EXPIRATION ABRÉGÉE. — EXPIRATION PROLONOÉE
Nous avons VU (pag.373etsuiv.)que Texpiration était normalement un peu plus longue que rinspiration , de telle sorte que, si Ton représente par 1, par exemple, la durée de Tinspiration, celle de Texpiration devra Tôtre par 1,35 en moyenne. Nous savons aussi comment cette durée l'elative des deux temps de la respiration peut être appréciée, et, en quelque sorte, mesurée très-exactement, par la projection des lignes ascendante et descendante de la courbe respiratoire sur V abscisse du tracé.
Dans certaines maladies, ce rapport normal des deux temps respiratoires peut être sensiblement modifié, et la pnéographie donne le moyen de constater avec une précision rigoureuse ces modifications, qui seraient insensibles ou très-difficilement appréciables par les moyens ordinaires. Or, ces modifications, qui ne sont pas sans importance au point de vue du diagnostic, sont de deux sortes : tantôt Texpiration est plus courte qu'elle ne devrait l'être ; tantôt, au contraire, elle est plus longue. — Dans le premier cas, on dit que Yexpîration est abf*é' gée ; on dit qu'elle est prolongée dans le second. Toyons en quoi consistent ces modifications et quelle est leur signification pathologique*
ExplraUon abrégée- — Si, des poinls les plus élevés et les plus bas de la courbe A, points qui marquent le passage de l'expiration à l'inspiration et réciproquement (fig. 49,\ on abaisse des perpendiculaires
Fig. ii). — Expiration abrégée (").
sur l'abscisse CD, on voit tout de suite que les portions oi, cd, de cette abscisse, qui répondent à l'inspiration, ne sont plus dans leurs rapports normaux avec les portions 6c, rfe, de cette même abscisse, qui mesurent les expirations. Pour se rendre un compte exact de ce rapport, dans le cas actuel, il suffira de remarquer que la longueur totale de l'abscisse
DieEMmme pris lur dd chctil allcini de plcurtiie m ilâbut '!• ou 3>Jour de la nuladie).
PNÉOGRÀPUIE. 409
CD, depuis le point G jusqu'au point où elle est coupée par le repère r', mesure six respirations complètes ; que cette longueur est de 69 millimètres, dont 39 appartiennent aux inspirations^ et 30 seulement aux expirations; d 'où l 'on déduira
le rapport! = ^ =0,77. C'est-à-dire que, si l'on
fait égale à 1 la durée de V inspiration^ celle de Veocinration ne sera plus représentée que par la fraction |f = 0,77, au lieu de l'être par le nombre fractionnaire 1,35. — L'expiration est donc, comme on voit, devenue plus courte que l'inspiration, et par conséquent considérablement abrégée. — La disproportion n'est pas toujours, — il s'en faut bien, — aussi considérable que dans l'exemple que nous avons choisi ;
mais il suffit que le rapport | = 0,85, 0,90, ou
même 1, c'est-à-dire que l'inspiration devienne égale en durée à l'expiration, pour qu'on soit en droit de dire que cette dernière est abrégée.
ftiirnification. — h' expiration abrégée n'est pas très-commune à rencontrer; il est pourtant une maladie où nous l'avons trouvée d'une manière à peu près constante jusqu'ici: c'est la pleurésie au début. C'est même un très -bon caractère pour le diagnostic de cette maladie, caractère que le pnéographe permet, — et permet seul, — de constater avec toute la précision désirable.
410 EXPLORATION DE LA ralTElINE.
Expiration pralongAe, — Contrairement à ce qui vient d'être dit, il peut arriver que la portion d'abscisse qui sert à mesurer l'expiration soit beaucoup plus longue que celle qui mesure l'inspiration, et le rapport entre les deux temps de la respiration, au lieu d'être ::1 : 1,35, devient :: 1 : 1,60,:: 1 :2 et même : : 1 : 3, ainsi que le montre le diagramme de
Fig. bO. — Expiration prolongée {'}.
la figure SD. On a alors ce que nous appelons l'expiratiii nprolungée.
Higmlûe^Uva. — Gbez des animaux très-bien portants, ce mode de respiration peut se rencontrer pendant le sommeil, mais très-rarement
(') Diigraminc prit sur BU chCTil ilieinl de poiuu eooRtaiée,
PNÉOGRAPHIE. 411
pendant la veille ; et Ton peut dire, comme règle générale, que, dès que le rapport entre Tinspiration et Texpiration dépasse : : 1 : 1,50, la respiration n*ést plus tout à fait normale ; elle est décidément anormale quand ce rapport devient : : 1 : 2.
