‹ Manuel pratique de l'exploration de la poitrine chez les animaux domestiques; percussionChapitre 40 sur 45 · SI · texte numérisé non relu

SI

nous venons de le supposer. Dans certains dia» grammes, pris sur des chevaux d'ailleurs trèsbien portants, le sommet V du tracé abdominal reste un peu à gauche de la perpendiculaire b b\ Gela veut dire que, chez ces sujets, la contraction du diaphragme est un peu plus vite que celle des muscles inspirateurs des côtes. Chez d'autres, c'est le sommet inférieur c qui est un peu en avance sur le sommet c. Mais ces différences sont légères ; elles passeraient certainement inaperçues sans l'extrême délicatesse et l'extrême précision des procédés d'exploration pi-opres à la méthode graphique ; en tout cas, elles ne sauraient infirmer cette règle : que, dans la respiraCion normale, les mouvements du flanc sont isochrones avec ceux des côtes.

Si nous traçons la ligne horizontale o m (fig. 33), tangente à la partie la plus basse delà courbe A, et si, des sommets a, a, nous abaissons sur cette tangente qu'on appelle une aéscis5tf, les perpendiculaires aô, a6, auxquelles on donne le nom d'ordonnées, l'une quelconque de ces ordonnées indiquera évidemment la quantité dont la pointe écrivante A s'est déplacée dans le sens vertical pendant la durée d'une respiration complète ; en d'autres termes, la longueur de cette perpendiculaire est en rapport avec Vampleur de la respiration. Nous devons avertir toutefois que ce rapport n'est pas

PHfiOGBAPniE. 371

rigoureux : l'ampleur des oscillations de la pointe écrivante dépend, en effet, non-seulement de l'étendue des mouvements respiratoires, mais encore de la semibilité des appareils

Tig. -IJ. — Hespiraliuii uoniiate.

pnéograpbiques, — ampoule et tambour, — ainsi que du degré de constriction que la ceinture exerce sur l'ampoule. Les renseignements fournis par cette ordonnée ne sont cependant pas à dédaigner, ainsi que nous le ven-ons ciaprès (V./îeJ/)W'it(/onyran(/eetflespt'raf/onfowr(e).

Si la distance ab peut servir à mesurer Tarnpleur de la respiration, la distance horizontale oc (fig. 33), c'est-à-dire la portion de Tabscisse comprise entre les deux points voisins où elle vient toucher la courbe respiratoire, servira à mesurer la durée d'une respiration complète.

En effet, cette distance oc représente la quantité dont le cylindre a tourné, — ou si Ton veut, le déplacement horizontal de la feuille de papier sous la pointe écrivante, — pendant que celle-ci traçait la courbe o a c. Si donc nous connais- . sons, d'une part, la circonférence du cylindre, d'autre part, la vitesse de rotation dont il était animé, rien ne sera plus facile que de calculer la durée d'une respiration. Supposons, en effet, comme c'était le cas, pour le diagramme de la fig. 33, que la circonférence du cylindre égale 400 millimètres ; que sa vitesse de rotation soit telle qu'il exécute un tour complet en 75 secondes; soit enfin la distance ac = 26™°*. La* durée de la respiration représentée par o a c sera évidemment donnée par la proportion 400°*» : 75' : : 26"*"" : x ; d'où x = ^-^^ == 4", 875, re qui donne très-approximativement 12 respirations par minute.

Cette manière d'évaluer la fréquence de la respiration d'après la durée d'une seule respiration complète pourrait cependant être fauiive, parce que toutes lés respirations n'ont pas

PNÉOGUAPUIE. 373

une durée rigoureusement égale; mais on peut arriver à un résultat d'une exactitude absolue en déterminant une fois pour toutes la vitesse de rotation du cylindre enregistreur dont on fait usage, c'est-à-dire la portion de sa circonférence qui passe sous la pointe écrivante dans l'unité de temps, — la minute , — ce qui peut se faire par la proportion suivante :

75'' : 400"»™ :: 60" : .ce"»"», et donne *Jî^= 320™"» pour la valeur dex. Il suffira dès lors de prendre sur l'abscisse d'un diagramme quelconque une longueur de 320 "»"» et de compter combien cette longueur mesure de courbes semblables koaCf représentant une respiration complète.

Cette opération, effectuée sur le diagramme de la fig. 33, donne un peu moins de 12 respirations par minute.

Mais une respiration complète se compose de deux temps : Vinsptraiion et Y expiration^ dont nos graphiques permettent aussi de déterminer la durée absolue et relative.

Si, en effet, par les sommets a, a..., de nos courbes respiratoires, nous abaissons sur l'abscisse les perpendiculaires ou ordonnées ab, a 6, la distance' o c se trouvera divisée, aux points 6, en deux parties, dont la première, o ^, répondra à l'inspiration, et la deuxième, ôc, à l'expiration. Il suffira donc de

comparer ces deux portions, soit entre elles,, soit avec o c, pour en déduire leurs rapports.

En opérant comme il vient d'être dit sur notre diagramme (fig. 33), on trouve queoa= il"*",. bc = 15" et oc = 26"". D'où il suit évidemment que Vinspiratîan = J-J et Yexptration = ^f d'une respiration complète ; ou bien encore que la durée de l'inspiration est à celle de l'expira* tion :: 11 : 15. —Rodet [Pnéoscope eiPnéoyra-' phe^ 1868) avait trouvé : : 16 : 21, comme expression de ce rapport.

