‹ Manuel pratique de médecine légaleChapitre 110 sur 127 · POISONS NARCOT1CO-ACRES. UT · texte numérisé non relu

POISONS NARCOT1CO-ACRES. UT

Petite ciguë, faux persil , ciguë des jardins (œthosa cynapinns. Rich., Bot. med., p, 470;DeCand., Flor. franc., p. 3Z|36). — Elle a de l'analogie avec le cerfeuil ; elle en a moins avec le persil, et elle croît avec eux. Elle s'en distingue facilement, 1° par son odeur nauséeuse, quand on vient à la frotter entre les doigts ; 2° parce que les feuilles de la petite ciguë sont d'un vert noirâtre en dessus et luisantes en dessous.

La petite ciguë et peut-être plus active que la grande ciguë : elle occasionne assez souvent des empoisonnements accidentels, à cause de l'analogie de ses feuilles avec celles du persil et du cerfeuil. Elle est vénéneuse à la manière des narcotico-âcres. Ses diverses préparations paraissent être absorbées.

Noix vomique, graine du vomiquier, strichnos nux vomica (apocynées). — Graine ronde, large de près d'un pouce , aplatie comme des boutons , d'une saveur excessivement amère. L'acide azotique lui donne une couleur jaune orangé.

Les propriétés délétères de la noix vomique sont dues à la strychnine et à la brucine qu'elle contient (voir plus loin l'histoire de ces deux corps). Son action ne diffère donc que par moins d'intensité. Quand le poison a été pris en poudre , on en retrouve ordinairement une portion dans le canal intestinal (1).

M. Orfda , dans un cas d'empoisonnement par la poudre de noix vomique , a pu en extraire la strychnine.

Fève de Saint - Ignace , ignatia amara, strychnos Ignatii Lamarck. — Elle est grosse comme une olive; arrondie et convexe d'un côté , subanguleuse et à trois ou quatre faces de l'autre. Sa substance est cornée , plus ou moins brune. Elle contient un peu de brucine et beaucoup de strychnine. C'est à ce dernier alcali qu'elle doit ses propriétés.

(1) Orfila, Toxicol. gèn., t. iï, p. 461 , 4e édilion, 1843.

Upas tieuté. — Extrait par évaporation du suc d'un végétal sarmenteux , appartenant au genre des strychnos, qui croît à Java , et dont les naturels du pays se servent pour empoisonner leurs flèches. ïl doit ses propriétés à la strychnine et à la brucine.

Strychnine. — Substance solide, blanche, en cristaux prismatiques très petits , d'une amertume insupportable. L'eau qui n'en contient que 0,00000186 est encore amère. Chauffée, elle se boursoufle en se décomposant. Elle est presque insoluble dans l'eau , soluble dans l'alcool et insoluble dans l'éther. Elle est soluble aussi dans les huiles volatiles. Sa solution verdit le sirop de violette et ramène au bleu le papier de tournesol rougi par un acide. Elle sature les acides étendus d'eau , et forme avec elle des sels parfaitement cristallisables. L'acide azotique concentré dissout la strychnine à froid sans la colorer ; à chaud, il la jaunit en la décomposant.

Suivant M. Notus, le sulfo-cyanure de potassium produit dans la dissolution des sels de strychnine , des cristaux brillants, soyeux, nageant au milieu du liquide (1).

La strychnine n'est employée comme médicament qu'à la dose de quelques milligrammes , ou fractions de grain. 5 à 10 centigrammes peuvent donner la mort , si le malade n'a pas été amené graduellement à cette dose.

C'est donc un poison très énergique : les symptômes qu'il détermine , quand il est donné à trop forte dose , consistent dans un malaise général, avec roideur de tous les muscles du corps , renversement en arrière de la colonne vertébrale. Après une ou deux minutes, les muscles se relâchent, la respiration devient accélérée, puis survient un nouvel accès de contracture. Ces accès se succèdent à des intervalles de plus en plus rapprochés, et augmentent d'intensité , de manière à donner lieu à un tétanos complet ,

(1) Journal de Pharmacie , 18o8, p. 193.

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pendant lequel le thorax est immobile : alors la respiration n'a plus lieu , et il y a une véritable asphyxie qui amène la mort. Le malade succombe ordinairement environ un quart d'heure après les premiers accidents.

Appliquée sur le tissu cellulaire sous-cutané, la strychnine produirait les mêmes effets.

Le calme qui sépare les accès , et la facilité avec laquelle ceux-ci se reproduisent sous l'influence du bruit le plus léger, sont les phénomènes caractéristiques de l'empoisonnement par la strychnine.

