‹ Manuel pratique de l'exploration de la poitrine chez les animaux domestiques; percussionChapitre 38 sur 45 · BRUIT DE GOUTTELETTE · texte numérisé non relu

BRUIT DE GOUTTELETTE

Synôntmib: Brait de la goutte d'eau.

Historique. — En 1850 ou 1851, un vétérinaire militaire, dont nous ignorons le nom,

signala ce bruit à M. Rey, professeur de clinique à rÉcole de Lyon, qui, depuis lors, a fréquemment appelé sur ce symptôme Tattention des élèves qui suivaient sa clinique. — C'est également par M. Rey que nous avons appris à connsdtre ce phénomène, auquel nous avons consacré quelques lignes dans nos Recherches sur la Pleurésie (1859). Depuis, M. Liautard, vétérinaire militaire, a publié sur le même sujet {Journal de Médecine vétérinaire de Lyon^ 1860) un mémoire très -complet et très-intéressant, auquel nous aurons à faire de nombreux emprunts.

Caractères. — Dans certains cas que nous spécifierons un peu plus loin, on peut, en approchant son oreille des naseaux d*un cheval, entendre, « de moment en moment, à intervalles à peu près égaux, un petit claquement court, rapide, instantané, parfaitement comparable à celui que ferait un liquide tombant goutte à goutte à la surface d'un autre liquide (Luutard). » On peut encore imiter assez bien ce bruit particulier en détachant un peu vivement la langue du palais. Il se manifeste toujours entre la fin de l'inspiration et le début de l'expiration, sans qu'il soit possible de dire s'il appartient plutôt au premier qu'au second de ces deux temps de l'acte respiratoire. II est

généralement intermittent; c'est-à-dire que, dans le cours d'une maladie pendant laquelle il se manifeste, il peut se montrer et disparaître un grand nombre de fois, et cela dans un laps de temps souvent assez court, sans qu'il soit possible de rattacher sa présence ou sa disparition à quelque changement appréciable survenu dans rétat du malade.

On peut entendre ce même bruit en appliquant successivement son oreille sur le larynx, sur la trachée, et même sur les parois pectorales ; mais jamais on ne l'entend mieux, ainsi que nous l'avons dit en commençant, que lorsqu'on tient l'oreille à proximité de l'un ou de l'autre naseau. — Ce n'est donc point, à proprement parler, un phénomène stéthoscopique ; cependant, nous avons cru devoir lui consacrer ici une petite place, à titre de signe complémentaire de ceux fournis par l'auscultation.

HécaBlsme. — Pour expliquer ce petit bruit, les uns ont supposé que quelques gouttes de sérosité, suspendues un instant aux fausses membranes de la plèvre (dans le cas de pleurésie), pouvaient tomber d'une certaine hauteur, à intervalles presque égaux, à la surface du liquide épanché, et donner ainsi naissance au bruit dont il s'agit. — D'autres l'ont attribué

au clapotement du liquide épanché dans la plèvre contrôles parois thoraciques. — Pour montrer le peu de fondement de ces deux interprétations, il suffit de faire remarquer: 1® qu'un liquide épanché dans la plèvre ne peut accuser sa présence par un bruit quel qu'il soit, qu'autant qu'il s'y trouve associé à un gaz : la théorie et l'expérience s'accordent sur ce point ; — 2^ que celui dont il s'agit s'entend toujours beaucoup mieux en approchant l'oreille des naseaux qu'en auscultant la poitrine elle-même. Il paraît donc certain, d'après cela, que le bruit de gouttelette doit se passer dans les voies supérieures de la respiration.

M. LiAUTARD a essayé d'élucider cette question du siège et du mécanisme du bruit de gouttelette par des expériences dont nous donnerons ici un rapide aperçu.

Sur un cheval atteint d'hydro-thorax, et diez lequel le bruit se faisait distinctement entendre aux naseaux, tout le long de la trachée, et jusque sur le thorax, cet ingénieux expérimentateur ouvre la trachée, introduit un tampon dans la partie supérieure du conduit, et force ainsi l'animal à respirer seulement par l'ouverture artificielle. Il constate alors que le bruit de gouttelette, qui, avant le tamponnement^ s'entendait très-bien par le tube à trachéotomie, ne s'entend plus maintenant, tandis que,