On comprend, du reste, que ce rapport est susceptible de varier selon les sujets qu'on examine. A cet égard, des recherches nombreuses et faites avec soin nous permettent de formuler les conclusions suivantes :

Dans l'état de santé parfaite, l'inspiration est toujours plus courte que l'expiration ;

Si, pour rendre plus facilement comparables ces deux temps de l'acte respiratoire, on représente par 1 la durée de l'inspiration, celle de l'expiration pourra être représentée, en moyenne y par le nombre fractionnaire 1, 35, et leur rapport par la proportion I : E : : 1 : 1, 35 (1) ; ce qui veut dire, en d'autres termes, que la durée de l'inspiration est, à très^peu de chose près, les 3/7" de celle d'une respiration complète.

(1) Dans cette proportion, I signifie inspiration; E veut dire expiration. Ceci doit 6tre entendu une fois pour toutes.

FNÉOGRAPniE. 375

Mais, ainsi qu*il a été dit, ce rapport n*est pas invariable, et le deuxième nombre peut être ou plus fort ou plus faible que 1 , 35, môme dans des limites assez étendues ;

Toutefois quand ce deuxième terme descend au-dessous de 1,15, c'est-à-dire quand l'inspiration arrive à égaler presque l'expiration en durée, — ou bien quand il s'élève au-dessus de 1, 50, c'est-à-dire quand la durée de l'expiration surpasse de plus d'un tiers celle de l'inspiration, on peut dire que la respiration n'est plus tout à fait normale (v. ci-après Respiration abrégée ^i Respiration prolongée). C'est donc entre ces limites :: 1 : 1, 15 et :: 1 : 1, 50 que se trouve renfermé le rapport qui exprime la durée relative des deux temps de la respiration à l'état physiologique.

Dans les deux diagrammes que nous avons pris pour types (fig.32 et 33) ,les deux tracés A et B se ressemblent beaucoup ; ils ne sont pas cependant tout à fait identiques, et si l'on voulait les superposer, il est facile de voir qu'ils ne coïncideraient pas, qu'ils ne se recouvriraient pas dans toute leur étendue. On trouve quelquefois des dissemblances encore plus accusées. Parmi ces dissemblances, les unes sont purement accidentelles et tiennent, par exemple, à ce que les ceintures qui compriment les ampoules A

376 EXPLORATION DE hk POITRINE.

et B sont inégalement serrées, ou à quelque autre circonstance fortuite ; mais il en est d'autres qui tiennent au mode d'action des puissances respiratoires elles-mêmes.

L'une des plus constantes, et que l'on retrouve, à de très-rares exceptions près, dans tous les diagrammes de respiration normale, consiste en ce que les sommets b\ 'd (fig. 32), a\ a! (fig. 33), du tracé abdominal sont plus aigus, moins arrondis, que les sommets correspondants, è, cf, et a, a du tracé thoracique ; c'est le contraire pourlapartie inférieurea', c', c', (mêmes fig.), qui, dans le tracé B, se montrent formés par une courbe surbaissée, se rapprochant de l'horizontale, beaucoup plus que la partie correspondante a, c, c du tracé A.

Gela indique qu'au début de l'expiration, le flanc est animé d'une vitesse assez grande ; qu'il se modère bientôt et se ralentit d'une manière très-sensible à la fin de sa course descendante. On remarque bien quelque chose de semblable dans le tracé costal ; mais cela est, en général, beaucoup moins accusé que dans le tracé abdominal, et l'on peut dire, comme règle, que le mouvement des côtes est plus régulier, plus uniforme que celui du flanc.

Terminons enfin, par une dernière remarque, cette analyse de la respiration normale» Si, à

PNÉOGRAPHIE. 377

un moment donné, les mouvements respiratoires venaient à se suspendre, soit au flanc, soit aux côtes, la pointe écrivante correspondante, devenue immobile, tracerait sur le cylindre enregistreur qui continuerait à se mou* voir un trait horizontal, dont la situation sur la courbe correspondrait au moment de l'arrêt, et dont rétendue serait en rapport avec la durée de cet arrêt. Gela arrive quelquefois, ainsi que nous le verrons plus tard, dans certains cas pa- Aologiques ; mais cela n'a pas lieu dans l'état physiologique. Ainsi qu'on peut le voir en jetant les yeux sur nos diagrammes (fig. 32 et 33), la courbe respiratoire est continue. Il en faut donc conclure que les mouvements respiratoires sont eux-mêmes continus; qu'ils ne présentent-, à aucun moment de leur durée, aucune interruption, aucun temps d'arrêt ; que, notamment, l'expiration succède à l'inspiration, et cette dernière à l'expiration, sans repos, sans pause intermédiaire ; et cela pour le flanc aussi bien que pour les côtes. Nous parlons, bien entendu, de la respiration tout à fait calme, s'effectuant d'une façon purement instinctive et sous la seule influence du pouvoir régulateur de la moelle. On sait bien, en effet, que la volonté peut influer sur les mouvements de la respiration, les accélérer, les ralentir, et même les suspendre tout à fait pendant un certain

temps ; et, naturellement, ces influences diverses, si elles venaient à se produire, se traduiraient par l'irrégularité de la forme des. tracés. C'est même là, il faut le dire, une difficulté particulière, inhérente à notre sujet, et qu'on ne rencontre pas dans les applications de la méthode graphique à l'étude de fonctions qui, comme la circulation par exemple, sont complètement soustraites au pouvoir de la volonté.

Telles sontles considérations que nous avions à présenter sur la respiration normale ; passons maintenant à l'étude de cette fonction dans les maladies.

Page 1