MM. Delille, Magendie, Desportes, n'ont jamais trouvé de lésion du canal intestinal. Selon M. Ségalas, le poison agit directement sur le système nerveux (1). M. Orfila a constaté qu'il est immédiatement absorbé , et de là résultent les accidents que nous avons signalés (2) ; les poumons et le cœur sont gorgés de sang noir.

Écorce de fausse angusture , angusture fine. — On attribue généralement cette écorce à un strychnos, à cause de la brucine qui s'y trouve contenue.

Elle est roulée sur elle-même, compacte , pesante , d'un gris jaunâtre, parsemée d'excroissances blanchâtres, ou de couleur de rouille. Sa saveur est très amère. Épuisée par l'alcool bouillant , elle donne une liqueur qui , évaporée , reprise par l'eau , filtrée , précipitée par l'acétate de plomb, filtrée de nouveau, et traitée par l'acide sulfhydrique , puis évaporée, fournit un résidu qui rougit par l'acide azotique.

La fausse angusture doit ses propriétés à la brucine , qui est combinée avec l'acide gallique à l'état de sel.

Brucine. — Solide , cristallisée en prismes ou en masses feuilletées , d'une saveur très amère, très soluble dans l'alcool , peu soiubîe dans les huiles volatiles , insoluble dans

(1) Journ. de Physiol. expérim., année 1S22.

(?) Orfila , Toxicol. yen., t. n, p. 450, 4e édition, 1843.

l'éther et les huiles grasses. Elle rougit par l'acide azotique, et devient d'un beau violet par l'addition de protochlorure d'étain. La morphine rougit comme elle par l'acide azotique ; mais elle ne devient pas violette par le sel d'étain.

La brucine donne lieu à tous les symptômes de l'empoisonnement par la strychnine.

Camphre. ■ — Le camphre est une espèce d'huile volatile solide fournie par le Jaunis camphora (laurinées).

Il est solide , blanc , facile à entamer avec les ongles , d'une odeur aromatique très forte , d'une saveur brûlante. Il est plus léger que l'eau, fond à 175 degrés, et bout à 224 degrés. Lorsqu'on approche le camphre d'une bougie allumée, il s'enflamme très facilement, et se consume sans laisser de résidu. Il est à peine soluble dans l'eau , mais très soluble dans l'alcool , l'éther, les huiles grasses et les huiles volatiles. Le camphre se dissout dans l'acide azotique (huile de camphre). A chaud, il est transformé en acide camphorique.

Les effets toxiques du camphre sont très variables. A la dose de 2 à k grammes , soit en poudre, soit dissous dans l'huile ou l'eau-de-vie, il détermine un sentiment d'ardeur dans la gorge, puis bientôt surviennent un malaise général , de la céphalalgie, des vertiges, l'obscurcissement de la vue , et même des hallucications. La face est tantôt pâle et altérée , tantôt rouge et bouffie; le pouls, fort et dur dans certains cas, est le plus souvent faible et lent. Une odeur camphrée s'exhale de la bouche; les urines ont la même odeur. Le malade se sent quelquefois plus léger qu'à l'ordinaire; d'autres fois il perd connaissance, fait des efforts pour vomir, pousse des cris inarticulés, et éprouve des convulsions. La bouche est pleine d'une salive écumeuse , et si le malade revient à lui , il ne se souvient de rien.

Introduit dans l'estomac en fragments un peu gros, le camphre agirait principalement en ulcérant la muqueuse gastrique.

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Pris cil lavements, il occasionne les accidents que nous avons décrits.

A l'autopsie, on trouve le plus souvent la membrane muqueuse gastrique ulcérée ou enflammée. Tous les organes exhalent une odeur de camphre. Les poumons sont injectés ; les cavités gauches du cœur contiennent du sang rougebrun. On a observé aussi l'inflammation des uretères, de l'urètre et du cordon spermatique.

Coque du Levant, fruit du menispermum cocculus, L. ; cocculus suberosus, D. G. (ménispermées). — Elle a le volume d'un gros pois, réniforme, et est composée d'une tunique extérieure noirâtre , rugueuse , d'une coque blanche, à deux valves, d'un placenta central et d'une amande blanchâtre ou roussâtre , très amère.

La coque du Levant est un poison très actif qui agit sur le système nerveux à la manière du camphre, et le plus souvent sans enflammer la membrane muqueuse gastrique. Elle enivre ou plutôt empoisonne le poisson , et est employée pour la pêche dans certains pays. Suivant M. Goupil , de Nemours, la chair des poissons pris avec la coque du Levant est presque aussi vénéneuse que la coque ellemême.