ausculté à Torificç des naseaux, il n'a rien perdu de sa force et de sa netteté. — Il pratique alors la laf^ngotomie, et, par Tincision faite au ligament crico-trachéal, il introduit le doigt indicateur jusque dans la glotte. Quand la muqueuse s'est habituée à ce contact, que la toux et Tanxiété se sont calmées, il prie « trois personnes d'appliquer simultanément Voreille aux deux naseaux et à l'ouverture trachéale, d'où le tampon a été retiré. » Il « cherche alors à immobiliser les cordes vocales, en portant son doigt dans l'angle antérieur de la glotte. » Aussitôt, le bruit disparaît. — Il rend la liberté aux rubans vocaux ; «et le bruit repayait aussitôt. » — Et cette expérience, répétée un grand nombre de fois, a donné constamment le même résultat. — C'est donc dans le larynx que ce bruit a son siège. Comment se produit-il ? — Le doigt introduit dans le larynx constate aisément que, dans le mouvement d'inspiration, la glotte se dilate « d'une manière active » ; que les cordes vocales s'écartent, se tendent et ferment complètement l'orifice des ventricules du larynx; que, « un instant après, et dans l'intervalle qui sépare l'inspiration de l'expiration, les rubans vocaux, reviennent vivement sur eux-mêmes. » Or, c'est précisément à cet instant que le bruit de gouttelette se produit, et il est naturel d'admettre que l'introduction subite de l'air

dans les ventricules glottiques, et la vibration des cordes vocales elles-mêmes donnent lieu, à ce moment, à un petit claquement humide, tout à fait semblable à celui qu'on détermine en détachant la langue du palais, auquel, nous l'avons dit, ressemble parfaitement le bruit dont nous parlons.

Telle est l'interprétation que M. Llautard déduit de ses expériences ingénieusement conçues et habilement exécutées. Maintenant, quelle est la signification de ce petit phénomène?

i^llfittiicatioit. — Les vétérinaires militaires qui, les premiers, ont fait connaître le bruit de gouttelette^ le considéraient comme un signe à peu près pathognomonique de la pleurésie avec épanchement, et c'est avec cette signification qu'il nous fut signalé au début de notre carrière comme chef de service. Cependant, nous ne tardâmes pas à reconnaître que cette interprétation était beaucoup trop absolue; qu'on peut entendre ce bruit dans des cas où il n'y a pas une goutte de liquide dans la plèvre ; tandis que, d'autre part, on le cherche en vain dans des cas de pleurésie avec épanchement des mieux caractérisés. Les recherches de M. Llautard, qui a étudié ce bruit avec une attention particulière, ont confirmé cette manière de voir :

« Dans toutes les affections où la respiration devient difficile, où Tinspiration exige une dilatation exagérée de la glotte, dans toutes ces maladies, dit-il, se trouvent réalisées les conditions favorables à la manifestation du bruit de gouttelette. C'est ainsi que nous l'avons entendu plus ou moins souvent dans la pneumonie, la bronchite, l'emphysème pulmonaire, dans quelques cas de morve, de gourme, de coryza, etc. »

Ce symptôme n'a donc pas, tant s'en faut, la valeur diagnostique absolue qu'on lui avait d'abord attribuée ; cependant, nous devons dire, d'accord en cela encore avec M. Liautard, que c'est dans lai pleurésie avec épanChement que nous l'avons entendu le plus souvent. Mais, à cette période, la pleurésie est, en général, si bien caractérisée, si facile à diagnostiquer par la percussion et l'auscultation, que ce signe perd, à notre avis, beaucoup de son importance.

Néanmoins, c'est, à tout le moins, un symptôme curieux, et nous ne devions pas le passer sous silence.

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****. Nouvelle discussion sur le même sujet ; ibid., ia Re~

cueil de méd, vét.;. 1852, p.. 876^

PNÉOGRAPHIE

Nous donnons le nom de Piiéoirraptii«t — d^ îrv£», je respire, et ypa^w, j 'écris, — à Tapplication de la méthode graphique à Tétude des phénomènes mécaniques de la respiration.

On sait que cette méthode consiste essentiellement dans remploi de mécanismes variés, à l'aide desquels on force, pour ainsi dire, les organes eux-mêmes à écrire, en caractères qui demeurent, les actes qu'ils exécutent, même les plus fugitirs, les plus instantanés, ce qui permet de les étudier à loisir, de les comparer entre eux dans les diverses circonstances oîi ilsse produisent, et de découvrir ainsi, par une analyse plus facile et plus exacte, leurs véritables rapports et une foule de particularités , aouvent très-importantes, qui eussent échappé à l'observation ordinaire.

