‹ Manuel pratique de l'exploration de la poitrine chez les animaux domestiques; percussionChapitre 26 sur 45 · ABOLITION DU MURMURE RESPIRATOIRE · texte numérisé non relu

ABOLITION DU MURMURE RESPIRATOIRE

Sikottïmib: absence du bruit respiratoire; — silence; — respira»

tion nulle ou silencieuse*

Dans certaines maladies, le murmure vésiculaire peut être complètement aboli dans une étendue plus ou moins grande d'un seul ou des deux poumons. Parfois il est remplacé dans ces points par des bruits anormaux, râles ou souffles, dont nous ferons connaître plus loin les caractères et la signification; d'autres fois rien ne le remplace : le silence est complet, absolu. Nous ne nous occuperons dans cet article que de ce dernier cas.

Sigrniflcation. — L'absence du bruit vésiculaire indique toujours que, dans le point où ce signe est constaté, le poumon ne respire plus. Il résulte de là que cette absence ne peut jamais être générale; car l'abolition totale de la respiration, c'est l'asphyxie, c'est-à-dire la mort.

Quant à l'abolition partielle, elle peut être le résultat de causes diverses : de Tobstruction d'une bronche d'un certain calibre, qui ne permet plus à l'air d'arriver jusqu'aux cellules pulmonaires ; — de l'oblitération de celles-ci par des produits morbides, ayant envahi le parenchyme ; — de la présence dans les plèvres d'autres produits morbides, — gaz, liquides, tumeurs solides, — qui prennent la place du poumon, le refoulent loin des parois costales, le compriment et empêchent ses fonctions.

Nombreuses et variées sont donc lés maladies qui peuvent avoir ce résultat. Parmi les plus ordinaires et les plus importantes à connaître, nous citerons : la pleurésie avec épanchement, la pneumonie lobaire à la période d'hépatisation, la phthisie pulmonaire, lé pneumo-thorax, certains cas de bronchite, les corps étrangers dans les bronches, certaines tumeurs de la plèvre.

1*^ La pleurésie aTee épaDchement est sans

aucun doute la maladie dans laquelle la respiration silencieuse s'observe le plus souvent et de la manière la plus complète ; et cela est facile à comprendre : en même temps que le liquide épanché se rassemble dans les parties inférieures de la poitrine, il refoule vers le haut le poumon, qui surnage en vertu de sa légèreté spécifique; l'absence de poumon dans les par-

ties déclives explique le silence de la respiration, laquelle reparaît au-dessus du niveau du liquide avec les caractères de la respiration supplémentaire. — Chez le cheval, où les deux plèvres communiquent par les ouvertures dont est criblé le grand médiastin, le murmure vésiculaire disparaît en môme temps, et jusqu'à la même hauteur, des deux côtés de la poitrine.

Chez tous les animaux^ la région silencieuse est séparée par une ligne horizontale de celle où la respiration continue à se faire entendre et cette dernière région se resserre peu à peu, à mesure que Tépanchement fait des progrès et vice versa. Chez les petits animaux^ il est possible, au début, en variant les attitudes qu'on leur donne, de faire varier les points où ne se fait plus entendre le bruit vésiculaire. Chez tous, enfin, la percussion donne un son absolument mat dans toute l'étendue de la région silencieuse. — Ajoutons que parfois on entend, au niveau supérieur de l'épanchement, un souffle plus ou moins pur, sur lequel nous reviendrons plus loin, mais que, dans la plupart des cas, ce souffle manque, et le silence est complet, absolu.

2° Dans la pneamonie aTec hépatUation, les

alvéoles pulmonaires, remplis par une exsudation fibrineuse qui ne tarde pas à se solidifier, sont devenus imperméables à l'air, et la respi-

ration est nulle au niveau des points hépatisés. Ordinairement, à ce niveau, on observe un beau souffle tubaire ; mais il n'est cependant pas très-rare, dans la pneumonie du cheval, que ce souffle fasse défaut ou ne se montre que dans les grandes respirations. La même remarque a été faite chezrhomme, et « le plus ordinairement, alors, on a trouvé à l'autopsie l'altération anatomique désignée sous le nom de splénisation, c'est-à-dire un état de mollesse et de flaccidité qui fait ressembler le tissu pulmonaire à celui de la rate » (Barth et Roger). Nos observations personnelles, en ce qui regarde le cheval, s'accordent complètement avec celles des deux médecins précités.

3° Dans la phtiiUie pulmonaire, le développement des granulations tuberculeuses met nécessairement hors de service un grand nombre de vésicules et doit sans doute modifier la nature des bruits respiratoires ; toutefois, nos observations, en ce qui concerne l'espèce bovine, s'accordent pleinement avec cette assertion de Skoda, que « des tubercules isolés, quelque abondants qu'ils puissent être, ne s'opposent pas. nécessairement à la production du bruit vésiculaire. » Mais on conçoit que, lorsqu'il existe de grosses masses tuberculeuses crues ou crétacées, — et l'on en trouve encore assez souvent chez les vieilles vaches phthisiques, dont les

dimensions atteignent celles d'un pain de deux livres, — la respiration doit nécessairement être nulle, à leur niveau, et c'est en effet ce que nous avons constaté.