Elle doit ses propriétés actives à la picrotoxine.

Picrotoxine. — Substance' plutôt acide qu'alcaline , blanche, en aiguilles ou en filaments soyeux; elle est très amère, soluble dans 25 parties d'eau bouillante, et dans 150 d'eau froide; elle se dissout dans 3 parties d'alcool et dans près de la moitié de son poids d'éther. Elle se dissout dans les alcalis; elle ne s'unit point aux acides. L'acide sulfurique la jaunit peu à peu , puis la fait passer au rouge safrané. L'acide azotique la transforme en acide oxalique. L'acide acétique la dissout.

Son action délétère est celle de la coque du Levant , mais beaucoup plus énergique.

Suivant M. Orfila, elle n'enflamme pas les tissus avec

lesquels elle est en contact : MM. Boullay et Goupil ont une opinion contraire.

Upas. ANTIAPi, suc laiteux de Yanthiaris toœicoria (urticées). — Arbre qui croît à Java. Ce suc est employé clans l'Inde pour empoisonner les flèches. Les expériences sur les animaux, faites par MM. Àndral , Delille, Magendie et Orfila , démontrent que cette substance détermine la mort lorsqu'elle est introduite dans une plaie , même en très petite quantité. La mort a lieu en quelques minutes , et elle est précédée de vomissements réitérés , de convulsions violentes et d'un état tétanique très prononcé.

Champignons (Rich., Bot. Med., p. 18-34; Orfila, Mêd. lég., t. ni, p. 460-483). — Les champignons présentent des espèces vénéneuses et des espèces comestibles; maison ne possède malheureusement aucun moyen certain, et à la portée de tous, pour distinguer les bons champignons des mauvais ; la connaissance exacte des espèces botaniques garantit de l'erreur, mais cette expérience n'appartient qu'à un petit nombre de personnes. On a quelques raisons de croire que tel champignon qui est bon à une époque de sa croissance peut être vénéneux à un autre moment de son développement; le genre de préparations culinaires qu'on fait subir aux champignons peut aussi détruire ou diminuer leurs propriétés malfaisantes.

En général , il faut rejeter tous les champignons qui sont remplis d'un suc laiteux , tous ceux qui ont des couleurs tristes, éclatantes ou bigarrées , qui ont la chair pesante ou très molle; ceux qui croissent dans l'obscurité, dans les caves ou sur les vieux troncs , dont la chair cassée se colore à l'air, et dont l'odeur est vireuse , ou ceux que les insectes ont mordus , puis abandonnés.

Les champignons vénéneux sont fournis par le genre amainta : fausse oronge , oronge vraie , l'oronge visqueuse , etc. et par le genre agaricus, agaric meurtrier, etc.

Les symptômes de l'empoisonnement par les champignons

sont très variables. Ce n'est ordinairement qu'au bout de sept à huit heures, et quelquefois plus tard, qu'un malaise général se fait sentir. Bientôt surviennent une soif vive, des coliques, des tranchées avec sueurs froides, des envies de vomir, suivies ou non de vomissements. Chez certains individus , et selon le genre de champignons qu'ils ont mangés, on observe un état comateux. Des douleurs abdominales augmentent d'intensité , avec selles plus ou moins abondantes et convulsions. La mort arrive ordinairement dans les trois ou quatre premiers jours qui suivent le début des accidents. Si le système nerveux est fortement excité , que des convulsions violentes, des vertiges, du délire, surviennent , alors la peau devient froide , pâle , couverte de sueur ; les yeux sont éteints , le pouls est extrêmement petit; le corps est roide , le ventre tendu, et les mâchoires sont contractées. Le malade succombe ordinairement dans les vingt-quatre heures.

M. Devergie a rapporté un cas d'empoisonnement dans lequel l'individu a succombé au bout de deux jours (1).

Le docteur Fricker de Roth a relaté aussi (2) des accidents survenus chez un enfant qui avait mangé une fausse oronge.

A l'autopsie , on trouve des taches violettes et des gaz fétides dans le canal intestinal, dont la membrane muqueuse est recouverte d'un mucus épais ou jaunâtre ; quelquefois aussi il présente des traces évidentes d'inflammation , ou même des points gangreneux ; les cavités droites du cœur sont gorgées de sang ; le cerveau et les méninges sont injectés, et présentent aussi parfois, ainsi que la plèvre et le diaphragme , des taches gangreneuses.