On sait aussi que cette méthode, d'origine toute moderne, a été appliquée àl'étudeduPoMfe

(LuDWiG, WiERORDT, Marey), — du fonctionne-' ment du cœur (Chauyeau et Marey), — de la vitesse du sang dam les artères (Ghauveau, Ber- TOLUS et Laroyenne ; Chauyeau et Lortet), — de la rumination (Toussaint), — de la déglutition (Arloing), — de la contraction musculaire (Marey, Chauyeau, Morat), etc., etc., et qu'elle a donné partout les meilleurs résultats.

Il y aurait donc lieu de s'étonner qu'on n'eût pas essayé de l'appliquer à l'étude des phénomènes mécaniques de la respiration, qu'on interroge si souYent, chez l'homme aussi bien que chez les animaux, en santé comme en maladie, et qui semblent se prêter si bien à ce genre d'iuYestigation. — Plusieurs tentatives ont, en effet, été faites dans ce sens ; et quoiqu'elles n'aient pas été poursuivies avec toute la persévérance désirable, il est cependant permis d'entrevoir en partie les services que cette méthode, mieux connue et plus généralement appliquée, pourra rendre unjouràlaséméiologie.

C'est ce que nous allons essayer de montrer

HISTORiaUE. - APPAREILS.

La première idée d'employer la méthode graphique à l'étude de la respiration remonte à 1855 et appartient à Wierordt, qui essaya d'enregistrer les mouvements respiratoires à l'aide

PNÉOGRAPHIE. 339

de Tappareil qu'il avait inventé pour le pouls {sphygmographe). Mais Tincommodité de cet appareil, la nécessité d'opérer sur un sujet absolument immobile et couché sur le dos, firent bien vite renoncer à son emploi (Mare y).

Pnenmoffrapbe llarey. — En 1865, M. Maret reprit cette idée. L'appareil dont il se servit consistait en un petit cylindre élastique, G (fig. 22),

Fig. 22. — Pneumographe Mare y (*),

formé d'un ressort à boudin enveloppé d'un tube de caoutchouc mince, aux deux extrémités duquel sont deux rondelles de métal sur lesquelles le caoutchouc est lié circulairement. Chacune de ces rondelles porte à son centre un crochet c, é auquel se fixent les bouts d'une ceinture inextensible, destinée à entourer la

(*) C, corps du pneumographe; — B, eeinture entourant le corps du sujft à examiner; — <2, embout établissant la communication entre le pneumographe et l'enregistreur.

340 EXPLORATION DB LA' POtTRING.

poitrine du sujet. Unembout métallique, d, auquel s'adapte un tube en caoutchouc de longueur iadétermiDée, met l'intérieur du cylindre en communication avec Yenregistreur dont nous allons parler.

Celui-ci (fig. 23) se compose essentiellement : i" d'un c'iUndre, 0, d'un grand diamètre, mais

Fig. Î3. — Enregistreur {').

très-léger, qu'un mouvement d'horlogerie, H, fait tourner sur son axe d'un mouvement plus ou moins rapide, mais régulier, et sur lequel est enroulée une feuille de papier glacé ou noirci au noir de fumée ; 2° d'un ou plusieurs petits

PiNÉOGRAPHIE. 3it

tambours, m, « (flg. 23), supportés par un pied mobile, P. Chacun d'eux (fig. 24) est formé par

rig. 51. — Partie eiaenlielle de fehregiiireur (').

une sorte de cuvette métallique fermée par une membraneen caoutchouc ti-ès-mince, B, liée sur le bord du tambour, lequel porte, en un point

(*) F, pied Tnobila oi pottoce aupporUnt l« tanbogr à air, B, lequel pori'! en e, un emboul destiné k mettre eelni-ei en eonimunicslion uTSc le pneiinognphe [repr«Knt« ici par l'ampoule A), an moyen du lube Ûeiible, T ; — a 4, leTier éeriïtnl, dam sa. posilian de repiH ; — a' b, posilion que prend ee leiier quind on appuie >ur l'nmpoDte h.

342 EXPLORATION DE Lk POITRINE.

de sa circonférence, un embout, e, auquel s'adapte le long tube en caoutchouc, T, dont il a été parlé ci-dessus; 3** d'un levier, aé, long et très-léger, portant à son extrémité libre une plume ou une pointe éanvante, a, articulé par son extrémité opposée d'une manière trèsmobile avec le tambour lui-même, et reposant, par un point très-voisin de son extrémité fixe, sur une sorte de couteau fixé à la lame en caoutchouc dudit tambour.