L'expiration ainsi prolongée indique que le tissu pulmonaire ne jouit plus de toute son élasticité, qu'il ne revient plus que difficilement sur lui-même, après avoir été distendu par rinspiration. Les maladies qui diminuent ainsi rélasticité du tissu pulmonaire sont d'ailleurs assez nombreuses ; elles sont aiguës ou chroniques.
Parmi les premières, nous citerons : la congestion pulmonaire, — la pneumonie, à la période d'engouement ou d'hépatisation, — Isl pneumonie lobulaire, — certaines formes de bronchite, où le mucus accumulé dans les bronches rend difficile la sortie de Tair emprisonné dans les vésicules.
Au nombre des maladies chroniques, il faut signaler particulièrement la pktkisie et la pousse, qui, pour des raisons différentes, diminuent à un si haut degré l'élasticité du parenchyme pulmonaire.
Arrêtons-nous un instant sur cette dernière, ou, pour mieux dire, sur Y emphysème, dont la pousse n'est que l'expression symptomatologique.
PonsM. — On sait que le soubresaut du flanc (voir ci-après, Respiration souhresautante) est le signe univoque, pathognomonique, de cette altération, celui du moins que le praticien s'attache particulièrement à constater. On sait aussi que ce symptôme est souvent difficile à saisir, et qu'il n'est pas rare de voir deux praticiens également instruits, également consciencieux, en désaccord relativement à l'existence de ce signe. — L'étude pnéographique que nous avons faite de la pousse^ à toutes ses périodes, nous a donné, croyons-nous, la raison de ces dissidences. — Nous avons, en effet, rencontré des cas de pousse avérés, trèsnettement accusés par la sonorité exagérée de la poitrine, la faiblesse du murmure respiratoire, et une toux poussive des mieux caractérisées, et dans lesquels l'étude du flanc, même au pnéographe, ne décelait pas le moindre soubresaut. Mais, dans ces cas, toujours les diagrammes accusaient une expiration prolongée des plus manifestes. Ces cas, dont le diagramme de la figure 50 nous offre un très-bel exemple, ne sont pas très-communs; mais il suffit qu'ils existent pour montrer de quel secours peut être, à un moment donné, l'étude pnéographique de la respiration.
PNÉOGRAPHIE. 413
RESPIRATION 80UBRESAUTANTE.
Depuis un temps immémorial, râltération particulière du rhythme respiratoire à laquelle on a donné les noms de soubresaut^ contre-temps ou coup'de- fouet a fixé l'attention des observateurs. — On sait çn quoi consiste cette irrégu» larité, qui peut exister dans les deux temps de la respiration, mais qui, le plus souvent, c'està-dire à peu près neuf fois sur dix, ne se montre que dans l'expiration : v l'inspiration s'effectue suivant son mode habituel; puis le mouvement d'expiration commence ; mais bientôt il s'arrête, et, après une interruption plus ou moins marquée, il reprend, continue et s'achève » (Rodet, Pnéoscope et Pnéographe). — Tout le monde sait que ce trouble particulier forme le caractère univoque, le symptôme pathognomonique de ce qu'on appelle \di pousse. On sait aussi que la pousse, rangée au nombre des vices rédhibitoires, donne très-fréquemment lieu à des contestations entre vendeurs et acheteurs, contestations dans lesquelles le vétérinaire doit intervenir pour décider si l'animal objet du litige est ou n'est pas réellement atteint du vice. — Si le soubresaut était toujours bien évident, la mission de l'expert serait simple et facile ; mais personne n'ignore combien il s'en
