RESPIRATION RUDE
Stuonthib: Respiration dure; — respiration râpeuse; — respiration
bronchique forte.
Dans certaines circonstances, le bruit respiratoire acquiert un caractère remarquable de sécheresse et de rudesse, comparable jusqu'à un certain point au bruit que fait la lime ou même la râpe qui mord le bois. La respiration rude présente d'ailleurs un certain nombre de nuances, qui la relient, d'une part à la respiration juvénile, d'autre part au souffle tubaire, tout en conservant, dans les nuances moyennes, une physionomie qui lui est propre.
C'est ordinairement V expiration qui présente cette rudesse; cependant on l'observe assez souvent dans les deux temps de la respiration ; et même, dans quelques cas, d'ailleurs assez rares, c'est l'inspiration seule qui offre ce caractère. On constate alors qu'elle a un timbre un peu soufflant qu'elle ne possède pas dans les circonstances ordinaire. Ceci indique clairement que la respiration rude est une modification du bruit supérieur ou laryngien, et non du bruit inférieur, du véritable murmure vésiculaire ; aussi lui donne-t-on encore quelquefois le nom de respiration bronchique forte.
Elle peut être perçue parfois dans toute rétendue de la cage thoracique ; mais bien plus souvent elle est localisée. Son maximum d'intensité existe en général en arrière de l'épaule, un peu au-dessus du coude, à peu près vers le milieu de la hauteur de la poitrine, c'est-à-dire au niveau des grosses divisions bronchiques.
— Le bruit respiratoire est encore plus fort et plus rude à la base de l'encolure, au point où la trachée pénètre dans le thorax, point qu'il ne faut pas négliger d'ausculter quand on procède à un examen méthodique et général de la cavité pectorale.
fiifrniflcation. — C'est dans le larynx, nous le savons, que se produit le bruit dit bi^onchique; c'est donc en cet endroit que prend naissance la respiration rude^ qui n'est, ainsi que nous venons de le dire, qu'une modification du bruit supérieur. Aussi, toutes les circonstances capables de rendre plus difficile le passage de l'air à travers la glotte peuvent-elles donner lieu à ce mode de respiration. Il n'en est pas moins vrai que l'état particulier des canaux dans lesquels ce bruit retentit peut aussi influer sur ses qualités. Si donc, comme cela est incontestable, la rudesse de la respiration peut être un symptôme d'une maladie ayant son siège au larynx, il n'est pas moins vrai qu'elle pe.ut aussi
dépendre d'affections diverses siégeant dans les parties inférieures des voies respiratoires et dans le poumon lui-même. Parmi ces dernières, nous citerons particulièrement la congestion pulrnonawe^ la bronchite^ Isipneumom'e, la pleurésie, Idi phthisie tuberculeuse et Y emphysème pulmonaire.
1° Nous avons vu plus haut que dans cette congestion pulmonaire qui porte chez le cheval le nom de coup de chaleur ou aniiématosie, on entendait dans toute la poitrine une respiration forte^ souvent très-bruyante ; mais, par une étude attentive, on peut aisément se convaincre que cette respiration n'est pas vésiculaire; que celle-ci est, au contraire très-faible, souvent difficile à percevoir; que le bruit perçu, manifestement soufflant^ est exclusivement bi^onchique. Aussi, bien que dans ce cas la rudesse ne soit pas en général très-prononcée, est-ce au type rude que nous rattachons ce mode de respiration, dans lequel on notera, comme symptômes concomitants, une énorme dilatation des naseaux, une accélération considérable des mouvements du flanc et une diminution notable de la résonnance thoracique.
