » Il se fait trèsbien entendre, mais avec un caractère plus bruyant, quand on ausculte les animaux pendant qu'ils boivent. Il peut aussi se produire quand ceux-ci déglutissent tout simplement la salive qui, à certains moments, remplit leur bouche. On reconnaîtra qu'il s'agit d'un bruit purement accidentel, d'abord à sa grande inconstance, ensuite à cç qu'il n'a absolument aucune relation avec les mouvements de la respiration.

4° Borbory^rmes. — Il arrive très-souvent, quand on ausculte la poitrine, que l'on entend des bruits très-forts, des espèces de gargouillements, dont le timbre, souvent métallique, et la tonalité, tantôt grave, tantôt aiguë, varient beaucoup ; qui tantôt semblent se rapprocher, tantôt s'éloigner de l'oreille, et se succèdent do manière à imiter assez bien, dans certains cas, le roulement du tonnerre. Ces bruits n'ont évidemment aucun rapport avec ceux de la respiration ; ils se passent très-manifestement dans les intestins, bien qu'ils semblent parfois se produire tout à fait sous l'oreille. Ils sont dus au déplacement de gaz plus ou moins abondants à travers une masse liquide ; en

un mot, ce sont des borborygmes. Ils ne peuvent jamais, à moins d'une inattention peu excusable, être pris pour des bruits pathologiques de la respiration; mais ils peuvent être assez nombreux, assez bruyants et assez persistants pour masquer tout à fait, pendant un certain ti^mps, les bruits respiratoires, et devenir trèsgênants pour l'observateur. Il n'y a qu'une chose à faire en pareil cas : attendre et saisir un moment plus favorable pour ausculter l'animal. — Ajoutons que, dans un cas, dont l'observation très-remarquable a été publiée dans le Recueil de méd. vét, (année 1850, p. 318) ou ces bruits intestinaux étaient manifestement localisés dam la poitrine i M. H. Bouley a pu, d'après ce caractère, diagnostiquer sur le vivant une hernie diaphragmatique, dont l'autopsie a confirmé l'existence.

5° Crépitation dn ramen. — Chez le bœuf,

lorsqu'on applique l'oreille dans la région des hypochondres, et même plus haut, en arrière de la douzième côte, surtout du côté gauche, on peut entendre, suivant Delafond, « une forte crépitation, dont l'existence et la force ne coïncident ni avec l'élévation et l'abaissement des côtes, ni avec la manifestation du murmure respiratoire dans les autres points de la poitrine. Ce bruit est particulièrement perçu lorsque l'animal a fait son repas, et notamment

lorsqu'il a mangé ^des fourrages verts. Sa production est due, à n'en pas douter, à un dégagement gazeux qui s'opère dans les alimenta renfermés dans le rumen; car sa manifestation correspond précisément aux régions où la percussion donne de la matité, et où le murmure respiratoire ne se fait pas entendre. »

Nous n'avons jamais eu l'occasion de con* stater cette crépitation particulière du rumen ; elle est cependant importante à connaître, car Delafond assure « avoir vu plusieurs vétérinaires qui, après avoir ausculté ce bruit le long des hypochondres, avaient diagnostiqué l'existence de la péripneumonie contagieuse, par cela même qu'ils avaient confondu cette crépitation des aliments avec le râle crépitant humide, tandis que les animaux étaient en bonne santé. » On évitera facilement cette erreur si on se rappelle que la péripneumonie contagieuse du bœuf, comme la pneumonie ordinaire du cheval, envahit le poumon graduellement, en progressant d'avant en arrière, et qu'elle aurait déterminé des lésions considérables et facilement reconnaissables dans les parties antérieures, avant d'atteindre les points où se perçoit cette crépitation spéciale ; et aussi par cette autre considération décisive que, dans les points où elle est perçue, chez le bœuf, il n*y a point de poumon.

Delafond signale encore , comme se passant dans les mêmes régions, un autre bruit « comparable au frottement de la lime ou de la scie, ou mieux de deux planchettes rugueuses pressées et frottées Tune contre Tautre. » Il ajoute que « ce frottement est passager et ne coïncide nullement avec le murmure respiratoire qui se développe pendant l'inspiration et l'expiration. On Tentend particulièrement lorsque ranimai rumine. Il se manifeste cependant aussi dans les intervalles de la rumination, mais alors il est beaucoup plus rare. » L'auteur que nous citons « pense devoir attribuer ce frottement aux contractions qu'exécute le rumen pour déplacer les matières alimentaires qu'il renferme. » Du reste, comme il « ne se produit point régulièrement en même temps que l'inspiration et l'expiration, » ce bruit ne saurait « être confondu, ni avec le frottement bronchique y ni avec le frottement pleural, »

Lorsque les commençants se seront bien pénétrés, par l'auscultation suffisamment répétée des sujets sains, des considérations que nous venons de développer relativement aux phénomènes physiologiques de la respiration normale, ils pourront aborder avec fruit l'étude pathologique de l'auscultation.

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