‹ Manuel pratique de la coopérationChapitre 2 sur 54 · BUT DE LA COOPÉRATION · texte numérisé non relu

BUT DE LA COOPÉRATION

Sur cette question primordiale deux courants d'idées se sont établis. Le premier a donné naissance à l'école qui voit surtout en la coopération un moyen de faciliter la consommation ; le second a produit celle dont le système est de demander particulièrement à la coopération des moyens d'action pour élever le niveau moral des membres.

L'idéal rêvé par cette dernière école est, à notre sens, bien supérieur à celui de la première ; son importance sociale n'échappera à personne. On se rendra mieux compte de leur valeur respective en étudiant sommairement les tendances de chacune d'elles.

Faciliter la consommation, c'est rendre un service éminent aux familles ouvrières. Le salaire, souvent modique, est sujet à des fluctuations, parfois même à une suspension complète ; il suffît à grand'peine aux besoins communs, dont un bon nombre ne peuvent être satisfaits ou le sont incomplètement : logement peu hygiénique, vêtement insufBsant, nourriture peu substantielle, etc. Tout moyen d'atténuer ces maux constitue un progrès : la coopération, dotït le but est de faciliter la consommation, sera donc la bienvenue. Elle peut vendre à très bas prix les denrées de première nécessité, ce qui a le double avantage de diminuer les dépenses de la vie courante, tout en satisfaisant plus complètement aux besoins des travailleurs, et de permettre de réserver sur le salaire une petite somme qui, répétée, constitue un fonds d'épargne.

L'idéal consiste alors à vendre au prix coûtant, plus un tantième destiné à couvrir les frais et les pertes éventuelles, et à distribuer, le plus souvent possible, les bénéfices réalisés.

Ces résultats purement matériels ne sont pas à dédaigner, et le mode de coopération qui les procure est bon en soi. Il est, à notre point de vue, le premier et nécessaire degré de l'échelle coopérative ; mais, s'il est vrai que pour l'être humain, âme et corps, on doit tout d'abord songer à la conservation de l'être matériel avant de tenter efficacement d'améliorer l'être moral, on ne peut cependant que mettre en rang secondaire ce qui touche seulement au bien-être du corps et ne vise point au-delà.

Par contre, chercher dans la coopération l'amélioration morale des adhérents à l'aide des ressources produites par l'association, est un objet plus noble et plus compréhensif : il implique, en effet, le but poursuivi par l'école précédente, et l'atteint par d'autres voies, mais il le dépasse et s'épanouit en une magnifique et vigoureuse floraison. On donne ici les moyens de favoriser le développement et la conservation de l'être corporel, non plus par la vente à prix réduit des denrées nécessaires à la vie, mais par la vente au prix du marché de ces mêmes denrées, dans des conditions de scrupuleuse loyauté tant pour le prix que pour la quantité et la qualité ; puis, par delà ce premier et indispensable moyen d'attraction, se révèle le but véntable qui est de développer chez tous les membres les vertus d'épargne et de prévoyance, les sentiments de dignité et de responsabilité, et de diriger leurs aspirations vers les seuls objets dignes d'un être moral : le vrai, le beau et le bien.

Ce système atteint son premier objet, qui est de faciliter la vie courante en vendant, comme nous l'avons dit, les denrées nécessaires au prix du marché, loyalement à tous les points de vue. 11 l'atteint encore en ce que, développant chez ses membres la vertu d'épargne, il leur permet de marcher avec plus d'assurance, de se procurer un meilleur logis, un outillage plus perfectionné, etc.

Pour obtenir les résultats supérieurs qu'il comporte, il met en œuvre les moyens suivants :

a) Accumuler les bénéfices de l'association ;

b) Retenir ces bénéfices en les inscrivant au nom des membres et en former peu à peu des capitaux individuels que l'on dirige, par l'enseignement et l'exhortation, vers les œuvres de prévoyance : secours mutuels, caisse de retraite, assurance, formation d'un patrimoine, etc. ;

c) Employer une partie des bénéfices à développer la vertu d'épargne ;

d) Employer une autre partie à développer l'instruction, par l'enseignement professionnel, par les bibliothèques, etc. ♦

La coopération ainsi entendue sert également à fournir les ressources nécessaires au soutien d'une doctrine. En Belgique, particulièrement, les coopératives socialistes sont d'un puissant secours pour la propagande des idées ; le parti démocratique chrétien s'est engagé dans la même voie, sans toutefois retirer de ce moyen d'action toute l'utilité qu'il est en droit d'en espérer.

En résumé, ce sont les circonstances et les dispositions des membres coopérateurs qui doivent indiquer celui des deux systèmes qui convient davantage.

Page 1