faut qu'il en soit ainsi, combien sont fréquentes les dissidences entre vétérinaires appelés à se prononcer sur un même cas, et combien sont nombreux et graves les inconvénients résultant de ces dissidences. — Ces inconvénients avaient vivement frappé H. Rodet, et ce sont eux qui le conduisirent à l'idée d'appliquer la méthode graphique à Tétude des phénomènes mécaniques de la respiration chez nos animaux. « S'il existait, dit-il, un instrument qui, placé sur les parois de la poitrine ou dans la région du flanc, fût susceptible de traduire les mouvements de la respiration et d'exagérer, dans une large mesure, ce qu'ils peuvent avoir d'insolite, d'irrégulier, cet instrument nous permettrait peutêtre de constater d'une manière facile et sûre, même dans les cas obscurs, le soubresaut de la pousse. »... Il serait même « fort utile de conserver la trace de ces mouvements, de les inscrire, d'en obtenir le tracé sur le papier », comme on le fait « en cardiographie, par exemple ». Telle est l'idée mère qui l'a conduit à la construction de son pnéographe, que nous avons fait connaître précédemment. — Cette idée était juste et féconde, et nous pouvons dire aujourd'hui qu'il n'est peut-être pas d'irrégularité du rhythme respiratoire qui s'accuse plus nettement au pnéographe que la respiration soiihiesautante^ et qu'il n'est peut-être pas de
PHË0GRAPQ1B. 41 S
cas OÙ la méthode graphique soit susceptible de rendre plus de services quedans le t^id^notOc de la pousse. — Il importe d'ajouter toutefois que ceci n'est vrai qu'à la condition d'avoir des diagrammes complets, comprenant à la fois les tracés du flanc et ceux des côtes. Ceci posé, voici quels sont les caractères de la respiration soubi-esaulante :
DeKripllon. — Dans un très-grand nombre de cas (ûg. 51), le tracé costal, A, est régulier,
Fig. 61, — Respiration i'jubnsauiaate (').
différant à peine, ou même ne différant en rien d'un tracé de respiration normale. — Les
<*) Diagninnis prii inr im sfacTil atleint de ponua coaBrmie.
4i6 EXPLORATION DE LA POITRINE.
côtes s'élèvent et s'abaissent par un mouvement plus ou moins rapide, mais uniforme, et la courbe qui leur correspond sur le diagramme n'accuse pas le moindre soubresaut, même dans des cas où celui-ci est très-visible par l'inspection ordinaire du flanc. Gela peut sembler surprenant, et de fait cela n'a pas laissé que de nous surprendre nous-même au début de nos recherches ; mais cela est ainsi, et, pour nous, il ne peut plus y avoir aucun doute à ce sujet : dans la pousse , même dans la pousse outrée, la respiration costale est raf^ement soubresautante, et n'accuse d'autre irrégularité qu'une expiration plus ou moins prolongée.
Mais il n'en est plus de môme du tracé abdominal, B. — Pendant l'inspiration, le ventre grossit assez régulièrement, en même temps que les côtes se soulèvent, et ce premier temps de la respiration n'est pas, en général, bien sensiblement altéré ; on remarque seulement que, dans la plupart des cas, le mouvement ascensionnel du flanc est plus rapide que celui des côtes, et que la pointe du levier qui écrit ce mouvement arrive à son point culminant a' un instant avant celle qui inscrit celui des côtes. — Le mouvement de descente, au contraire, est très-nettement altéré : parvenu en a (fig. 51), le levier redescend d'abord rapidement, en traçant une ligne presque verticale a' b', accusant
PNÉOGRAPillE. 417
une chute brusque, presque instantanée du flanc; il s'arrête, oscille, et achève plus lentement sa course descendante, en inscrÎTantla ligne iprégulière h' t' d , sur le trajet de laquelle nous remarquons le crochet <!, répondant à un soulèvement, i!i un»<rsaut du flanc.
Telle est la forme générale de la respiration soubresaulante, laquelle comporte un certain nombre de variétés qui doivent être signalées.
i' Dans un certain nombre de diagrammes
Fig. —^Respiration soubresautante (*).
(recueillis pour la plupart sur des chevaux atteints de pousse commençante), laligne d'expi-
ration a' b'c' (fig. 53, B), est manifestement formée de deux parties : l'une, a' b', presque verticale, l'autre ô>', presque horizontale, suivie ou non d'une deuxième chute, c' d ; mais on ne remarque pas sur son trajet, en c', le crochet si évident sur la figure 51. L'expiration est britée, interrompue, plutôt que véritablement soubretautanle.
2° D'autres fois, au contraire (dans la pousse
Fig. Ù3. — Respiration touàresautmte (u- 8) (*). très-avancée), l'agitation du flanc est extrême. Par l'exploration ordinaire, on voit, après une inspiration rapide et presque convulsive, leven-
(*) DiignmnH pria lut un ebeial stuint ds pouiis couQrm^.