4^ Dans certaines bronchites eatarrhales, OÙ

la sécrétion muqueuse est à la fois très-abondante et très-tenace, et l'expectoration difficile, il peut se faire que les produits de sécrétion s'accumulent dans une bronche d'un assez gros calibre, au point de la boucher complètement, et d'intercepter l'accès de l'air dans toutes les vésicules qui . sont sous la dépendance de la bronche obstruée. De là l'abolition du murmure respiratoire dans le territoire pulmonaire ►rrespondant. Mais cette abolition n'est que momentanée ; une quinte de toux, en expulsant les mucosités, désobstrue la bronche, permet à l'air d'arriver jusqu'aux vésicules, et le murmure reparait. De plus, comme les vésicules, momentanément inactives, contiennent cependant de l'air, la percussion donne un son clair, même dans les points où la respiration est actuellement silencieuse.

5** Quelquefois, des corps étraniçers peuvent accidentellement tomber dans la trachée et de là dans une bronche, qu'ils oblitèrent plus ou moins complètement. Il en résulte encore l'abo-

lition du bruit respiratoire dans tout le territoire du poumon auquel se distribue la bronche obstruée. Le silence peut être complet et permanent, si le corps étranger, enchatonné dans le point qu'il occupe, ne jouit d'aucune mobilité ; il sera au contraire temporaire et mobile si le corps peut être déplacé par les efforts de la respiration et de la toux. Dans Tun et Tautre cas, et pour la même raison que ci-dessus, la percussion donnera une sonorité normale au niveau des parties silencieuses.

6^ La présence de gaz dans la cavité pleurale, soit qu'ils proviennent du dehors, par une plaie de la poitrine, ou de l'intérieur du poumon, par une fistule de cet organe, soit qu'ils aient été fournis directement par la plèvre malade, — en d'autres termes le pneumo-tiiorax, quelle qu'en soit la cause, — a pour conséquence l'afTaissement du poumon et son éloîgnément des parois thoraciques en proportion directe avec la tension élastique des gaz répandus dans la cavité séreuse. De là, une gêne de la respiration et un affaiblissement du bruit vésiculaire, qui peut aller jusqu'au silence absolu. Mais, dans tous les cas, la sonorité de la poitrine, bien loin d'être diminuée, est notablement augmentée, et le son peutprendre parfois, mais non toujours, un caractère plus ou moins ma-

nifestement tympanique (v. Percussion). Du reste, \q pneumo-thorax est fort rare chez nos animaux domestiques.

7° Des néoplaiie» variées,— fibromes, sarcomes, carcinomes, mélanoses, masses tuberculeuses, — peuvent se développer sur la plèvre, prendre un accroissement assez considérable pour refouler le poumon loin des parois costales, et abolir la respiration, en même temps qu'elles donnent lieu à une matité absolue dans le point correspondant. Ces tumeurs de la plèvre sont très-rares chez les animaux ; nous en avons cependant rencontré un bel exemple chez le chien ; mais nous avouons aussi avoir commis, à cette occasion, une erreur de diagnostic : l'absence complète de tout bruit respiratoire et la matité absolue nous firent diagnostiquer une pleurésie chronique avec vaste épanchement occupant tout le côté gauche de la poitrine ; l'autopsie démontra qu'il n'y avait pas une goutte de liquide, mais que ce côté de la cavité thoracique était exactement rempli par d'énormes tumeurs cancéreuses, et que le poumon correspondant, refoulé vers la gouttière vertébrale, était réduit aune sorte de moignon du volume du poing à peu près, absolument imperméable et destitué de toute fonction physiologique. — L'erreur de diagnostic

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nous paraît assez difficile à éviter en pareil cas ; heureusement ces cas sont rares, ainsi que nous Tavons dit plus haut, et Terreur, si on la commet, ne peut pas avoir de conséquences bien fâcheuses. Cependant, elle pourrait conduire peut-être à tenter une opération (thoracentèse)pour le moins inutile. Il est donc bon de faire tout son possible pour l'éviter, en prenant en considération les autres symptômes concomitants, la marche de la maladie, etc.

8** Enfin, il ne serait pas impossible que des tumeurs développées dans le médiastin et englobant dans leur épaisseur les nerfs pneumogastriques produisissent Tabolition plus ou moins complète du murmure respiratoire, par suite de la compression exercée sur ces nerfs. Ce qui nous le fait supposer, c'est Texpérience de MM. BoNDET et Chauveau dont nous avons parlé plus haut (voyez expérience V, p. 167), et dans laquelle on voit le bruit vésiculaire cesser complètement à la suite de la section de ces deux nerfs. Mais ce cas doit être rare, et nous avouons n'avoir jusqu'ici aucun moyen de le diagnostiquer, s'il venait à s'ofi'rir à notre observation.

Telles sont les maladies les plus ordinaires qui peuvent donner lieu à l'abolition complète du murmure naturel de la respiration.

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