On comprend sans peine le mécanisme d'un semblable appareil : SoientA(fig. 24) une anapoule en caoutchouc, gonflée d'air, et communiquant avec l'un des petits tambours, B, qui viennent d'être décrits, par le long tube flexible T. Si Ton comprime l'ampoule, l'air qu'elle contient passera en partie dans la cavité du tambour, B, dont il distendra plus ou moins la membrane élastique, suivant que la pression exercée en  sera plus ou moins forte. Quand la pression cessera, l'air repassera de B en A, et la membrane B reviendra à sa situation primitive. — Supposons maintenant qu'à cette membrane B soit adapté le levier, ab; il est clair que chaque fois que l'on comprimera l'ampoule A, ce levier s'écartera de a en a et indiquera, par l'écart de son extrémité libre, l'excès de pression qui se sera produit dans le tambour, B, auquel il est adapté; — elle reviendra à son

PNÉOGRAPHIE. 343

point de départ, en a, quand cette pression cessera. Inversement, si, par une cause quelconque, Tampoule A vient à se dilater, elle fera appel à Tair contenu dans le tambour B, dont la paroi élastique s'affaissera plus ou moins sous la pression atmosphérique extérieure, entraînant dans son mouvement de retrait le levier qui lui est solidaire, et dont l'extrémité libre traduira, par son mouvement, cette diminution de pression. Ce levier reviendra de même à son point de départ quand Fampoule A reprendra son volume primitif.

Tel est, très-exactement, le jeu du Pneumoirraphe de M. Mabey : quand la ceinture, munie de son cylindre élastique, est appliquée autour de la poitrine, les mouvements de la.

respiration tendent et détendent alternativement le cylindre G (fig. 22), ce qui produit à son intérieur des raréfactions et des condensations de Tair qu'il contient. Ces mouvements se transmettent, par l'intermédiaire du tube, au tambour, et par celui-ci au levier, dont l'extrémité libre s'abaisse dans l'inspiration et s'élève dans l'expiration.

Supposons maintenant que cette extrémité du levier, munie de sa pointe écrivante, repose sur une feuille de papier enroulée sur un cylindre immobile ; elle tracera sur cette feuille une ligne verticale AY (fig. 25), qu'elle suivra ensuite

constamment sans jamais s'en écarter.'Que si, au contraire, le cylindre tourne snr son axe, le levier restant immobile et reposant par sa pointe sur le papier, celle-ci tracera une ligne horizontale AX. Enfin, si le levier et le cylin-

Fig. Î5. — Sckàna d'un dUujrianme {').

dre se meuvent simultanément, il est clair que la pointe écrivante, se déplaçant de la quantité ka pendant que le papier se déplace lui-même de la quantité hk. dans le sens XA, décrira une courbe semblable à A m n o pendant l'ascension,

(•) AX, «bseisse du Irscé. — L» flèche indique le km do nome-

PiNÉOGRAPHIE. 3]b5

et une autre courbe o c, inverse à la première pendant la descente du levier; et ces courbes se reproduiront, toujours de la même manière, pendant chaque temps complet de la respiration. Op aura donc, par cet artifice, un tracé qui permettra de se faire une idée aussi exacte et aussi fidèle que possible des mouvements respiratoires du sujet examiné ; qui permettra d'en apprécier Tampleur, le mode, la régularité ou l'irrégularité, beaucoup mieux qu'on ne pourrait le faire à la simple inspection du flanc. De plus, ce tracé pourra être conservé, comparé avec ceux qu'on pourra prendre chez d'autres animaux, placés dans les mêmes conditions ou dans des conditions différentes ; et l'on devine, sans qu'il soit besoin d'insister, quelles lumières peuvent jaillir de ces comparaisons.

Pnéoscope et Pnéoipraplie Bodet. — Mais cet

appareil n'est pas le seul qui puisse fournir de semblables indications. — Frappé des difficultés que présente souvent, en médecine vétérinaire, le diagnostic de la Pousse, dont le caractère univoque est, on le sait, une irrégularité particulière du flanc, — le soubresaut ou coup de fouei^ -r- H. Rodet, ancien directeur de l'École vétérinaire de Lyon, se demandait depuis longtemps s'il n'y aurait pas moyen de

349 EXPLOHAnON DE LA POITRINE-

rendre cette irrégularité plus apparente, plas facilement appréciable, en exagérant, en quelque sorte, pour l'œil de l'observateur, l'amplitude des mouvements respiratoires. Il fut ainsi conduit à créer, comme il le dit, « non pas un, mais deux petits appareils, » le Pnéoscope et le Pnéograpke à effet direct, dont il entretenait la Société de médecine de Lyon, le 18 mai 1868, et que nous allons faire connaître.