PNËOGRAPDIB. 419
tre tomber brusquement, onduier d'avant en arrière, et se souleveravec effort pour une nouvelle inspiration. — Le pnéographe traduit très-bien celte agitation en quelque sorte houleuse, de la respiration, par la courbe fortement accidentée a'b'C(fe' du tracé abdominal (flg. 53, B), où lesoubresautsemontre nettement accusé par l'espèce de protubérance c'(f, laquelle, par sa position, répond exactement à la fin de l'expiration costale.
Fig. 5i. — Respiration dUcordante (d° 3) (').
3° Enfin, dans des cas de pousse tout à fait outrée (lig. 54) les diagrammes accusent, iadé-
(*) Diagramme pria sur un ebetal ilteinl de poiuH sutrd*.
pendamment du soubresaut, nop, une discordance complète entre les mouvements du flanc et ceux des côtes, discordance sur laquelle nous aurons à revenir ci-après.
Il a été dit plus haut, et les diagrammes que nous venons de mettre sous les yeux du lecteur prouvent que, dans la respiration la plus soubresautante, les mouvements des côtes peuvent être parfaitement réguliers oii à peine altérés. Mais, à cette règle il est des exceptions; c'està-dire qu'il est des cas, encore assez nombreux, où la respiration costale elle-même s'éloigne plus ou moins du type normal. Parmi ces déviations du type physiologique, il en est une, déjà signalée par MM. Laugeron et Laulanié {Recueil, 1875, p. 875 et 877, fig. 8 et 11) qui mérite de nous arrêter un instant.
Le diagramme que nous donnons ci-après (fig. 55) nous montre au point culminant du tracé costal, en c, une échancrure assez profonde, indiquant qu'il s'est produit àce moment, c'est-àdire entre l'inspiration et l'expiration, une véritable secousse dans les parois costales. Elles interrompent brusquement leur mouvement de descente à peine commencé, se soulèvent quelque peu, puis l'expiration recommence et s'achève sans nouvel incident. Ce véritable soubresaut costal, d'ailleurs assez rare, nous pa-
PNÉOGRAPHIE. KU
rait devoir être interprété comme un signe de grande dyspnée. Il semble qu'à la fin do l'inspiration l'animal fasse un nouvel effort pour agrandir encore la poitrine, déjà arrivée aux
Fîg. àb. — Respiration soubresaulunie {u') (4').
dernières limites de sa dilatation possible. En un mot, c'est la respiration ént'Canle qui se joint à la respiration soubiesaulante.
(*J DiigTtniinE prii iur un cheikl illcint de jious» oulr^.
Tels sont les caractères de la reipiration $ùubresautante dans ses variétés principales ; voyons maintenant quelle est sa signification pathologique.
SiyntllcatloH* — La respiration soubresautante peut se rencontrer dans un assez grand nombre de maladies, tant aiguës que chroniques. C'est ainsi que nous avons pu souvent la constater d*une manière plus ou moins nette dans la />fet4r^te, une fois passée lapremièrepériode, dans la pneumonie^ quelquefois dès le début, plus souvent à la période de résolution, et même dans la bronchite. Mais, de toutes les maladies, celle où le soubresaut est à la fois ^e plus constant et le mieux caractérisé, c'est, sans contredit,
remphysème pulmonaire OU la pousse , dont il est
considéré à bon droit, et depuis un temps immémorial, comme le symptôme pathognomonique.
La pnéographie ne fait donc, sous ce rapport, que confirmer l'observation ancienne ; mais, si elle n'apprend rien de nouveau, elle n'en est pas moins susceptible de rendre de réels services à la pratique, en manifestant d'une manière plus apparente et plus distincte un soubresaut quelquefois difficile à saisir par l'inspection ordinaire.
Nous devons toutefois prévenir qu'elle ne saurait dispenser, même pour le diagnostic de
PNÉ06RAPHIB. 423
la pousse, des autres méthodes d*examen. Nous avons pu nous convaincre, en effet, que, chez des sujets jeunes, très-bien portants, et dont les poumons sont en parfait état, on obtient parfois des diagrammes dont le tracé abdominal présente manifestement une légère interruption dans la ligne de Texpiration. Il ne faudrait donc pas, d'après cette petite irrégularité, conclure d*emblée et sans plus ample informé à Texistence de la pousse. — Néanmoins, et toutes réserves faites, nous répéterons que, dans les cas difficile», la pnéographie sera d'un grand secours pour le diagnostic, si souvent embarrassant, de cette affection.