EXPIRATION PROLONGÉE
Nous avons vu que, dans Tétat de santé, rinsï)iration produit seule, chez le cheval, un murmure perceptible, et que, chez les autres animaux, le bruit d'expiration est toujours plus faible, et surtout beaucoup plus bref que celui d'inspiration. Dans certaines maladies, les choses se passent autrement : le bruit expiratoire augmente en force et en durée au point d'égaler et même de surpasser^ sous ce double l'^apport, le bruit inspiratoire. Tel est le phénomène auquel on donne le nom à' expiration prolongée.
C'est au docteur Jackson, de Boston, que l'on doit la connaissance de ce signe stéthoscopique, qui avait échappé à l'attention de Laennec.
« Dans l'état naturel, dit-il, quand le tissu pulmonaire conserve sa souplesse et sa perméabilité normales, le bruit respiratoire se compose à la fois de celui qui est causé par le passage de l'air dans les bronches (nous savons qu'il faudrait dire dans le larynx) et par son entrée dans les vésicules pulmonaires ; et, comme ce dernier prédomine, il est seul entendu. Mais du moment où l'infiltration tuberculeuse commence, les vésicules deviennent chaque jour
plus rares; Texpansion vésiculaîre diminue, et le bruit que Tair fait en traversant les broncheâ restant le même , il domine tous les jours davantage et finit par être seul perçu. »
(iiirniflcation. — On ;roit, après cela, qu'il y a, entre ce signe stéthoscopique et celui qui précède, de nombreux points de contact; aussi se produit-il à peu près dans les mêmes circonstances; et a-t-il presque la même signification. Il est cependant deux maladies, Vemphysème et la pkthîsïe pulmonaire, pour -le diagnostic desquels les médecins s'accordent à lui reconnaître une valeur spéciale.
(( C'est surtout dans certains cas d'emphysème et de phthisie pulmonaire à la première période, disent MM. Barth et Roger, que Vexpiration prolongée se montre d'une manière permanente. — Les détails consignés dans d'autres chapitres nous dispensent d'insister sur le diagnostic difi'érentiel de ces deux afi'ections ; contentons-nous de rappeler que, dans l'emphysème, l'expiration prolongée est presque toujours perçue dans une grande étendue de la poitrine et des deux côtés ; qu'elle est fréquemment accompagnée d'un rhunchus sibilant et d'un sifflement de la respiration entendu à distance, et que l'altération de la respiration porte plutôt sur la durée que sur le timbre. Dans les tubercules,
au contraire, l'expiration prolongée est surtout remarquable par sa rudesse et son ton peu élevé ; il n'y a coïncidence ni de sifflement à distance, ni de râle sonore dans la poitrine, et enfin le phénomène morbide reste, pendant un certain temps, borné au sommet du thorax.
« On peut dire, comme conclusion, que ïexpiration prolongée est l'indice de deux maladies seulement : Icmphysème pulmonaire ou
les tubereuiem à la période de crudité; et comme ce phénomène, quand il dépend de l'emphysème du poumon, coïncide avec d'autres signes stéthoscopiques, il en résulte que, s'il existe seul et s'il a un caractère de rudesse, il devra faire soupçonner une phthme pulmonaire au premier degré. Il en sera Vindice presque certain s'il est perçu d'une manière évidente au sommet de la poitrine seulement. Dans certains cas, l'expiration prolongée est le premier ou le seul signe physique de la tuberculisation, et elle offre alors une précieuse ressource pour le diagnostic» (Barth et Roger, Traité pratique d'auscultation, 8* édition).
Ce signe n'a pas été suffisamment étudié en médecine vétérinaire, ni par nos prédécesseurs, ni par nous-même, pour qu'il nous soit possible de dire s'il possède, chez nos animaux, particulièrement pour le diagnostic de la phthisie chez le bœuf, la grande valeur que lui
reconnaissent les médecins. Nous n'ajouterons donc rien à ce qui précède, nous bornant, pour le moment, à appeler sur ce phénomène stéthoscopique, un peu trop négligé, la sérieuse attention de ceux de nos confrères qui sont en bonne position pour Tétudier et le mettre à profit.