PBéoM«pe. — Cet appareil (Sg. 36) a pour base une tige en cuivre, aplatie, A, pourvue à l'une de ses extrémités d'une traverse B et d'une poulie G. — Cette tige s'articule par son extrémité D, à l'aide d'un crochet E, avec une ceinture F. Elle présente près de cette extrémité et à sa face supérieure, un petit support G, muni de deux anneaux donnant attache à un cordon en caoutchouc H, H, faisant office de ressort, — Un cordon inélastique K fait suite à ce ressort, passe dans la gorge de la poulie, et porte à son extrémité une boucle L.

Pour se servir de l'appareil, on l'applique

sur les parois de la poitrine, que l'on entoure

avec la ceinture F, laquelle, après avoir été

serrée jusqu'au point convenable, vient se

' à la boucle L. On fixe sur la poulie une

légère. M, terminée par un petit disque, N,

3i8 EXPU>UTIO:f DB U POlTBIHe.

qui servira de point de mire pour siÛTre les

foonvements qu'elle doit exécnter.

L'appareil étant ainsi disposé, il entre aussitôt en jeu : pendant l'inspiratioa, la ceinture devient trop étroite; le ressort H s'allonge, le cordon K descend, fait tourner la poulie, et la tige M, qui n'est qu'un rayon prolongé de cette poulie, se meut dans le sens MM', en décrivant un arc de cercle pins ou moins étendu. Pendant l'expiration, au contraire, le ressort se raccourcit, ta poulie tourne en sens inverse, et la tige revient à son point de départ (1).

tSi

e du Pnéoicope Rodet.

PiNÉOGRAPBlE. 349

Cet instrument traduit avec une remarquable fidélité, en les amplifiant, tous les mouvements de la respiration; il permet d'en étudier le rhythme avec la plus grande facilité, et rend sensibles à l'œil leurs moindres irrégularités. Nous l'avons employé souvent à la clinique, et lions pouvons affirmer qu'il remplit trèsbien le but que s'était proposé son auteur.-

Mais RoDET avait compris que ce but n'était pas le seul qu'on pût, qu'on dût se proposer ; que le rhythme des mouvements respiratoires n'est pas seulement utile à connaître dans la pousse, mais dans toutes les maladies de poitrine ; « qu'il ne suffit pas d'observer les oscillations de l'aiguille pendant qu'elles s'effectuent», mais qu'il y aurait en outre un trèsgrand intérêt à en « conserver la trace, à les inscrire, à en obtenir le tracé sur le papier»; et, sans» connaître les travaux antérieurs, notamment ceux de M. Marey, sur le même sujet, il se mit à poursuivre la réalisation de cette idée, qui

dans la poulie elle-même et fixé sur l'axe de cette poulie. Celle-ci est enfermée par deux valves de cuivre, A, A', à l'une desquelles elle est fixée, Tautre donnant attache à la ceinture. Ces deux valves, articulées par charnière, se rapprochent et se ferment à la manière d'une tabatière ou d'une boîte de montre. Quand on veut se servir de rinstniment, on ouvre les deux valves ; on les applique par leur face exterrie sur le corps du sujet ; on fixe la ceinture à la boucle que porte la poulie, et Tappareil entre en jeu. Ce nouveau pnéoscope, moins volumineux et peut-être plus élégant que le précédent, donne d'ailleurs exactement les mômes indications.

ne tarda pas à prendre corps, sous la forme du Pnéographe à effet direct,

Pnéoirriiplie à effet direct. — « Un plateau

en cuivre A,A (fig. 28) forme la base de Tappareil. Ce plateau, muni en dessous de deux pieds, A',A', porte à sa face supérieure : 1"* le pnéographe proprement dit; 2° Venregistreur : 3° un mouvement d'horlogerie.

Le pnéographe proprement dit a pour pièce principale un curseur en cuivre, B, qui s'élève en forme de style, et qui est mis en mouvement, d'une part par un cordon en caoutchouc faisant office de ressort, G, d'autre part par un cordon inélastique. G'; il porte à sa partie supérieure une tige horizontale, D, terminée à sa partie libre par une pointe écrivante, e, plume ou crayon, à volonté. Des vis de rappel et de pression permettent de donner à cette partie de l'appareil des positions variées, d'élever ou d'abaisser la pointe écrivante, d'allonger ou de raccourcir, selon les besoins, la longueur de la tige, etc..