2"" La bronchite aif^uë à sa période d'augment nous paraît être, de toutes les maladies, celle dans laquelle la respiration rude existe le plus constamment et au plus haut degré. Gela est
dû sans doute, d'une part à la congestion de la muqueuse, qui rétrécit les canaux bronchiques et rend moins facile la circulation de Tair; d'autre part, à la sécheresse et peut-être au dépoli des surfaces de ces canaux, ce qui doit modifier le timbre des bruits qui se propagent dans leur intérieur. Toujours est-il qu'à une période plus avancée de la maladie, quand les bronches s'humectent et que la toux devient grasse, la respiration devient moins rude, en même temps qu'apparaissent d'autres symptômes, des râles muqueux, ronflants ou sibilants, plus caractéristiques.
3* Il n'est pas rare de constater, au début de la pneumonie chez le cheval, comme signes stéthoscopiques exclusifs, en même temps qu'un grand affaiblissement du bruit vésiculaire, une rudesse prononcée du bruit bronchique, aussi bien dans l'inspiration que dans l'expiration. Si alors il n'existe ni jetage rouillé^ ni plainte à l'orifice des naseaux, ce qui arrive quelquefois, ou peut se trouver assez embarrassé pour décider immédiatement si c'est à une pneumonie ou à. une bronchite qu'on a affaire ; d'autant plus que c'est ordinairement la pneumonie catarrhale, celle qui commence par les petites bronches pour se propager ensuite au tissu pulmonaire, qui débute ainsi. L'erreur, du reste, en supposant qu'on la commette, n'est
ni bien considérable, ni de bien longue durée, la marche de la maladie ne tardant pas, en général, à éclairer le diagnostic.
4® La respiration rude se montre encore dans la pneamonie à la période de résolution. Elle suc* cède alors au souffle tubaire, et disparaît ellemême peu à peu, à mesure que sont résorbés les produits inflammatoires qui encombraient le poumon, pour faire place à la respiration normale.
5° Dans la pleurésie déjà un peu ancienne, au huitième ou douzième jour tout au moins, on peut entendre, au niveau supérieur de Tépanchement, tantôt une respiration simplement supplémentaire, tantôt une respiration plus ou moins rude^ tantôt un véritable souffle. — La rudesse du murmure respiratoire n'a pas, d'ailleurs, une bien grande importance, soit pour le diagnostic, soit pour le pronostic, dans cette maladie.
6** Il n'en est pas de même, au dire des médecins, pour ce qui concerne la phthUie tubercalett§e.«Za respiration rude^ disent MM. Barth et Roger, lorsqu'elle existe depuis un temps assez long comme phénomène prédominant, doit faire penser à la phthisie pulmonaire commençante ; et, quand elle est bornée au sommet de la poitrine d'un côté seulement.
elle est Vindice presque certain de tubercules à l'état de crudité. » Nous ne mettons pas en doute cette assertion de deux médecins aussi compétents ; nous dirons seulement qu'il nous paraît bien difficile d'accorder à ce signe une si grande valeur diagnostique chez nos animaux domestiques, et notamment chez le bœuf, où la phthisie est si commune. Nous sommes bien loin, toutefois, de lui refuser toute importance ; nous croyons, au contraire, qu'il doit toujours être pris en sérieuse considération. Le diagnostic de la phthisie au début est entouré de si grandes difficultés qu'il ne faut négliger aucun des signes qui peuvent l'éclairer ; et la rudesse bien caractérisée et persistante de la respiration, localisée dans les lobes antérieurs des poumons, est certainement un de ces signes.
7° Ce même signe existe quelquefois dans
rempbysème Tésiculalre, pour le moins aussi
commun chez le cheval que la phthisie chez le bœuf. Mais il s'en faut bien que ce soit un phénomène constant ; et comme, lorsqu'il existe, il dépend plutôt, de l'avis de tous les auteurs, de la bronchite concomitante que de l'emphysème lui-même ; comme il y a, pour le diagnostic, des signes plus constants et plus sûrs que la rudesse du murmure respiraloi?*e, nous
206 EXPLORATION DE L\ POITUINE.
n'attachons pas, en définitive, une grande importance à ce symptôme.