Antidotes. — Après avoir administré del'émétique, on fera prendre de l'eau vinaigrée, du jus de citron, et mieux

(1) Médecine légale, 1840, t. n , p. 666.

(2) Gazette des Hôp., septembre 1842.

encore de l'éther sulfurique à la dose h à 32 grammes. (V. Gaz. de Santé, 21 août et 1er nov. 1812.)

Seigle ergoté, secale cornutum, ergot de seigle, blé cornu , seigle noir. — Le seigle ergoté est considéré par beaucoup de naturalistes comme un champignon : M. De Candolle l'appelle scier otium clavus.

Il a à peu près la forme du grain de seigle sain, mais développé trois ou quatre fois davantage. Il est brun-violet à l'extérieur, plus rarement grisâtre , quelquefois recourbé en croissant. Sa cassure est nette comme celle d'une amande. Sa substance intérieure est compacte , homogène , blanche au centre , d'une couleur vineuse près de la surface ; sa saveur est nulle d'abord, mais devient bientôt acre et désagréable. Il a une odeur particulière de moisi.

Le seigle ergoté en poudre est souvent employé à la dose del gramme à 1 gramme 1/2 , répétée trois ou quatre fois, à de longs intervalles, pour stimuler l'utérus, dans les accouchements où les contractions de cet organe sont trop faibles. On l'a employé aussi quelquefois dans le coupable dessein de provoquer l'avortement. A trop haute dose , il détermine les accidents que l'on a désignés sous le nom d'ergotisme et qui sont de deux sortes : Yergotisme convulsif 'et Ver -gotisme gangreneux (1). Dans le premier, il y a d'abord un sentiment incommode de fourmillement aux pieds, puis des contractions violentes des doigts et des orteils, des vertiges, des spasmes, des convulsions, la roideur des membres. Quelquefois les malades ont une faim canine. L'ergotisme gangreneux est assez souvent précédé des symptômes que nous venons d'indiquer : mais le plus fréquemment débute par la pesanteur; douleur vive avec chaleur aux orteils , aux pieds et à la jambe , pâleur, lividité et froid du pied, puis refroidissement de la jambe, tandis que le pied est devenu insensible. Plus tard surviennent

(1) Orfila, ToxicoL, t. Il, p. 535, 1843.

des taches violettes et des ampoules , signes précurseurs de la gangrène, qui fait des progrès variables suivant les individus.

A l'autopsie, on trouve quelquefois des taches noires dans l'estomac et les poumons, et à la surface du foie, delà rate, etc.; le cerveau est le siège d'un engorgement sanguin.

Alcool (esprit-de-vin). — ■ Liquide incolore, ayant l'odeur de l'eau-de-vie et une saveur brûlante, volatil, inflammable, et brûlant avec une flamme bleuâtre. Il est beaucoup plus léger que l'eau, avec laquelle il se mêle facilement. Il bout à 78°.

Pur, ou mêlé à l'eau pour former l'eau-de-vie, l'alcool détermine l'ivresse. Lorsque cet état est porté à un certain degré, il y a des vertiges, de la somnolence ; la face, d'abord rouge et vultueuse , devient cadavéreuse ; tout sentiment est perdu , et un sommeil profond vient le plus souvent mettre fin aux accidents. D'autres fois se manifestent des symptômes apoplectiques (3e degré de l'ivresse) :1a face est livide , la respiration stertoreuse , la bouche rejette de l'écume, et le malade peut succomber à un coma qui dure quelquefois plusieurs jours (1). (Garnier.)

Il y a presque toujours , après la mort, une inflammation de la membrane muqueuse gastro-intestinale et injection sanguine du cerveau.

Cyanure d'iode (iodure de cyanogène). — Blanc, en longues aiguilles; odeur piquante , irritant vivement les yeux, et provoquant le larmoiement ; saveur très caustique. Chauffé , il donne des vapeurs d'iode ; et traité par la potasse et le sulfate de fer, il produit du bleu de Prusse.

Il agit à la manière des poisons narcotico-âcres , mais avec une promptitude extrême, au point que, dans quelques cas , on n'a pas eu le temps de poser l'animal à terre avant qu'il soit mort; il en faut 25 centigrammes pour

(1) Orfila, ToxicoL gén., t. u; p. 526, 4e édition, 1843.

liSU MANUEL DE MÉDECINE LÉGALE.

tuer les chiens, et 25 milligrammes pour faire périr les lapins (1).

On peut , d'après M. Scoutetten , retrouver l'iode dans les cadavres, mais jamais le cyanogène, parce que les matières animales décomposent rapidement le cyanure d'iode.

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