Le curseur muni de sa tige écrivante est appelé à exécuter un mouvement de va-etvient, en glissant par sa base sur une espèce de rail G'; il est relié, à cet effet, à la poulie K, par l'intermédiaire du cordon inélastique C.

Gette poulie K présente trois gorges : l'une mé-

diane, sur laquelle vient se fixer le cordon C, les deux autres, latérales et plus petites, auxquelles s'attachent deux cordons inextensibles, /, /, lesquels vont se réunir en passant dans les anneaux d'une boucle destinée à recevoir Textrémité libre de la ceinture qui doit embrasser le corps du sujet. — Celle-ci s'attache par son extrémité fixe, L, à Taulre extrémité du plateau, A.

^enregistreur est formé de deux montants en cuivre, M,M', portant quatre cylindres, deux grands, N,N', et deux petits, 0,0, séparés par une petite table T.

Enfin, le cylindre N' est mis en action par un mouvement (Thof^logerte H analogue à ceux qui sont généralement usités dans la çônslruction des boîtes à musique. -.

Pour se servir de cet appareil, on commence par enrouler sur le cylindre N une bandelette de papier Y, dont l'extrémité libre est ensuite fixée à la colle sur le cylindre N', on ramène la tige D au-dessus de la table qui sépare les deux petits cylindres 0,0; on abaisse sa pointe écrivante jusqu'à la mettre en contact avec la feuille de papier, et l'on boucle la ceinture, après lavoir serrée au point convenable. Aussitôt, le curseur, tour à tour entraîné dans le sens de la poulie par la dilatation de la poitrine, et ramené, lors de l'expiration, à sa position première par l'élasticité du cordon en

PNÉOGRAPIIIE. . 353

caoutchouc C, communique son mouyement à la tige écrivante, qui trace sur la bande de papier une ligne droite... Si Ton rapproche alors le . mouvement d'horlogerie du pignon solidaire du cylindre N', celui-ci se meut à son tour dans le sens indiqué par la flèche, entraînant la bandelette de papier, qui passe peu à peu du cylindre N sur le cylindre N'. Gepeu!dant, la pointe écrivante, continuant son mowvement de va-et-vient, trace sur le papier qui se déroule une ligne sinueuse, résultante des deux mouvements rectilignes s'effectuant dans deux directions différentes et perpendiculaires Tune à Tautre. G*est le tracée le diagramme de la respiration.

Cet instrument, que nous avons souvent employé, peut donner de très-bons résultats. La perfection du tracé dépend surtout de la bonté du mouvement d*horlogerie, qui doit être ass€a puissant et parfaitement régulier dans sa marche. Il a pourtant un inconvénient, que nous devons signaler. Ainsi qi^e nous le dirons bienr tôt, il est presque toujours nécessaire de prea* dre en même temps plusieurs tracés sur le même animal : celui des côtes et celui du flanc, par exemple, dont la comparaison peut seule donner une idée exacte et complète dw rhythme vrai de la respiration.

L*emploi simultané de deux pnéographesy tout en compliquant l'opération, ne remédierait que très-imparfaitement à cet inconvénient : on obtiendrait bien ainsi deux tracés irréprochables considérés isolément ; mais comme les deux appareils sont tout à fait indépendants, et fonctionnent chacun pour leur compte, si Ton peut ainsi dire, il serait très-difficile, pour ne pas dire impossible, de rétablir le synchronisme des mouvements enregistrés. Or, c'est là, ainsi que nous le verrons plus tard, dans un grand nombre de cas, un élément important d'appréciation. Cependant, nous le répétons, nous nous sommes souvent servi du pnéographe Rodet^ et les résultats que nous en avons obtenus ne sont point à dédaigner.

Anapnograplie Beripeoii. — Tout en reconnaissant combien sont utiles et satisfaisantes pour l'esprit les indications fournies par les instruments que nous venons de décrire, M. le docteur Bergeon, de Lyon, ne s'en montre pas complètement satisfait. « Si les courbes du pneumographe, dit-il, peuvent indiquer exactement les variations de pression qui accompagnent l'entrée ou la sortie de l'air pendant la respiration, elles ne sauraient traduire le volume de l'air inspiré ou expiré; » or, « il

PNÉOGRAPHIE. 355

ne suffît pas d'apprécier les variations de fréquence, de vitesse, d'intensité, de forme particulière des courants d'air de la respiration, il faut encore en faire l'analyse quantitative » ; et il a cherché à réaliser ce desideratum par la construction de l'appareil qu'il a fait connaître en 1869 sous le nom d'onapnographe.

Vanapnographe (dvain^oTQ, respiration, et Ypo(?«») j'écris) offre à considérer deux parties (fig. 29) : 1® un appareil enregistreur déroulant une bande de papier, sur laquelle la plume p inscrit les mouvements de l'air qui traverse le tube T pendant l'inspiration et l'expiration; 2® une partie supérieure et principale, qui a la forme d'une petite boîte à section rectangulaire, unie aux voies respiratoires par le tube T.

Cette boîte présente vers son milieu une valve V, formée d'une feuille d'aluminium réduite à une extrême minceur, et qui permet ou intercepte la communication entre l'air extérieur et la poitrine, suivant qu'elle est inclinée ou verticale. Ses mouvements s'exécutent autour de l'axe A, traversé lui-même par le levier qui porte à son extrémité inférieure la plume p, et à son extrémité supérieure la tête B. Cette tête est maintenue verticale par l'action d'un ressort contourné en spirale et caché dans l'épaisseur de la

3S6 BXPLOR\Tl«f DE U POITRINE.

boite. Enfin, à la parlic supérieure, la Tace

Fig. N. — Anapnographt Bbiigbon i'].

interne de la boîte présente une disposition

r, huilU a

(lliDrlogerie contenu d>D> ont boite et dont ob ne Toil

PNÉOGRAPUIE. 3b'7

particulière : — de chaque côté d'une arête tranchante, correspondant à la position verticale de la lame, la surface s'incurve, en décrivant une courbe de forme parabolique.

Cette disposition oblige la valve à faire des chemins égaux pour des débits égaux, et fait de Vanapnographe un spiromètre^ c'est-à-dire un instrument pouvant indiquer la quantité ^^air inspiré, en même temps qu'il donne le .tracé de la respiration. '

Voici maintenant coniment il fonctionné :

f Une bande de. papier étant introduite par la fente qui se trouve au-dessous de la. colonne, on appuie le doigt sur le levier N. Aus- I sitôt le papier est mis en mouvement par un rouleau, mû lui-même par un appareil d'horlogerie. Chemin faisant, cet appareil imprime à la bande de papier une série de petites dépressions sur la ligne médiane, correspondant à la position verticale de la plume au repos. Ainsi se trouve tracée une ligne ponctuée, qui est ce que l'auteur appelle la ligne des zéros. ,. . .

Pendant ce temps, la plume, traduisant les mouvements de la valve animée par les courants d'air de la respiration, trace sur le papier qui se déroule des courbes de chaque côté de la ligne ponctuée ; — au-dessous pour l'inspiration, au-dessus pour l'expiration; —

358 EXPLOBATlOit DR LA POITBIXE.

et l'on obtient de cette manière an diagramme

analogue à celui de la figure 30.

Pour l'interprélation de ce diagramme, deux choses sont à considérer : 1* la configuration de la ligne tracée par la plume p ; 2' fcs surfaces ciramtcritei par celle ligne et celle des zéros.

Par sa configuration, cette ligne traduit le

Fig. 30. — Diagramme obtenu avec l'anapnographe Bergeon.

passage du courant d'air inspiratoire et expiratoire ; la partie de cette ligne, a b a', située au-dessous de la ligne des zéros, A B, correspond à l'inspiration ; l'anse supérieure, a' c b', à l'expiration ; les distances verticales ou ordonnées, bo,co, sontproportionuelles, àlafois, à la pression exercée sur la valre par le courant d'air et à la quantité de ce courant ; les distances horizontales ou abscisses, aa', a'b, indiquent la durée de ce courant.

PNÉOGRAPlliE. 359

Les surfaces^ a b a', a'c b\ inscrites par cette courbe et la ligne des zéros, sont proportionnelles aux volumes de Tair qui entre dans la poitrine dans Tinspiration, et qui en sort dans Texpiration ; et si Ton se sert d'une bande de papier divisée en petits carrés égaux, ces volumes peuvent être très-facilement appréciés, et avec une approximation très-suffisante, en comptant le nombre de ces petits carrés inscrits dans les surfaces a b a', a' c b'. Suivant les évaluations de M. Bergeon, si chaque petit carré a 4 millimètres de côté, 16 carrés inscrits représentent un demi-litre d*air.

Tel est, en quelques mots, Vanapnographe de M. Bergeon ; nous ne le connaissons que depuis peu, et nous n'avons pas encore eu l'occasion de l'essayer chez nos animaux, auxquels il peut d'ailleurs s'adapter sans grandes difficultés ; mais, s'il tient toutes les promesses que son inventeur fait en son nom, s'il donne, avec une précision suffisante, les indications complexes pour lesquelles il a été construit, si le tracé qu'il fournit peut nous renseigner, notamment, non-seulement sur le mode des mouvements de la respiration, mais encore sur ce qu'on a appelé la capacité respiratoire du sujet en examen, nul doute que Vanapnographe ne soit appelé à rendre à la science et à la pratique d'importants

services. — Mais c'est à Texpérience à prononcer, et jusqu'ici cet appareil n'a pas été suffisamment expérimenté pour qu'il soit possible de le juger.

Dans les rares essais de pnéographie qui ont été faits jusqu'à ce jour, c'est, en effet, le pneumographe de M. Marey qui a été le plus souvent mis en usage ; c'est de cet appareil que se sont servis, notamment, MM. Laulanié et Laugeron, alors chefs de service à l'École vétérinaire de Toulouse, qui ont publié en 1875, dans le Recueil de médecine vétérinaire, un travail intéressant, sur lequel nous aurons plus d'une fois l'occasion de revenir.

Nous avons nous-mème continué les recherches que H. RoDET avait commencées sur cette question. — Dans ces recherches, que nous poursuivons depuis plusieurs années, nous avons employé, tantôt le pnéographe à effet direct de notre ancien directeur, tantôt le pneumographe de M. Marey légèrement modifié.

Nous avons dit plus haut que, dans les tracés obtenus avec ce dernier appareil, l'inspiration était représentée par une courbe rfescendantCy et l'expiraition par une courbe ascendante. Il y avait là, pour nous, un léger incon-

PNÉOGRAPPIE, 36i

vénient, résultant de Thabitude que nous avions prise du pnéographe Rodet, lequel donne des tracés précisément inverses. Gela nous rendait difficile la comparaison des diagrammes obtenus par les deux instruments.

La disposition suivante, que nous avons adoptée, fait disparaître cette difficulté.

Nous remplaçons le cylindre élastique de Marey (G, flg. 22, p. 339) par une poire en caout chouc. A, A, fig. 31 bis, laquelle est fixée, d*une part, à la ceinture, G, qui entoure le corps de ranimai, et s'appuie, d'autre part, sur un plan résistant, R, interposé entre la ceinture et le corps du sujet. Gette poire porte un embout, e, qui la met en communication avec l'enregistreur, E (fig. 31), par l'intermédiaire du long tube de transmission 1 1. — Pendant Vinspiration, la ceinture, devenue trop étroite, presse sur la poire, A, la déprime, chasse une partie de l'air qu'elle contient. Gelui-ci, refluant par le tube, t, jusque dans le tambour, m, de l'enregistreur, soulève sa membrane élastique et le levier fixé à celle-ci. — Dans l'expiration, la ceinture se détend, l'air repasse du tambour, w, dans la poire élastique, qui revient à son volume primitif, et le levier s'abaisse. — Les mouvements de la pointe écrivante sur le cylindre enregistreur sont donp.Ies mêmes que dans le pneumographe

de M.Mabey, mais en sens inverse ;c'e3l-à-dire que la plume trace sur le papier qui se meut sous elle une ligne oicendonte pour l'maptratùm, et descendante pour Vexpiration, ce qui nous parait plus naturel, et rend plus facile la comparaison des graphiques ainsi obtenus avec ceux

Fiç. 31. — Pnéographe complet {').

que donne le pnéographe Rodbt, et mfime avec les tracés sphygmographiques et cardiographiques, dans lesquels, on le sait, la systole se

(*] 1A> kmiioulH pnéographiquea ; — CC, e«iiitiir«a piif«KnpliiqMa preHBnt lur les airpaalea, AA ; — tf, label en eioulehaue uettasl en eommunicalion lei ampoulej, Ai, mec l«itiinbaiin,lai,ile l'enregiilreur; — p, pied mobile suppoitant ce> UBiboun et la Jeiierg écrliAntsqui ïfur ËonL edei^âa; — û, ejlindro BiiregU- Imr, mil en acUos ptr ia aumitmtut dlnirlagait, R.

PNÉOGRAPHIE. 363

traduit aussi par une ligne ascendante et la diastole par une ligne descendante.

Tels sont les divers appareils qui ont été proposés pour l'étude de la respiration au moyen

Fig. 31 bis. — Pniographe complet (').

de la méthode graphique. Maintenant que nous les connaissons, il nous reste à les voir à l'œuvre, à étudier les résultats qu'ils donnent et les applications qu'on en peut faire à la se-

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